Lars Von Trier

Mardi 23 juin 2009 2 23 /06 /2009 14:04




Sortie: 09 octobre 1996

> L'histoire: Au début des années soixante-dix sur la côte nord-ouest de l'Ecosse, la communauté d'une petite ville célèbre à contrecoeur le mariage de Bess, jeune fille naïve et pieuse, et de Jan, homme d'âge mûr qui travaille sur une plate-forme pétrolière. Leur bonheur va être brisé par un accident qui va paralyser Jan.

Complètement libéré de part son expérience sur la série L'hôpital et ses fantômes (dont je reparlerais plus tard), où il prit goût à une certaine immédiateté de la mise en scène, Lars Von Trier revient à Cannes en 1996 avec une oeuvre radicalement différente de ce qu'il pu faire auparavant. Breaking the waves. Fini cette perfection presque maniaque de la mise en scène, place à un style beaucoup plus fluide, à une intrigue plus élaborée. Si l'oeuvre dénote en premier lieu de sa trilogie européenne, c'est que le cinéaste donne avant tout le beau rôle à une femme, s'éloignant des intrigues mystérieuses et oppressantes en livrant un mélodrame puissant sur la passion... Aussi bien amoureuse que du Christ. Bess, l'héroïne, est ainsi la bonté même, innocente et naïve, prête à se donner corps et âme à un autre. D'abord à l'église, donc, Bess faisant passer sa vie personnelle après la rénovation du bâtiment, puis auprès de Jan, dont elle tombera follement amoureuse. Dans cette petite ville écossaise où le poids de la communauté guide chacun de ses habitants, Bess s'épanouira par la sexualité, loin des pressions morales du village. Jusqu'à ce que Jan ait un terrible accident et se retrouve paralysé à vie. Breaking the waves, c'est ainsi l'occasion pour Lars Von Trier de mêler deux sujets qui lui sont chers, à savoir la sexualité et la religion, à travers cette histoire d'un amour passionnel et destructeur. Prête à tout pour sauver Jan, Bess, et sa foi sans limites, utilisera la sexualité dans tout ce qu'il y a de plus dégradant dans l'espoir de maintenir encore en vie celui qu'elle aime.


Caméra à l'épaule, Lars Von Trier livre un fresque forte et bouleversante où il s'interroge sur le pouvoir de l'amour fou et l'ambiguïté de la foi. Entrecoupant son oeuvre de fresques hypnotisantes au son des Who ou de David Bowie, Breaking the waves se vit comme une sorte d'expérience sensorielle, à travers cette descente aux enfers à la limite de l'insoutenable. Le film est d'ailleurs porté entièrement sur ses épaules par une actrice alors non professionnelle, Emilie Watson. Elle qui illumine l'écran de sa candeur et de sa fraîcheur. Avec Breaking the waves, le cinéaste amorce la première pierre de sa trilogie "Coeur d'or", bien loin de la froideur de sa trilogie européenne. Il fait avec ce film l'exact chemin inverse, s'avançant pour la première fois sur la pente du sentimentalisme. Proposant une histoire particulièrement émouvante. En somme, le début d'une série de reproches pour Lars Von Trier que l'on accusa dès lors de beau manipulateur. Arrivant à contrôler et à prévoir la moindre émotion chez le spectateur. Si il l'est, c'est dans tous les cas avec beaucoup de génie, Breaking the waves étant sans conteste l'une de ses plus belles réussites. Sortez vos mouchoirs !




1. Lars Von Trier: Antichrist / Images d'une libération / The element of crime / Epidemic / Europa
2. Udo Kier: Epidemic / Europa
3. Jean-Marc Barr: Europa


> Festival international de Cannes 1996: Grand prix
> European Film Awards 1996: Meilleur film, meilleur actrice, Prix FIPRESCI de la critique européenne
> Golden Globes 1997: Nominations meilleur film dramatique, meilleure actrice
> Oscars 1997: Nomination meilleure actrice
> César 1997: Meilleur film étranger


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Jeudi 18 juin 2009 4 18 /06 /2009 16:07




Sortie: 13 novembre 1991

> L'histoire: Leopold Kessler, jeune Americain d'origine allemande, part pour l'Allemagne en octobre 1945. Il veut contribuer a la reconstruction du Vieux Continent et va découvrir l'amour et ses propres contradictions dans une Allemagne déchirée et détruite.

Pour clôturer sa trilogie européenne, Lars Von Trier repart, en quelque sorte, de l'intrigue initiale d'Images d'une libération. S'intéressant au sort réservé aux anciens nazis à la fin de la guerre, ici, en Allemagne. Il y suit pour cela le personnage de Leopold Kessler, un jeune idéaliste américain venu en Europe pour devenir contrôleur de train dans la société la plus influente du pays, Zentropa. Il y découvrira surtout l'amour dans les bras d'une belle et manipulatrice ex-nazie. Avec Europa, Lars Von Trier livre une intrigue beaucoup plus aboutie que ses films précédents, se mettant une fois de plus du côté des plus faibles. Il se concentre ainsi sur la déchéance sociale d'une famille d'anciens sympathisants du régime hitlérien, tombé en bas de l'échelle à la fin de la guerre. Humiliés désormais par les alliés, les obligeant à être notamment reconnus comme parfaitement clean par un juif, que le cinéaste interprète lui-même. Voguant des scènes familiales à des séquences à l'intérieur d'un train, Lars Von Trier construit son récit dense et captivant autour de la personnalité attachante de Leopold Kessler, incarné par un émouvant Jean-Marc Barr. Lui qui sera bientôt la cible de la résistance nazie, appelée les "loups garous", engagé malgré lui dans une guerre qui n'est pas la sienne, trahit par celle qu'il aimait.


