En salle en 2010

Lundi 15 mars 2010 1 15 /03 /2010 19:32

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Sortie: 03 mars 2010

> L'histoire: A 57 ans, Bad Blake (Jeff Bridges), chanteur de blues, sillonne les villes du middle west américain, jouant des vieux hits dans les bars de troisième zone et des salles de bowling. De petit concert en petit concert, il croisera un soir Jean (Maggie Gyllenhaal), journaliste locale, a qui il ne peut faire encore aucune promesse...

Premier film du cinéaste Scott Cooper, Crazy Heart s'apparente un peu à un Wrestler façon Jeff Bridges, suivant les déboires de Bad Blake, vieux chanteur de blues, sillonnant les routes d'une Amérique profonde, passant de bar en bar afin d'y tenir de petits concerts. Cultivant avec engouement son alcoolisme chronique, profitant des avantages de la "célébrité" pour les coups d'un soir. Lui qui est capable d'aller vomir ses tripes avant de remonter sur scène, comme si de rien n'était. Assurant toujours le spectacle, quoi qu'il arrive. Jusqu'à ce qu'il rencontre Jean, une charmante journaliste locale, prête à lui accorder un papier dans sa revue. Profitant de la tombée de la nuit pour se faire des confidences, Bad se liera petit à petit à celle-ci, remettant alors en cause son mode de vie actuel. Peut-on encore continuer à boire quand on s'engage avec une mère de famille divorcée ? A t-on le pouvoir de tout recommencer alors qu'on s'est habitué à train train quotidien des plus épuisants ? Rongé par des problèmes de santé, Bad devra bientôt faire le choix entre accepter de mûrir et prendre ses responsabilités ou continuer à vivre dans l'insouciance la plus totale, comme s'il avait encore vingt ans. Là est la force première de ce Crazy Heart, livrant un beau et solide portrait d'homme à la dérive, tissant l'émotion sur la solidité de ce couple improbable, Bad et Jean, Jeff Bridges et Maggie Gyllenhaal, l'un en imposant de charisme, l'autre charmant par sa tendresse. Le tout bercé au doux son de quelques notes de blues.

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Si Crazy Heart n'est pas un film profondément original, c'est qu'il joue d'abord sur notre fantasme de l'Amérique. Première scène: un break traverse une route bétonnée, séparant de grands espaces désertiques. Le tout porté par quelques accords de guitare acoustique. Il n'en faut pas plus pour nous plonger dans le middle west américain, entre chapeaux et santiages, au commande d'un road movie incroyablement - trop ? - respectueux de ce genre si hollywoodien. Passant de villes en villes, Bad Blake croisera sur son chemin plusieurs personnages et personnalités, de Colin Farrell à Robert Duvall, lui apportant chacun d'entre eux un peu de réconfort comme de précieux conseils. Mais Crazy Heart ne serait pas ce qu'il est sans la présence massive de Jeff Bridges, le film se construisant avant tout autour de son interprète principal. Jouant d'une mythologie semblable à ce qu'a pu faire Darren Aronofsky pour Mickey Rourke. Alors que ce dernier interprétait dans The Wrestler un catcheur à la dérive comme il le fut lui même dans la vie, Crazy Heart plonge, dès la première scène, Jeff Bridges dans les allées d'un bowling. Rappelant en mémoire l'un de ses meilleurs rôles, le Dude de The Big Lebowski. Faisant de Crazy Heart le film de la nouvelle chance pour cet immense acteur, incroyable en Bad Blake, retrouvant à l'écran de sa superbe et de son éclat. Et si le film manque souvent d'émotions de part une fracture bien trop classique, le premier essai de Scott Cooper n'en reste pas pour autant une charmante découverte, baladant de manière plaisante dans ces contrées américaines dont on prend toujours autant de plaisir à voir filmer.

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1. Maggie Gyllenhaal: Sherrybaby / Away we go
2. Colin Farrell: L'Imaginarium du Docteur Parnassus

> Golden Globes 2010: Meilleur acteur dans un drame, meilleure chanson originale
> Oscars 2010: Meilleur acteur, meilleure chanson / Nomination meilleur second rôle féminin

Crédit photo: Twentieth Century Fox France

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Lundi 8 mars 2010 1 08 /03 /2010 17:33

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COUP DE COEUR

Sortie: 24 février 2010

> L'histoire: 1961. Angleterre. Jenny (Carrey Mulligan) a seize ans. Élève brillante et charismatique, celle-ci se prépare à intégrer Oxford. Jusqu'à ce qu'elle rencontre un homme deux fois plus âgé qu'elle, David (Peter Sarsgaard), l'embarquant dans une aventure qu'elle ne pouvait imaginer. Faisant son éducation par la découverte de la vie, à travers l'amour et la culture française...

