Festival Cinessonne 2009

Jeudi 4 mars 2010 4 04 /03 /2010 18:54

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COUP DE COEUR

Sortie: 24 février 2010

> L'histoire: Adèle (Valérie Donzelli), trentenaire, se retrouve complètement déboussolée lorsque Mathieu (Jérémie Elkaïm), l'amour de sa vie, en vient à la quitter. Anéantie, elle se réfugie chez sa cousine Rachel (Béatrice de Staël) qui accepte de l'héberger chez elle. Bien décidée à lui faire sortir la tête du trou, celle-ci tente de lui redonner goût à la vie en lui donnant le meilleur conseil possible afin de l'oublier: coucher avec d'autres hommes pour désacraliser cette histoire !

Découvert, par hasard, lors d'un festival dédié aux longs métrages européens, La Reine des pommes, premier film en tant que réalisatrice de l'exubérante Valérie Donzelli, m'est instantanément apparu comme une véritable bouffée d'air frais dans une compétition très centrée sur les drames en tout genre. La réalisatrice / actrice / scénariste donnant à voir une sorte de vaudeville moderne où Adèle, trentenaire parisienne, se fonderait parfaitement dans la masse en alter-égo de Bridget Jones. Voguant d'homme en homme dans l'espoir d'oublier celui qui lui brisa le coeur. Sauf qu'Adèle n'est pas vraiment quelqu'un que l'on pourrait qualifier d'avoir les pieds sur terre, se lançant toujours à coeur perdu dans de nouvelles aventures, bercée par une naïveté des plus touchantes. Passant des bras d'un étudiant à ceux d'un bourgeois marié et quelque peu obsédé sur les bords ou d'un inconnu particulièrement troublant et fantasque. Soutenue par sa cousine Rachel, directe mais toujours de bons conseils, cachant son oeil malade ressemblant à une méduse derrière ses lunettes noires, Adèle se retrouvera alors dans des situations toujours plus abracadabrantes, de plus en plus gigantesques. Glissant d'un parc parisien à une délicate posture contre un volant de voiture ou une cité universitaire. Réservant son lot d'événements explosifs et hilarants, proposant une réflexion sur les rapports amoureux qui, sous-couvert de légèreté, se révèle plutôt intelligente. A l'image de cet échange de sms virulents que l'on se voit, comme Adèle, déjà envoyé.

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Muni d'un budget ridicule, entouré d'un casting de seconds rôles que l'on imagine constitué de proches - des cinéastes Gilles Marchand, Serge Bozon ou Dominik Moll à l'actrice / réalisatrice Lucia Sanchez, qui fut pour l'anecdote l'une de mes profs de fac -, Valérie Donzelli palie son manque de moyens par une inventivité à toutes épreuves, aussi bien en terme de mise en scène que scénaristiquement. Donnant à Jérémie Elkaïm les traits de tous les premiers rôles masculins du film, le laissant enfiler son imperméable et ses petites lunettes pour incarner Jacques, sa marinière pour Pierre, son sweat à capuche pour Paul. Un procédé de mise en scène d'où découlera, aussi par la suite, une médiation judicieuse sur l'impossibilité de se défaire du visage de l'être aimé. D'une simplicité apparente, par l'utilisation d'une caméra dv, d'un format 4/3, de la réduction de l'éclairage ou le dépouillement de l'intrigue - Pierre, Paul et Jacques -, en résulte une liberté de ton incroyable, jouant à la fois sur la folie des situations et un art stupéfiant de la réplique. Que ce soit lors des dialogues - "Vous c'est votre sperme qui déconne, moi c'est mon oeil. Chacun son boulet" - aux passages chantés, écris en collaboration avec le grand Benjamin Biolay - "J'aimerais mourir, assassinée comme une héroïne d'Hitchcock par un amant qu'elle aimait tant". Perle d'humour, comédie loufoque et rafraîchissante, La Reine des pommes est ainsi sans conteste le film idéal en cas de coup de blues. Un long métrage pétillant, drôle et bouillonnant dont on ne veut plus jamais se défaire.

