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Une dernière séance

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Le blog d'une récente expatriée de la sphère allociné et nouvelle membre d'Extérieur nuit, l'émission cinéma de Radio Campus Paris (tous les mercredi, 19h-20h, 93.9).

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Le Refuge / François Ozon




Sortie: 27 janvier 2010

> L'histoire: Décédé des suites d'une overdose aussi brutale que radicale, Louis (Melvil Poupaud), jeune homme plutôt aisé, laisse sur terre son amie Mousse (Isabelle Carré), tout aussi accro que lui. Elle est enceinte, lui s'en va. Complètement perdue, celle décide de partir se ressourcer le plus loin de Paris. Jusqu'au jour où son beau-frère Paul (Louis-Ronan Choisy) débarque...

Moins d'un an après son incursion dans le genre socialo-fantastique avec Ricky, François Ozon, réalisateur ultra prolifique, revient à la chronique humaine avec Le Refuge. Retrouvant un ton proche de son merveilleux Temps qui reste. Leur point commun évident ? Melvil Poupaud, homosexuel condamné dans ce dernier, figure fantomatique, riche camé mort d'une overdose ici. Vivant éternellement à travers le personnage de Mousse, jeune femme enceinte, progressivement délaissée par la vie. Partie se ressourcer dans une maison de campagne, celle-ci recevra bientôt la visite de Paul, beau-frère homosexuel, prêt à tout pour la soutenir dans cette épreuve. Partant de son unique envie de filmer une actrice enceinte, François Ozon embarque alors Isabelle Carré dans une sobre aventure à la limite de la contemplation, sorte d'observation scrupuleuse de cet événement qu'est la maternité. De corps en pleine mutation à ces humeurs changeantes. Brodant à la louche un scénario à cette fine trame de départ, le film donne lieu à une réflexion plutôt audacieuse non pas sur la maternité même mais sur le désir, principalement sexuel. Habituée à être au centre de l'attention, Mousse ne supporte en effet pas d'être vue comme une femme enceinte avant même d'être vue comme une femme, en venant inconsciemment à jalouser cette future progéniture qui grandit en elle. Femme-enfant, celle-ci ne rêve que de continuer à vivre comme avant, dans l'insouciance la plus totale. Des coups d'un soir aux sorties en boite à la prise de substances illicites. Ne supportant plus l'idée que ce gros ventre rond devienne le centre de toutes les convoitises, amenant les femmes à lui parler de leur expérience personnelle, attirant sexuellement les hommes troublés par l'idée même de la paternité...


Et puis, il y a Paul, bel éphèbe au corps doré, comblant doucement cette solitude installée depuis bien trop longtemps dans ce refuge lointain. Prenant doucement  place de Louis, disparu de manière ultra brutale. Homosexuel complètement assumé, il est un des seuls à la prendre pour ce qu'elle est, la question du désir étant, au premier abord, complètement neutralisé. Créant instinctivement une attirance très forte chez Mousse, de part cette barrière entre eux. Là s'arrête pourtant la réflexion de François Ozon, trop occupé à filmer ce(s) corps, objets sexuels ou témoins de la vie, au point de presque en oublier de raconter quelque chose. Là est la faiblesse de ce Refuge, chronique douce-amère ensoleillée, donnant la part belle à une Isabelle Carré rayonnante, sans portant arriver à transmettre la moindre émotion. Face à ce spectacle lumineux au ton, à contrario, profondément sombre, tout semble figé, à l'instar de son acteur principal Louis-Ronan Choisy, totalement mono-expressif. Et là où on pouvait s'attendre à une émotion contenue, Le Refuge se révèle au contraire une oeuvre incroyablement froide et finalement très insignifiante, à l'histoire bien trop attendue et mince pour nous embarquer complètement. Une déception donc pour ce nouveau François, capable d'une grande virtuosité quant il s'agit de filmer des scènes de boites de nuits, retombant dans une mise en scène plus insipide le jour... On a connu le cinéaste plus animé.



> François Ozon: Ricky

Crédit photo: Le Pacte

Publié le 27/01/2010 à 14h25 dans En salle en 2010

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