Vers la fin de High Fidelity, John Cusak sillonnait sous la pluie les rues de Chicago à la recherche de Laura, son binome, écoutant à bord de sa petite voiture une incroyable chanson de Serge Gainsbourg. Dans Une éducation, c'est de Juliette Gréco que se délecte Jenny, jeune adolescente anglaise âgée de 16 ans. Entre eux, rien de commun si ce n'est un auteur, Nick Hornby, dont le premier film est l'adaptation d'un de ses livres, au commande ici du scénario. Allongée sur le sol de sa chambre, celle-ci se rêve à Paris, vivre pleinement et librement, loin de la rigidité d'un père trop ambitieux pour elle. Jenny est une élève brillante, promise à un avenir radieux dans les couloirs d'Oxford, travaillant inlassablement son latin et ses morceaux de violoncelle. Pourtant, celle-ci n'a rien d'une bêcheuse entêtée, fumant en cachette avec ses copines, parlant français dès qu'elle le peu, s'idéalisant en robe noir, les cils aussi allongés que Gréco. Jusqu'à ce qu'elle rencontre David, un homme deux fois plus âgé qu'elle, lui proposant une alternative plutôt alléchante à ce train train quotidien: faire son éducation non plus par l'école, mais par l'apprentissage de la vie. Exaltée par cette nouvelle option qui s'offre à elle, Jenny se laissera alors entraîner dans les tourbillons de la fête, de la mode et de l'amour, David lui ouvrant les portes de ses plus grands rêves, à commencer par un week-end parisien. La forçant à choisir entre ces deux avenirs qui s'offrent à elle: vivre pleinement ses rêves mais au dépend d'un homme ou continuer ses études afin de gagner son indépendance au profit du plaisir. Le début des années 60 ne proposant encore que peu d'alternatives aux femmes, Jenny devant faire le choix de se raccrocher à deux types de modèles féminins: une professeur et une directrice d'école complètement libres mais désespérement seules ou une mère ayant arrêté ses études mais vivant toujours avec le même homme.

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Film de femmes pas forcément pour les femmes, Une éducation est ainsi une réflexion passionnante sur la place du sexe féminin dans la société anglaise des années 60 et ce poids du passé infligé aux plus jeunes filles. Obligeant Jenny a faire des compromis, elle qui souhaiterait vivre les deux sans qu'on lui coupe les ailes. Portée par une Carrey Mulligan divine, mutine, gracieuse et pétillante, resplendissant dans ses robes saillantes telle une Audrey Hepburn moderne, Une éducation nous embarque ainsi dans une séduisante et tourbillonnante aventure, à la découverte de la vie par l'éducation sentimentale, des contrées anglaises aux "quais du vieux Paris". Comme Jenny, on se laisse happer par l'excitation de toutes ces opportunités qui s'offrent à elle, prêtes à suivre partout ce séduisant David à qui Peter Sarsgaard insuffle une ambiguïté et un charme des plus troublants. Du scénario magnifiquement cynique de Nick Hornby, Lone Scherfig livre à ce titre un long métrage ravageur pour un élégant portrait d'adolescent, enchantant par son univers sixties et la personnalité hors du commun de son héroïne enivrante, petit bout de femme que l'on aurait toutes rêvées d'être... Ne laissez pas passer cette chance de la rencontrer !

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1. Carrey Mullignan: Public Enemies / Brothers
2. Rosamund Pike: Clones

> Golden Globes 2010: Nomination meilleure actrice dans un drame
> Bafta 2010: Meilleure actrice / Nominations meilleur film, meilleur film anglophone, meilleur réalisateur, meilleure adaptation, meilleur acteur dans un second rôle, meilleurs costumes, meilleurs maquillage et coiffure, prix du public
> Oscars 2010: Nominations meilleur film, meilleure actrice, meilleur scénario adapté


Crédit photo: Metropolitan FilmExport

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Dimanche 7 mars 2010 7 07 /03 /2010 12:49

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Sortie: 24 février 2010

> L'histoire: Alice (Caroline Mercier), jeune professeur de mathématique se retrouve, du jour au lendemain, plaquée par son copain. L'occasion pour elle de partir à la découverte de ses fantasmes et de ses désirs, des bras d'un jeune étudiant pervers à ceux de +aître Raffiné...