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> Festival Cinessonne 2009: en compétition
> Festival Premiers plans d'Angers: Prix du public

Crédit photo: Shellac

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Dimanche 21 février 2010 7 21 /02 /2010 18:34

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Sortie: 10 février 2010

> L'histoire: Agé de 17 ans, Arnau (Marc Soto) a bien du mal à grandir. Sa mère est en prison et personne dans la famille n'a d'argent pour lui payer un bon avocat. Jusqu'à ce que son oncle (Sergi Lopez) ne l'initie aux courses de lévriers, mettant en exergue sa passion toujours plus envahissante pour les animaux. Des oiseaux chanteurs aux renards...

Contrairement à "l'idée reçue", il n'y a pas que Pedro Almodovar pour alimenter la production cinématographique espagnole contemporaine, la plupart des cinéastes ne jouissant pas de sa médiatisation, à l'instar de Marc Recha, livrant avec C'est ici que je vis son cinquième film. Posant sa caméra dans un coin reculé de la Catalogne, donnant à voir, en toile de fond, les immeubles d'une Barcelone étincellante, le cinéaste y filme une famille sans le sous, survivant maladroitement dans cette campagne désertique, s'agrippant à des petits boulots, attendant la venue d'un parent bien mieux loti. Parmi eux, Arnau, jeune adolescent déboussolé par l'emprisonnement inexpliqué de sa mère, cherchant tant bien que mal à réunir de l'argent afin de lui payer un avocat. Cultivant une passion immodérée pour les compétitions d'oiseaux chanteurs avant qu'on ne lui propose des paris plus alléchants lors de courses de lévriers. Conçu comme une tranche de vie, donnant à voir un moment singulier dans la vie d'Arnau, C'est ici que je vis se veux une chronique adolescence, croquant à grands traits la perte de l'innocence et ce douloureux passage à l'âge adulte. Arnau se révélant incapable de choisir entre ses loisirs enfantins et les responsabilités qui lui tendent les bras, lui qui est encore particulièrement naïf et excessif. En se confrontant au monde adulte, celui-ci en perdra quelques plumes, découvrant les travers et la cupidité d'un univers particulièrement agressif. Revenant dès qu'il peut vers celle qui ne l'a jamais trahit, la nature, adoptant un renard sauvage et blessé tout en élevant des oiseaux chanteurs dans le but de remporter de futures compétitions... Jusqu'à ce que l'on vienne une fois de plus lui proposer de l'argent.

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Fable minimaliste pour conte humaniste bercé par le doux soleil espagnol, C'est ici que je vis avait ainsi tout pour nous séduire, proposant une galerie de personnages conséquente tout en s'appuyant sur un casting des plus craquants, d'Eduardo Noriegua à Sergi Lopez. Pourtant, aussi bonnes que furent les intentions du cinéaste, C'est ici que je vis souffre de la trop grande simplicité de son scénario, donnant à voir un morceau de vie sans en donner les cartes pour le déchiffrer. Particulièrement abscons, le cinéaste lance en l'air de multiples intrigues sans jamais chercher à les résoudre, voir même à les commencer, trop attaché à suivre à la trace son héros adolescent. Proposant un récit des plus simplets, à l'image de la naïveté d'Arnau, nullement surprenant et d'autant plus attendu. De ses déboires liés aux courses de lévriers, digne du Pickpocket de Robert Bresson à la rencontre entre ses amis les bêtes, entre prédateur et proies en puissance. Complètement à côté de son sujet, le cinéaste en vient même à alourdir son film de plans sortant souvent de nulle part, à l'instar de ce Sergi Lopez se grattant l'entrejambe... Difficile, ainsi, de ne pas être déconcerté à la découverte de ce nouveau Marc Recha, le cinéaste livrant une oeuvre aussi vaine qu'insignifiante. On en ressort avec la désagréable impression d'un film se concluant là où il aurait pu commencer, C'est ici que je vis se révélant le prototype même d'une oeuvre tournant autour du pot sans jamais en atteindre sa cible. Dommage.

