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Une dernière séance

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Le blog d'une récente expatriée de la sphère allociné et nouvelle membre d'Extérieur nuit, l'émission cinéma de Radio Campus Paris (tous les mercredi, 19h-20h, 93.9).

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No popcorn on the floor / Gaël Mocaër





Sortie: 29 avril 2009

> L'histoire: No popcorn on the floor est un long-métrage documentaire qui nous entraîne dans les coulisses de l'Atalante, unique cinéma indépendant de Bayonne. Au fil des saisons, on découvre Ramuntxo, le directeur, face à ses responsabilités. Entre le choix des films pour la programmation, la gestion du personnel et des finances, les mots justes à trouver pour réconforter, les coups de gueule pour se faire entendre, il passe du rires aux larmes, d'une énergie débordante à des moments de doutes et des envies de tout foutre en l'air. A ses côtés Jean-Georges, un projectionniste qui vit au milieu de ses bobines dans la pénombre d'une minuscule cabine de projection. Autour d'eux, une multitude de personnages attachants qui se battent pour leur passion et défendent une autre idée du cinéma. Derrière le quotidien de cette bande de joyeux lurons, des enjeux bien plus importants se dessinent. Comment faire face à la pression de certains distributeurs ? A l'arrivée d'un multiplexe qui se construit à deux pas de chez vous ? Comment ne pas licencier ? En un mot, comment rester indépendant à une époque où la moindre erreur peut conduire à la fermeture d'une salle ?

Venu du reportage télévisuel de guerre, Gaël Mocaër pose sa caméra, pour son premier long métrage, dans un cinéma d'art et essais à Bayonne, l'Atalante. En somme, de charmants petits gaulois résistants encore et toujours à l'envahisseur. Sur environ seize mois, le réalisateur suit ainsi l'exploitant et les employés qui font vivre ce haut lieu culturel. De vrais personnages de cinéma à l'intérieur d'un cinéma. Il y a Jean-Georges, le projectionniste, peignant ses warhamers à l'ombre de sa cabine. Bora, le caissier, et ses phrases philosophiques. La tavernière et Ramuntxo, directeur de la salle, vivant sa passion avec envie. No popcorn on the floor ne rentre ainsi jamais dans la salle de cinéma, ne montrant des films qu'un bout d'image pris à la volée, laissant le son de la salle envahir la cabine de projection. De quoi titiller nos réflexes de cinéphiles en essayant de deviner ce que cela pourrait être. Gaël Mocaër s'intéresse à toute la partie obscure d'un cinéma de quartier, à savoir ce qui se passe lorsque nous sommes dans la salle et que la lumière s'éteint. Les choix et préparations d'une programmation particulière. Les discussions autour d'un film, ici, avec des personnes muettes. Le nettoyage des lieux comme les achats pour une soirée à thème. Une certaine réalité de ce qui se passe aujourd'hui dans les salles, aussi.


Avec une caméra presque invisible, Gaël Mocaër dépeint ainsi les travers du système de l'exploitation française. Entrecoupant son documentaire d'une réunion au ton de plus en plus grave, il s'interroge, et nous interroge, sur ce qui se passe en ce moment. Les salles toujours plus vides, faute au beau temps et à l'uniformisation des goûts et des envies. La non prise de risques des spectateurs malgré des prix attractifs. Les problèmes économiques et la construction d'un multiplexe à côté d'eux. Car l'Atalante, c'est avant tout un lieu qui prône une certaine vision du cinéma, à travers ce directeur incroyable qu'est Ramuntxo. Avec son monoécran, il impose ainsi les films à ses spectateurs, faisant des choix, certes risqués, mais surtout de goût. Au gré de la rotation des affiches, celui-ci affirme encore et toujours son rejet d'une certaine marchandisation du cinéma où l'objet-filmique ne deviendrait qu'un produit, vendu en plus des popcorns. L'Atalante est un cinéma muni d'un bar, un lieu humain, à la recherche du contact avec les autres. Quitte à aller chercher les gens dans la rue, à bord d'une petite voiture rose, mégaphone scotché sur le toit.


No popcorn on the floor est ainsi une oeuvre emplie de beaucoup d'humour, Ramuntxo étant un personnage haut en couleur, n'hésitant pas appeler un prêtre pour faire reconnaître sa salle comme une miraculée, faisant des entrées sans passer le dernier Harry Potter. De désillusion, aussi, le film faisant le constat plutôt amer de la réalité des salles d'arts et d'essais. Ouvrant les yeux sur les conséquences à long terme d'une propagation des multiplexes, fragilisant encore et toujours les petits films ne sortant que dans trois salles en France. D'ailleurs, No popcorn on the floor est lui-même un petit film, sortant cette semaine dans huit salles. Ne pouvant pas choisir entre changer de programmation ou continuer sur sa lancée quitte à tuer sa salle, Ramuntxo choisira de tout quitter, cherchant à promulguer encore son idéal cinématographique en lançant un ballon muni d'une bobine, taguée d'un cri contre le popcorn. Et quand on regarde aujourd'hui la programmation de l'Atalante, cela n'a plus rien à voir avec ce que le documentaire nous donnait à voir, la salle proposant cette semaine le dernier Tavernier, Philippe Lioret et Stephen Frears. Bien loin des films maliens ou israéliens dont Ramuntxo raffolait. A bien des titres, No popcorn on the floor est un film quasi indispensable, permettant à la fois de découvrir un autre univers du cinéma, mais aussi d'ouvrir les yeux sur ce qu'il pourrait devenir, en France, dans les années à venir. La lutte continue !

> A suivre: l'interview de Gaël Mocaër



Crédit photo: ADR Productions

Publié le 30/04/2009 à 12h40 dans En salle en 2009

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