Deux couples mangent ensemble chez l'un d'entre eux. Profitant de l'attention de son auditoire, l'un des hommes propose alors de les faire participer à un petit blind test, histoire de tester leur culture de la musique classique... tandis que l'autre reçoit un appel téléphonique des plus inopinés. - "Qui c'était ?" - "Personne" - "Tu me prends vraiment pour une conne !" - "Straubb". D'une scène aussi anodine qu'un repas entre amis, Jean-Michel Hulin impose en quelques plans l'univers de son Alice, ou les désirs, plongée nanardesque dans les confins du désir, entre situations aussi abracadabrantes qu'hilarantes, dialogues sur-écrits et interprétation digne d'un épisode de Plus belle la vie. Attendu comme le messie pour une petit bande de blogueurs depuis le buzz créé par Voisin Blogueur en novembre dernier, Alice, ou les désirs se présente comme le premier volet d'une trilogie "amoureuse". Suivant les aventures érotiques d'une jeune professeur de maths, naïve et insouciante, à la découverte des pratiques sadomasochistes. Entrainée par sa cousine et un jeune étudiant lui vouant un culte pervers, Alice se laissera alors entraîner dans des plans toujours plus surréalistes, d'une séance photo improvisée au beau milieu des rues de Cannes à une soirée masochiste, organisée par Maître Raffiné, où la belle se retrouvera attachée par le bras, enfermée dans un placard. Et il faut le voir pour le croire tant Alice, ou les désirs révèle plus de l'irréel que du cinéma, Jean-Michel Hulin ne faisant preuve d'aucun bon goût ni d'ambition artistique quant à l'entreprise de son projet.

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Nanard culte se muant souvent en navet gonflant par un manque évident de rythme, Alice, ou les désirs n'épargne en aucun cas son actrice principale, Caroline Mercier, se donnant à la caméra comme peu oserait le faire. Filmée sans envie, elle s'active tel un bout de viande, se retrouvant des situations antisexes, à la limite du ridicule. Car si Alice, ou les désirs se voulait comme une exploration du désir, le film se révèle au contraire une expérience dépourvue de tout érotisme, de part le côté risible des séquences et une mise en scène des plus plates. Laissant Alice se faire fouetter dans sa salle de classe en calculant des équations au tableau avant de se faire prendre par son étudiant sur son bureau sans que celui ci ne daigne enlever son pantalon. Réussissant même l'exploit d'aller au bout de son plaisir. Entre gêne et pathétique des situations, Alice, ou les désirs est de ses films à voir en groupe histoire de se fendre la poire tant le long métrage de Jean-Michel Hulin atteint des sommets inénarrables. Et entre un défilé de tenues en cuirs, une danse improbable en jogging ou une virée nocturne en moto, rythmé par le I wanna be your dog d'Iggy Pop, Alice, ou les désirs se révèle, au choix, ou une douloureuse expérience cinématographique, ou une bonne tranche de rigolade, voir les deux, pour ce qui s'apparentera, dès les premières minutes, comme le nanard de l'année. Quoi qu'il en soit, on espère que Jean-Michel Hulin ne tardera pas trop à nous présenter les deux derniers volets de sa trilogie, mettant en scène une femme de 40 ans, puis une autre de 60. On en frémit d'avance !

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Crédit photo: Les Films à Fleur de Peau

Par Limess - Publié dans : En salle en 2010 - Communauté : Vos articles nous intéresse !
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Samedi 6 mars 2010 6 06 /03 /2010 23:18

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COUP DE COEUR

Sortie: 24 février 2010

> L'histoire: 1954. Le marshal Teddy Daniels (Leonardo Dicaprio) et son coéquipier Chuck Aule (Mark Ruffalo) sont envoyés enquêter sur l'île de Shutter Island. Là-bas, un hôpital psychiatrique y héberge les criminels les plus dangereux du pays. L'une d'entre eux a disparu, Rachel Solando (Emily Watson). Ordre est donné d'y mené une enquête, sauf que sur Shutter Island, rien n'est jamais simple...

Attention: spoilers. Lire ou ne pas lire le Shutter Island de Dennis Lehane avant la sortie de l'adaptation ? Telle fut la question qui tourneboula "des milliers" de cinéphiles à l'annonce de l'arrivée du nouveau Martin Scorsese pour une interrogation plutôt récurrente, intervenant à chaque nouvelle transposition, de plus en plus nombreuses. Pour ma part, si le livre repose sur ma table de nuit depuis plusieurs mois, je ne l'ai jamais feuilleté, préférant conserver mon plaisir personnel quant à la découverte de cette histoire sur grand écran. Plongée dans le noir d'une salle de cinéma. Best-seller mondial pour long métrage signé par l'un des derniers géants d'Hollywood, Shutter Island est sans conteste le premier mastodonte de 2010, repoussé de plusieurs mois pour de sombres magouilles oscarisables. Dans tous les cas, le film est enfin là, prêt à nous dévoiler tous ses mystères, à nous embarquer dans une aventure humaine des plus déroutantes. Tout commence sur la proue d'un bateau, prisonnié d'une épaisse brume. Chuck y attend Teddy, son coéquipier, victime du mal de mer. Tous deux ont été réquisitionné pour mener une enquête sur l'île de Shutter Island où y sommeille un hôpital psychiatrique, regroupant les criminels les plus dangereux du pays. Considéré comme extrêmement sécurisé, l'hôpital a néanmoins vu s'échapper l'une de ses patientes, Rachel Solando, accusée d'avoir assassinée de sang froid ses trois enfants. De simples observateurs, Teddy et Chuck deviendront bientôt les témoins privilégiés et membres à part entière du centre, eux même coincés dans l'enceinte des suites d'une terrible tempête. Bienvenue à Shutter Island, lieu où la météo se fait le symbole des tourments de ses personnages, suivant la trajectoire de Teddy, prestigieux marshal rongé par un passé des plus lourds, mêlant disparition de son épouse et traumatismes de guerre, lors de la libération des camps de concentrations. Victime de migraines en pagaille, Teddy se verra lui-même hanté par les fantômes de son passé, tentant tant bien que mal de mener une enquête qui s'avèrera beaucoup plus compliquée qu'il ne l'imaginait. Rachel Solando semblant, tout simplement, s'être évaporée des murs de la prison... Donnant à voir une enquête des plus trépidantes, nous embarquant dans les tréfonds de cet hôpital psychiatrique, où suspense et sentiment de claustrophobie s'y mêlent à merveille.