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> Festival Cinessonne 2009: en compétition

Crédit photo: Ad Vitam

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Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /2010 08:00

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COUP DE COEUR

Sortie: 27 janvier 2010

> L'histoire: Né de l'amitié entre l'actrice Jeanne Balibar, l'ingénieur du son Philippe Morel et le cinéaste Pedro Costa, Ne change rien suit à la trace l'expérience musicale de cette première. Des répétions aux enregistrements, des concerts aux cours de chant lyrique...

Non pas que Wikipédia soit une source particulièrement fiable - bien au contraire -, la définition qu'ils donnent du documentaire m'a paru tout à fait intéressante: "En général, cette catégorie filmique se fixe pour but théorique de produire la représentation d'une réalité, sans intervenir sur son déroulement, une réalité qui en est donc a priori indépendante." Genre ultra éclectique dans ce doux monde de l'industrie cinématographique, le documentaire s'est depuis toujours construit à la fois en marge et en parallèle de la fiction. Passant de la caméra participative de Robert Flaherty à celle masquée de Dziga Vertov et son ciné-oeil, du cinéma-vérité de Jean Rouch à la manipulation médiatique façon Michael Moore. Noyé sous des années de références et de préceptes en tout genre, difficile alors de classer ce nouveau Pedro Costa ? Peut-être tout simplement parce que celui-ci ne répond à rien, rejetant l'appellation même de documentaire. Filmant par brides la création de l'album de l'actrice Jeanne Balibar, de ses répétitions à l'enregistrement même. Refus de se laisser cataloguer ou enfermer dans un genre quelconque, de participer au déroulement de l'action, de proposer un récit pur, Ne change rien est une proposition de cinéma particulièrement inventive, Pedro Costa s'en remettant à cet objet qu'il connaît comme sa poche, sa caméra. La posant dans le coin d'une pièce, dans l'attente de la petite étincelle...

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Film minimaliste pour projet brillant, Ne change rien se construit avant tout comme une oeuvre usant de la répétition. Donnant à voir, inlassablement, une Jeanne Balibar en prise avec les mots, avec le rythme, travaillant d'arrache pied à la conception de cet album. Filmée inépuisablement dans un noir et blanc incroyablement étudié. Il faut dire que Pedro Costa est le roi quant il s'agit de créer de véritables tableaux vivants, Ne change rien revenant au fondement même d'une caméra, concevoir des images. Véritable ovni cinématographique, proche de l'expérimentation plus que de l'expérimental, le dernier Pedro Costa se révèle une expérience sensorielle des plus déroutantes. On est émerveillé par la beauté des plans, rappelant à l'esprit les plus grands polars américains de ce magnifique jeu des clairs / obscurs, bercé par la voix envoûtante et lancinante de Jeanne Balibar, touché par la fragilité qui transparaît de l'actrice. Sans jamais intervenir sur son récit - il ne change, pour ainsi dire, rien ! - le cinéaste se métamorphose en petite souris, filmant, discrètement, tout ce qui se passe autour de lui. Donnant à voir l'acte créateur en direct live alors qu'il est lui-même en train de créer son film propre. Réflexion sur l'artiste, Ne change rien se pose véritablement comme témoin de la fabrication d'une oeuvre. Des longues répétitions d'un texte de théâtre, d'un chant lyrique où chaque mot, chaque intonation viennent à compter à la recherche d'un rythme parfaitement adapté au texte d'une chanson à venir. Montrant toute la difficulté et la violence nécessaires à la fondation d'un projet. Devant sa caméra, on y découvre une Jeanne Balibar emprunt au doute et à l'inquiétude, bien loin de ces personnages loufoques auxquelles on voudrait souvent la réduire. Portrait d'une femme, dissection d'une création artistique, c'est fou ce que Ne change rien peut raconter en si peu d'effets et de moyens, faisant de ce film un bel essai cinématographique. Bien loin de tout ce qui peut sortir au même moment sur nos écrans. Un grand coup de coeur.

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> Festival international de Cannes 2009: La Quinzaine des réalisateurs
> Festival Cinessonne 2009: en compétition


Crédit photo: Shellac

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Dimanche 24 janvier 2010 7 24 /01 /2010 23:18

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Sortie: 20 janvier 2010

> L'histoire: Amoureux de sa soeur (Adelaïde Leroux) depuis sa plus tendre enfance, Alex (Jacob Auzanneau) se voit bannir de la maison familiale de son père (Jean-Luc Bideau) le jour où il décida de passer à l'acte. Furieux de cette pseudo injustice, celui-ci prend alors la décision d'escalader le toit, jurant dès de ne plus jamais remettre un pied à terre...

Dépaysement total pour Andrew Kötting, vidéaste et réalisateur britannique, livrant avec Ivul une drôle d'oeuvre à mi-chemin entre la fiction et le cinéma expérimental, étrange réflexion sur les affres d'une famille bourgeoise, originaire de Russie. Isolée dans les montagnes pyrénéennes, celle ci vit totalement reclus derrière les murs de son immense demeure, laissant voguer ensemble enfants et adolescents, parents et hommes de main. En introduisant son troisième long métrage par un assemblage d'images d'archives, Andrew Kötting lui crée même instantanément une histoire que l'on devine assez lourde, emplie de trous noirs et de mystères en tout genre. Chez les Ivul, les anecdotes et les cachotteries semblent ainsi peser sur chacune des pièces de cette grande maison vide, devenant bientôt le témoin privilégié des premiers désirs adolescents. Car alors que Freya, l'aînée, se prépare à partir étudier la littérature en Russie, celle-ci décide d'offrir à son frère Alex un ultime cadeau d'adieu: la possibilité de l'embrasser, lui qui l'aime un peu trop depuis déjà bien longtemps. Quelques caresses maladroites et déplacées plus tard, Alex se verra alors tout simplement bannit de son foyer, pris en flag par ce père autoritaire complètement dépassé par les événements. Là commence alors la lente dissolution, puis dislocation de cette famille étrange, doucement rongée par des maux inavouables. Ivul se construisant dès lors autour de la mise en parallèle entre la nouvelle vie d'Alex, ayant juré de ne plus redescendre sur terre, et sa famille, plongée progressivement dans le désespoir le plus complet face à cette disparation brutale.

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Ainsi, Ivul avait tout pour bien démarrer, lui qui jouait aussi bien des figures scénaristiques et stylistiques, notamment par la création sous la forme de métaphores de certaines situations sur le mode de l'expérimentation. A l'instar de cette scène où ce frère et de cette soeur, marchant côte à côte, se retrouvent filmés en marche arrière, eux qui suite à leur acte ne pourront plus jamais revenir dans le passé. Pourtant, trop accaparé par ses effets de mise en scène, opposant naturalisme - Alex dans les arbres - et forme théâtrale - la famille, filmée parfois à même un fond noir -, Andrew Kötting en oublierait presque son scénario, énorme gloubiboulga sans queue ni tête. Mettant au centre de son histoire un Alex complètement à la ramasse voguant d'arbre en arbre et la descente aux enfers de ses parents, entre crises de nerfs et alcoolisme précoce... S'appuyant alors sur des personnages nullement identifiés, à l'image de cet homme à tout faire, Lek, fervent défenseur de la cause russe. Et alors que le film se voulait une dissection de la famille bourgeoise, voir une réflexion sur l'adolescence et le tabou de l'inceste, Ivul tourne pourtant rapidement à vide, le cinéaste semblant incapable de se détacher d'une histoire probablement un peu trop autobiographique. Ennuyeux, lourd et redondant, Ivul a ainsi de quoi laisser rapidement plus que perplexe, lui qui se révèle être une expérience cinématographique malencontreusement un peu indigeste, peu convaincante et pas vraiment passionnante pour un sous...