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Pourtant, dès les premiers plans du film, quelque chose semble profondément toquer dans ce Shutter Island, Martin Scorsese faisant preuve d'un amateurisme étonnant quant à la construction de son film. A l'image de ce pansement sur le front de Leonardo Dicaprio, semblant comme par enchantement avoir changer de place. Ou ses multiples faux raccords, passant d'un plan sur Mark Ruffalo, un verre dans la main, à un Mark Ruffalo, la main et le verre sur la table. Papi Scorsese devrait-il prendre sa retraite ? C'est du moins la question que l'on peut se poser dès les premières minutes du film, nous obligeant à nous concentrer en permanence sur l'image, parfois au dépend même du récit. Un faux raccord, deux puis trois et une autre question nous vient alors en tête, Martin Scorsese étant Martin Scorsese, celui-ci n'aurait-il pas tout simplement construit son film sur une mise en scène volontaire de faux raccords, créant un véritable sentiment de paranoïa chez le spectateur. Alors, quand arrive la scène du verre d'eau où, pendant un interrogatoire, Mark Ruffalo tend un verre à une patiente, que celle-ci se met à le boire sans rien avoir dans la main, avant de reposer un verre sur la table, la question ne se pose même plus. Le cinéaste jouant consciemment avec les nerfs du spectateur, prêt à se demander si il n'aurait pas lui-même imaginé ce qu'il vient de se passer à l'écran. Là est la force première de Shutter Island, Martin Scorsese s'amusant à brouiller les pistes mêmes de son intrigue par une mise en scène d'une clairvoyance hallucinante, nous mettant nous-même à la place de cet inspecteur, en pleine crise d'hallucination. Une fois le mécanisme perçu, la mise en scène se fera alors d'une drôle de limpidité, à l'image de cette séquence de "révélation" entre Leonardo Dicaprio et Michelle Williams. On aperçoit la belle sur un banc, face à un étang vide, puis, à nouveau, face à un étang empli de canards dont l'on sait pertinemment qu'ils disparaîtront le plan d'après. Bingo. Le film jouant volontairement des apparitions et disparitions, du dédoublement d'un geste d'un plan à un autre, créant des propres fantômes à un spectateur victime de l'intelligentsia d'un Scorsese en très grande forme.

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S'appuyant sur une mise en scène des plus folles, le cinéaste en vient dès lors à jouer avec son propre récit. Difficile de ne pas se douter de la probable maladie de Leonardo Dicaprio dès son arrivée sur l'île, le film arrivant après Fight Club, Fenêtre secrète ou autres oeuvres sur la skizophrénie, nous forçant à nous poser la question dès les premières minutes. Ce qui viendra se conforter au fur et à mesure. Et pourtant... Et si cette thématique de la maladie n'était pas justement le plus facile, Martin Scorsese appuyant constamment - lourdement ? - sur les troubles psychologiques du personnages, hanté par la voix douce de sa femme décédée - superbe séquence de la désintégration, à couper le souffle. Et si Shutter Island n'était pas au contraire la chronique d'un complot annoncé... Car alors que Leonardo Dicaprio en vient à penser qu'une conspiration se joue entre les murs de l'hôpital, menée tambour battant par un directeur et un médecin des plus énigmatiques, le film, dans ses grandes lignes, se chargera de classer le dossier à coup de gros sabot, lors d'une séquence des plus démonstratives - élucidation des anagrammes comprise. C'est là que la mise en scène de Martin Scorsese entre en jeu, venant considérablement à l'encontre du récit. Le film lui-même s'interrogeant sur la thématique de la croyance. Peut-on encore croire un personnage quand celui-ci a fait une crise de folie une fois ? Peut-on croire tout ce que nous montre un cinéaste ? Car alors qu'une séquence explicative vient à nous éclaircir la situation - quelle est la vraie mort de son épouse ? Quel est le fin mot de l'histoire ? -, la construction même de celle-ci vient à en dire le contraire. Par l'apparition et la disparition même des canards évoqués précédemment. En construisant une séquence dite "véridique" sur des faux raccords, Martin Scorsese en vient à nous interroger sur le pouvoir des images et la vraisemblance de celles-ci. Pourquoi cette séquence serait-elle plus vraie qu'une autre - les hallucinations de Teddy autour de Rachel Solando - puisqu'elle est elle-même faussée ? D'où la triple interprétation possible de la séquence finale, nous montrant Leonardo Dicaprio et Mark Ruffalo discuter sur les marches avant que le premier ne les descende, se jettant dans les bras des médecins, prêt à lui faire un lavage de cerveau.

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Si le livre se terminait - apparemment - sur la boucle sans fin de la maladie de Teddy, celui-ci replongeant dans ses délires, revenant au point de départ de sa thérapie, le film lui propose une multiplicité de fermetures, Scorsese ayant toujours affirmé ne pas vouloir adapter fidèlement un livre mais en extraire l'essence. Retour à la case départ, il y a donc dans Shutter Island... A moins que Teddy ne soit guérit et préfère se suicider plutôt que de vivre plus longtemps sur l'île, comme nous l'exhorte le cinéaste lors d'un échange final à double sens. A moins, sinon, que Teddy ait raison depuis le début, se sacrifiant volontairement afin de prouver la véracité de son raisonnement, celui-ci étant dès lors conduit au phare, monument même où il affirmait qu'il était le lieu d'expériences peu éthiques. Teddy partant alors pour un lavage de cerveau en règle... Dans tous les cas, difficile de faire toute la lumière sur cette affaire, Martin Scorsese laissant l'opportunité au spectateur de choisir son camp, selon sa lecture de l'oeuvre. Là est la marque d'un grand film, Shutter Island apparaissant instantanément comme une grande claque, porté par un casting des plus incroyables, capable de vous faire passer d'une émotion à une autre, de vous balader sans que vous vous en rendiez compte. A ce titre, Martin Scorsese aura réussit l'exploit de me rendre littéralement folle de bout en bout, me poussant à me poser toujours plus de questions quant à la symbolique de sa mise en scène. Et si je ne prétends pas avoir la science infuse quant à l'interprétation de l'oeuvre, j'espère au moins que cette critique vous donnera envie, sinon de revoir le film, du moins d'y repenser sous un autre angle !

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1. Leonardo Dicaprio: Les Noces rebelles
2. Mark Ruffalo: Une arnaque presque parfaite / Max et les maximonstres
3. Michelle Williams: Synecdoche New York / Wendy and Lucy
4. Emily Mortimer: City Island
5. Jackie Earle Haley: Watchmen - Les Gardiens
6. Patricia Clarkson: Whatever Works


> Berlinale de Berlin 2010: en compétition


Crédit photo: Paramount Pictures France

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Samedi 6 mars 2010 6 06 /03 /2010 19:23

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Sortie: 24 février 2010

> L'histoire: Los Angeles. 1962. Depuis qu'il a perdu son compagnon Jim (Matthew Goode) dans un accident de voiture, George Falconer (Colin Firth), professeur d'université Britannique, ne se sent plus capable d'envisager l'avenir. Bien décidé à ne vivre plus qu'une dernière journée, malgré le soutien de son amie Charley (Julianne Moore), George redécouvrira petit à petit les joies de la quotidienneté... Comme si une nouvelle vie était en fait possible.

Créateur de mode réputé, ayant fait ses classes aux crochets de certaines des marques les plus prestigieuses du monde du luxe, Tom Ford passe pour la première fois derrière la caméra avec A Single Man, livrant un film un peu à son image, classieux et précieux. George, quarantenaire homosexuel, ne se remet pas de la disparition brutale de son compagnon. Persuadé que la vie n'a plus rien à lui offrir d'aussi beau que cette relation, celui-ci décidera alors de prendre les devants en mettant savamment en place son propre suicide. Cette journée sera la dernière... à moins que celle-ci ne lui apporte un lot de réponses auxquelles il ne s'attendait pas. Vivant reclus dans une maison impersonnelle, espionnant ses voisins depuis ses toilettes, George est un homme seul. Comptant sur la compagnie de sa bonne et de sa plus vieille amie, Charley. Enchaînant ses journées sans émotion particulière. Une solitude que l'on retrouvera à l'intérieur même de la mise en scène, Tom Ford misant sur une réalisation extrêmement soignée et planifiée, ne laissant que peu de place à l'émotion. Jouant des mouvements de caméra et une utilisation des couleurs ternes très étudiés. Jusqu'à ce que George ne prenne peu à peu conscience que ce n'est peut être pas la vie qui s'est arrêtée mais lui-même, donnant enfin un peu d'importance à l'un de ses étudiants, Kenny, jeune éphèbe blond, pas insensible à ses charmes. Décidé à ce que cette journée soit la dernière, celui-ci redécouvrira alors, par petites touches, les différents plaisirs quotidiens. Influençant, symboliquement, les propres couleurs du film, devenant dès lors plus vives. Et si le procédé semble, certes, un peu artificiel, à l'image même de la mise en scène, celle-ci révèle surtout une incroyable capacité de création de la part de cet apprenti cinéaste, jamais à court d'idées en tout genre...