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1. Jean-Luc Bideau: La Famille Wolberg
> Festival Cinessonne 2009: en compétition

Crédit photo: Ed Distribution

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Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /2009 17:13

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COUP DE COEUR

Sortie: 16 décembre 2009

> L'histoire: Grégoire Canvel a tout pour lui. Une femme qu'il aime, trois enfants délicieuses, un métier qui le passionne. Il est producteur de films. Révéler les cinéastes, accompagner les films qui correspondent à son idée du cinéma, libre et proche de la vie, voilà justement sa raison de vivre, sa vocation. Grégoire y trouve sa plénitude, il y consacre presque tout son temps et son énergie. Hyperactif, il ne s'arrête jamais, sauf les week-end qu'il passe à la campagne en famille : douces parenthèses, aussi précieuses que fragiles. Avec sa prestance et son charisme exceptionnel, Grégoire force l'admiration. Il semble invincible. Pourtant sa prestigieuse société de production, Moon Films, est chancelante. Trop de films produits, trop de risques pris, trop de passifs; les menaces se précisent. Mais Grégoire veut continuer d'avancer, coûte que coûte. Jusqu'où cette fuite en avant le conduira-t-il ? Un jour, il est obligé de voir la réalité en face. Alors surgit un mot : l'échec. Et une grande lassitude, qui va bientôt, secrètement, prendre la forme du désespoir.

Repérée il y a près de deux ans avec Tout est pardonné, Mia Hansen-Love fait partie de cette jeune génération de réalisatrices françaises renouvelant un paysage cinématographique jusqu'alors très masculin. Elle qui se place aux côtés de Lola Doillon ou autres Céline Sciamma dont on a pu découvrir les premiers longs métrages a une période similaire et dont on attend la suite avec une impatience non dissimulée. Une chose faite, donc, pour Mia Hansen-Love dont Le Père de mes enfants marque la deuxième réalisation. Elle y suit le personnage de Grégoire Canvel, un producteur de films comme on aimerait en avoir plus, accompagnant la création d'oeuvres aux budgets limités, aux réalisateurs obscurs et sujets divers, mais néanmoins indispensables à la diversité du septième art. Un "héros" ordinaire, en somme, nous plongeant dans les coulisses d'un autre versant de l'industrie cinématographique où l'amour se mêle à l'art et l'art à l'argent... Car, face à la réalité économique et les changements profonds de la distribution, de l'exploitation ou du rapport qu'entretient le public avec le cinéma, Grégoire est un de ces derniers résistants face à la mutation de ce système, croyant encore à la possibilité de proposer autres choses. Mais pour combien de temps ? S'inspirant du fait divers autour du suicide d'Humbert Balsan, producteur, entre autres, de Claire Denis ou d'Elia Suleiman, Mia Hansen-Love dresse ainsi le portrait d'un homme à part, des bureaux parisiens aux plateaux de tournage perdus en pleine nature. Filmant sa passion et son acharnement à toute épreuve, quitte à sacrifier sa vie de famille. Car alors que le film aurait pu exclusivement se centrer sur cette trame scénaristique, la cinéaste dévie lentement de son objet principal, passant de la sphère publique à celle privée, de l'homme de terrain au père de famille. Mettant alors l'attention sur les siens.

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Habilement scindé en deux parties, autour d'un avant et d'un après, Mia Hansen-Love s'applique dans un premier temps à restituer la complexité de cette famille en apparence disloquée mais, en réalité, on ne peut plus soudée. Des week-end à la campagne ou autres vacances en Italie. Peu présent au quotidien, Grégoire semble néanmoins faire office de pilier central de l'édifice, lui que l'on attend même aux heures les plus tardives pour réaliser un petit spectacle. Avec émotion et subtilité, la cinéaste donne alors à voir la chute progressive de cette figure paternelle, tombant peu à peu de son pied d'estale. Celui que l'on croyait invincible devenant bientôt celui que l'on doit porter et soutenir, jusqu'à sa disparition la plus totale. Brutalement. Sans prévenir. Dès lors, Le Père de mes enfants se mute en une déclaration d'amour intense et sensible, autour de ce travail du deuil et le pouvoir qu'est la transmission. A travers le transfert d'une passion ou d'un amour du métier, passant désormais d'une génération à une autre. De secrets, plus ou moins enfouis, aussi. Porté par Louis-Do de Lencquesaing et la révélation Alice de Lencquesaing, Le Père de mes enfants est ainsi une oeuvre délicate et forte, particulièrement réaliste quant il s'agit de traiter de cette entité universelle qu'est la famille. Et si l'on peut regretter quelques dialogues trop écrits, parfois, il n'en reste pas moins une des plus belles surprises de cette fin d'année, douce, fragile et poignante.