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Mais George, c'est surtout Colin Firth, magnifique et sensible en vieil homosexuel à la dérive pour l'un des plus beaux rôles de sa carrière. Tour à tour touchant, drôle ou pathétique. Luttant corps et âme pour entrer dans ce duvet censé limité les tâches de sang sur ses murs crèmes. Dansant frénétiquement avec son amie Charley, vieille fille regrettant sa beauté passée, formidablement incarnée par une Julianne Moore au diapason. Il faut dire que Tom Ford a le chic quand il s'agit de choisir un casting, recréant à travers A Single Man tout une iconographie cinématographique. Jouant des corps musclés - et huilés ? - de ses acteurs, mettant en scène quelques uns des sexes symboles du grand et petit écran, de Matthew Goode à Lee Pace. Et si il fallait ne garder qu'une scène du film, celle du parking de la supérette en serait le reflet. Se garant devant une affiche de Psychose, George y fera la connaissance d'un jeune mannequin latino. Les cheveux gominés, le tee-shirt blanc et le jean noir refaisant instantanément vivre la figure de James Dean, icône - gay - par excellence. A ce titre, A Single Man pourrait presque s'apparenter à un défilé de beaux mâles, filmés et habillés avec envie, recréant un univers proche du magazine de mode. Ce n'est pas moi qui m'en plaindrait, le film donnant une excellente occasion de se rincer les yeux ! Malgré une certaine froideur apparente, A Single Man est ainsi une belle réussite pour un film calibré et stylé, porté par une brochette de comédiens aussi délicate qu'irréprochable. On murmure que Tom Ford aurait déjà repris la caméra... to be continued.


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1. Colin Firth: Un été italien
2. Julianne Moore: Les Vies privées de Pippa Lee
3. Matthew Goode: Watchmen - Les Gardiens
4. Ginnifer Goodwin: Ceux que pensent les hommes
5. Lee Pace: Miss Pettigrew


> Mostra de Venise 2009: Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine
> Golden Globes 2010: Nominations meilleur acteur, meilleur second rôle féminin, meilleure musique originale
> Oscars 2010: Nomination meilleur acteur


Crédit photo: Mars Distribution

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Mardi 2 mars 2010 2 02 /03 /2010 12:19

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Sortie: 17 février 2010

> L'histoire: Alexandre (Joffrey Verbruggen) a quinze ans et vit seul avec son père (Thierry Hancisse). Pris entre les coups et la violence, celui-ci trouve refuge dans son sport favori, la régate, avec lequel il espère remporter les championnats de Belgique. Trouvant soutien auprès de son entraîneur, Sergi (Sergi Lopez), et Murielle (Pénélope Levêque), la fille dont il est amoureux.

Premier film du cinéaste belge Bernard Bellefroid, La Régate, sorte de chronique adolescente sur fond d'aviron et de violence domestique, avait tout pour emballer. Une ambiance dépressive, portée par la musique pop aérienne de Claudine Muno & The Luna Boots. Un cadre naturel et inédit. La présentation d'un sport plutôt innovant. Alexandre est un garçon comme les autres, vivant pour la régate et les filles. Mais victime d'une blessure à la cuisse, celui-ci dû se couper du monde pendant plusieurs mois, se mettant à dos son entraîneur dont il est l'un des jeunes poulains. Alternant entre séquences familiales assez tendues entre un père bourru et ce fils prodige et des entraînements toujours plus physiques, Bernard Bellefroid fait le judicieux choix de laisser parler l'image plutôt que les personnages. Et en imposant une raideur intense au sein du foyer familial et une véritable tension entre Alexandre et son père Thierry, le cinéaste n'a nul besoin de sous-titres pour expliciter la situation, faisant preuve d'une réelle subtilité. Jusqu'à ce que Thierry se félicite d'avoir planter son fils d'une fourchette, écrasant toute la délicatesse des premières scènes. Sans plus aucune limite, Bernard Bellefroid se laissera alors doucement glisser dans la tentation de mettre toujours plus en scène la violence domestique, laissant d'abord les coups en hors champ avant de les mettre en avant par facilité. Répétant inlassablement le même schéma, suivant un Alexandre de dos ouvrir la porte de chez lui avant de se faire littéralement agressé, physiquement comme mentalement, par un paternel sur le qui-vive. Une fois, deux fois et l'on se dit que tout ça est plutôt maladroit, trois fois, quatre fois et le tout nous semble particulièrement racoleur.... Laissant la drôle d'impression d'un ensemble plutôt raté.