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> Festival international de Cannes 2009: Un certain regard - Prix spécial du jury
> Festival Cinessonne 2009: en compétition

Crédit photo: Les Films du losange

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Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /2009 18:45




Sortie: 02 décembre 2009

> L'histoire: Le père, la mère et leurs trois enfants vivent dans les faubourgs d'une ville. Leur maison est bordée d'une haute clôture. Les enfants n'ont jamais franchi la clôture. Leur éducation, leurs loisirs, leurs amusements, leur ennui, leur entraînement physique se conforment au modèle imposé par les parents, en l'absence de toute empreinte du monde extérieur. Les enfants pensent que les avions qui volent au-dessus de la maison sont des jouets et les zombies, des petites fleurs jaunes. Une seule personne a le droit de s'introduire chez eux : Christina, qui travaille comme agent de sécurité dans l'usine du père. C'est pour satisfaire les pulsions sexuelles du fils que le père fait venir Christina. Dans la famille, tout le monde l'adore, l'aînée des filles surtout. Un jour, Christina lui offre un serre-tête qui scintille, s'attendant à recevoir quelque chose en retour.

Prix "Un certain regard" au dernier festival de Cannes, Canine, du réalisateur grec Yorgos Lanthimos fut, lors de cet événement, considéré comme l'un des chocs des sélections alternatives de la croisette. Concurrençant les Antichrist ou autres Enter the void de la compétition officielle. Troublant au passage les quelques festivaliers alors présents par son sujet et ses scènes, soit disant, "percutants". D'où l'aura certain qui émanait alors de cette oeuvre et la déception qui s'en suivit. Car Canine n'a, au fond, rien de profondément heurtant, la faute à un réalisateur bien trop influencé. Tout commence par l'écoute d'une étrange cassette audio, donnant aux enfants d'une famille modeste les nouveaux termes a utilisé pour nommer quelques objets communs. Le mot "zombie" nommant désormais les petites pâquerettes du jardin. Enfermés depuis leur plus tendre enfance dans la maison familiale qui pris, au fil des ans, l'allure d'une prison dorée, ces trois là ont ainsi subit un lavage de cerveau en règle, persuadés qu'une menace inconnue, dont la présence de chats seraient le premier signe avant coureur, roderait à l'extérieur de ces barrières. D'où une séries de scènes aussi malsaines les unes que les autres, découlant de ce dispositif originel, allant de la découverte de la sexualité entre frères et soeurs au massacre du chat en question, sécateur en main.


Sur le fond, rien de profondément original, Yorgos Lanthimos surlignant sans subtilité son propos, expliquant clairement que les hommes sont comme des animaux que l'on pourrait dresser à sa guise. Sur la forme, c'est une autre histoire, le scénario donnant à voir tout un tas de stratagèmes mis en place par les parents pour encadrer leurs chères progénitures, créant tout une mythologie autour de cette dite famille. A commencer par les disques de Frank Sinatra, devenu pour l'occasion des chansons du grand-père que l'on écoute en fin de soirée. Le problème, c'est que Canine est avant tout un film qui se veut beaucoup de choses sans les atteindre réellement. Persuadé de tenir un sujet en or, Yorgos Lanthimos livre une oeuvre qu'il souhaite profondément dérangeante, avec laquelle il veut mettre ses spectateurs mal à l'aise, mais dont les ficelles de mise en scène se révèle bien trop visibles pour que l'entreprise soit tout à fait honnête. Pompant sans gêne le style Haneke par une réalisation volontairement calme et lancinante dans laquelle le choc surviendrait sans prévenir. Ici, le procédé se fait au contraire super facile, faisant de Canine une oeuvre racoleuse et peu marquante pour un sous. Pari loupé, donc, pour ce cinéaste qui, s'il fit son petit effet sur quelques festivaliers abreuvés d'images à longueur de journée, ne peut malheureusement plus en dire autant lors de la sortie en salle...




> Festival international de Cannes 2009: Prix "Un certain regard"
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Crédit photo: MK2 diffusion

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