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Car alors que La Régate s'annonçait plutôt prometteur, le film laisse au contraire rapidement apparaître un manque de demi-mesure. Le cinéaste n'hésitant pas à aller au bout du cliché à chacune de ses séquences, quitte à créer des coupures brutales d'une scène à une autre. Des entraînements de régate au stage intensif aux airs de colonies de vacances, le cinéaste fait le choix d'une mise en scène plutôt enjouée, saupoudrée d'une B.O proche d'un "We are young" de Supergrass. Préservant une certaine aération du récit, misant sur les instants types d'un film adolescent, des premiers bisous à la première fois. Avant de passer dans l'excès inverse lors des retours à la maison. Et dans ce melting-pot d'ambiance, impossible de s'attacher à ce personnage principal, maladroitement interprété par un Joffrey Verbruggen peu charismatique, laissant dès lors le champ libre à un Sergi Lopez charmant en entraîneur confiant. Premier essai plutôt loupé, La Régate révèle ainsi malheureusement vite ses limites, passant peu à peu de film gauche à un long métrage terriblement agaçant et convenu, se concluant par un panneau explicatif à l'image du film. Dommage.

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1. Sergi Lopez: Ricky / Partir / Les Derniers jours du monde / C'est ici que je vis


Crédit photo: Pyramide distribution

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Lundi 1 mars 2010 1 01 /03 /2010 19:54

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Sortie: 17 février 2010

> L'histoire: Père célibataire, Thomas Craven (Mel Gibson), policier vétéran de la brigade de Boston, mène une vie plutôt tranquille, élevant seul sa fille de vingt-cinq ans (Bojana Novakovic). Alors que celle-ci rentrera à la maison, elle se fera sauvagement assassinée sur le ponton de la maison, amenant Thomas à se remettre en question. Est-ce lui qui était visé ? Menant l'enquête de ce meurtre, Thomas se rendra petit à petit compte que la vérité n'est pas aussi claire qu'elle pouvait le paraître, l'amenant à fouiller dans des affaires "top secret", entre magouille politicienne et écologique...

Près de huit ans se seront écoulées sans que l'on ait eu de nouvelles de Mel Gibson l'acteur, lui qui profita de l'arrivée du nouveau millénaire pour repasser plusieurs fois derrière la caméra. Livrant deux oeuvres qui firent particulièrement polémiques, La Passion du Christ et Apocalypto. La vie de Jésus vs la civilisation Maya. Et voilà que par un frais matin de février, Mel reprend du service, le visage marqué par le temps, prêt à a nouveau en découdre. Pistolet au point, paré en user. Revenant à un rôle dans la lignée de ceux qui firent son succès, de Mad Max à L'Arme fatale, dans la peau d'un flic et père de famille embarqué, malgré lui, dans une sanglante vendetta - again ! - à la suite du meurtre de sa fille. Quelques images familiales idylliques, filmées en caméra dv, et voilà que le film est déjà parti, Thomas Craven accueillant sa chère et tendre progéniture à la gare du coin. Dans la voiture, la complicité est forte, le moment bref mais savamment orchestré jusqu'à ce que celle-ci subisse quelques problèmes de santé. Mal de crâne et saignements de nez. Et alors que Thomas s'apprête à la conduire chez le médecin, Emma se fera sauvagement assassinée sur le ponton de la maison. Violemment. Sans prévenir. Trois scènes, quelques dialogues et le tour est joué, Martin Campbell se révélant d'entrée de jeu particulièrement efficace et brillant quant il s'agit d'installer et d'exposer une situation. A peine le temps de se relever et voilà Thomas à l'action, prêt à faire toute la lumière sur cette affaire dont il se sent responsable et dont, on devine bien, des dessous beaucoup plus complexes. L'intrigue s'annonce musclée... et puis, plus rien !

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Engagée par une agence s'occupant d'affaires plutôt louches en matière d'environnement, Hors de contrôle ne laisse aucun doute quant à la tournure des événements. De ce meurtre imprévisible, Thomas n'est en aucun cas la cause, à lui maintenant de déjouer les magouilles politiciennes et les codes d'usage de ce milieu véreux. Sauf que trop occupés à tisser les dessous de leur intrigue, basant leur histoire sur un flot de paroles ininterrompus - celui maniant le mieux la langue (de bois) remportant la manche -, les scénaristes en oublieraient presque de varier leur récit, créant petit à petit un désintéressement total envers cette enquête jouée d'avance. Si elle devait être passionnante dans la série britannique dont Hors de contrôle est l'adaptation, elle est ici particulièrement convenue et "déjà-vu", n'assurant aucun suspense quant à la suite des événements. Mais où est la baston ? Car si Martin Campbell se révèle particulièrement doué quant il s'agit de mettre en scène des séquences brutales, lui qui fit ses preuves lors du réussit Casino Royal, on ne pourrait en dire autant de ce ping-pong verbal et ce, malgré les retrouvailles à l'écran des excellents Ray Winstone et Danny Huston - réunis après The Proposition. Pire, le film distille petit à petit un propos manichéen et des plus malhabiles, collant étrangement et parfaitement bien à la figure de Mel Gibson. Faut-il mieux "être sur la croix ou planter les clous" ? Pour l'équipe, la réponse est toute trouvée, celle-ci se mêlant à un discours emprunt de religiosité où la vengeance serait vecteur de rédemption d'un père envers sa fille. De ce polar mal foutu et pas si prenant que ça, on ne retiendra que la performance de Mel Gibson, de tous les plans, imposant à l'écran une rage diffuse et un désespoir puissant, une brutalité et une charisme à tout épreuve. Malheureusement pas assez pour palier à cette vendetta embarrassante et inconfortable pour une histoire dont on se fout, finalement, plutôt facilement...

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1. Ray Winstone: The Proposition
2. Danny Huston: The Proposition
3. Denis O'Share: Harvey Milk / La Proposition


Crédit photo: Metropolitan FilmExport

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Lundi 1 mars 2010 1 01 /03 /2010 12:14

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Sortie: 10 février 2010

> L'histoire: Suite à la disparition de son frère, Lawrence Talbot (Benicio del Toro), aristocrate et acteur professionnel, revient au domaine familial, retrouvant son père acariâtre (Anthony Hopkins). Prêt à tout pour faire toute la lumière sur cette disparition, Lawrence découvrira alors un secret, dépassant toutes les lois de la nature...

Ayant fait les beaux jours de la Universal dans les années trente, du Dracula de Tod Browning à L'homme invisible de James Whales ou la série des "Frankenstein" du même réalisateur, les films de monstres ont toujours fait partie intégrante de l'histoire du cinéma. Évoluant au fil des ans, au fil des événements historiques - comme tente de l'expliquer Andrew Monument dans son documentaire Nightmare in Red, White and Blue, the Evolution of the American Horror Film, présenté au festival de Deauville. Quoi de mieux alors pour le studio que de revenir à une recette qui marche, surfant sur la vague de la réactualisation des mythes fantastiques. Wolfman, comme son nom l'indique, remettant au goût du jour la figure du loup-garou. Tout commence dans un Londres du XIXème siècle. Lawrence Talbot, acteur professionnel, y interprète Hamlet devant un parterre de foule... sans se douter un instant que son frère puisse être en danger. Pourchassé dans la forêt par une créature aussi mystérieuse que mortelle, celui-ci se fera rapidement dépecé, invitant Lawrence à revenir enquêter sur sa terre natale. En quelques scènes, Joe Johnston, papa, entres autres, de Jumanji ou Jurassic Park 3, arrive à imposer une atmosphère inquiétante et tendue, jouant sur le clair/obscur de cette forêt sombre, éclairée par le scintillement d'une lune décidément bien pleine. Dès cette première scène particulièrement prenante, Wolfman en arriverait presque à nous prendre de court, annonçant à son insu un film plutôt encourageant pour un tournage qui fut, par ailleurs, particulièrement houleux (désaccord du studio quant au montage final, démission du cinéaste Mark Romanek pour des différents artistiques...).

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S'appuyant sur les bases d'une mythologie gitane, Joe Johnston reprend d'abord à son compte la méthode "Jacques Tourneur", laissant la créature dans l'ombre, usant savamment du hors-champ, jouant sur les apparitions furtives et rapides et le hurlement glaçant du loup. Créant instantanément un suspense implacable, à l'instar de cette attaque d'un camp de bohémiens. Jusqu'à ce que Lawrence soit lui-même blessé et transformé en loup-garou, amenant le film dans une toute autre direction. S'attachant dès lors au point de vue de son personnage principal, donnant à voir la moindre modification de son corps. Obsédé par la description de la transformation progressive de Lawrence, aussi bien émotionnelle que physique, s'appuyant sur un usage pointu des effets spéciaux (Joe Johnston ayant, entre autres, travaillé sur les effets visuels des premiers Star Wars), le film en perd dans le même temps de sa superbe. Le frisson laissant place à la romance et le conflit éthique convenus, les attaques aux courses poursuites anodines, le loup-garou passant du bourreau à la victime. Et dans ce défilement d'actions et de réflexions particulièrement attendues, le film se fait lui de moins en moins intéressant, au point d'en devenir bientôt d'un ennui poli. Et ce n'est pas cette confrontation finale, prometteuse mais beaucoup trop conventionnelle, qui viendra relever le niveau. Si Wolfman avait ainsi tout pour associer divertissement grand guignol et mythologie cinématographique, il en ressort au contraire une oeuvre extrêmement plate et anodine, peu sauvée par son casting pourtant quatre étoiles, à commencer par un Benicio del Toro ne jouant que de son physique animal. Dommage.

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1. Benicio del Toro: Che - 1ère partie: L'Argentin
2. Emily Blunt: Sunshine Cleaning / Victoria, les jeunes années d'une reine


Crédit photo: Paramount Pictures France

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