A travers Europa, le cinéaste met surtout un point d'honneur au thème qui guida toute sa trilogie, à savoir l'hypnose. D'abord du récit dans The element of a crime, puis de l'acteur dans Epidemic, il tente ici d'hypnotiser le spectateur par l'utilisation de la voix grave et lancinante de l'acteur Bergmanien Max Von Sydow, nous invitant à 3 à rentrer dans Europa. Comme une invitation au rêve. D'ailleurs, toute sa mise en scène repose sur ce point de départ, Lars Von Trier atteignant une fois encore une esthétique incroyable. Par l'utilisation de diverses surimpressions, il nous embarque dans un monde bleuté apocalyptique et cauchemardesque, rendant à l'écran l'atmosphère d'insécurité de l'immédiate après-guerre. Et à l'instar du scénario, il atteint l'apothéose de son esthétique au sein de la trilogie, de manière tout à fait vertigineuse. Europa est un film qui nous tient en éveil par la tension latente qui le traverse, s'imposant immédiatement comme une oeuvre d'une puissance visuelle rare. Donnant même à Jean-Marc Barr l'un de ses plus beaux rôles.




1. Lars Von Trier: Antichrist / Images d'une libération / The element of crime / Epidemic
2. Udo Kier: Epidemic


> Festival international de Cannes 1991: Prix du jury


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Jeudi 18 juin 2009 4 18 /06 /2009 13:15





Sortie: 30 novembre 1988

> L'histoire: Un réalisateur et son scénariste se lancent dans l'écriture d'un long métrage qui a pour thème la propagation d'une épidémie. Mais au cours de la préparation de ce film, leur fiction semble devenir une réalité...

Deuxième volet de la trilogie européenne de Lars Von Trier, Epidemic est surtout un long métrage où le cinéaste apparaît sous un jour nouveau, comme libéré de part son tout petit budget. Inaugurant pour la première fois une structure en acte qu'il associe à la figure des contes d'Andersen, le film s'apparente à une sorte de documentaire réflexif sur la création artistique, de making-of d'un futur long métrage nommé Epidemic. Lars Von Trier et son scénariste de toujours Niels Vorsel se mettent ainsi en scène autour d'une trame ultra simpliste: suite à la perte malencontreuse de leur scénario, Le commissaire et la putain - dont LVT fera référence dans son son futur Erik Nietzsche -, ils ont cinq jours pour en écrire un nouveau, date buttoir à laquelle le producteur viendra le récupérer. Coupé en cinq actes, Epidemic montre ainsi les coulisses de la création cinématographique. Comment trouve t-on ses idées ? Comment construit-on un scénario efficace ? Quels sont les recherches à faire ? [...]. Avec beaucoup d'humour et de nonchalance, le film mêle alors des séquences "professionnelles" et plus intimes, brouillant les pistes entre fiction et réalité. Par la présence de la vraie femme de Niels Vorsel ou des séquences de Lars Von Trier dans sa salle de bain, rejouant face à son miroir le fameux "Are you talking to me" de Taxi Driver.


Entre ses séquences, Lars Von Trier ajoute par ailleurs des morceaux fictionnels qui pourrait se trouver dans son film final. Il y interprète le rôle principal, celui d'un jeune médecin pensant désespérement pouvoir vaincre la terrible épidémie qui décime les campagnes alentours. Un "personnage d'idéaliste qui en voulant faire du bien ne propage que le mal autour de lui", soit la figure type présente chez le cinéaste dans chacun de ses films depuis The element of crime - à travers l'inspecteur de police qui en mettant en place sa nouvelle méthode d'investigation réalisera en fait les souhaits du tueur. Ici, en parcourant les villes pour vaincre cette maladie, ce jeune médecin fera en réalité le contraire, transportant inconsciemment avec lui le virus au point de contaminer tout le monde. Pour ses séquences, Lars Von Trier retrouve d'ailleurs un style proche de The element of crime, dans ce goût presque maniaque qu'il a d'une recherche esthétique proche de la perfection. Le noir et blanc est ici sublimé, rendant d'autant plus glacées ses images affreuses, mettant notamment en scène la noyade progressive d'un prêtre, touché par l'épidémie au contact du médecin...


Mais quoi qu'on en dise, Epidemic est surtout l'un des films les plus éprouvants de Lars Von Trier, à la fois dans le choc des images fictionnelles et dans l'épuisement du spectateur par de longues et interminables séquences de dialogues entre lui et Niels Vorsel. Parlant de la pluie et du beau temps, des lettres de jeunes filles envoyées au scénariste à des dégustations de vins, de manière totalement gratuite à l'intérieur du récit. Au point de lasser progressivement le spectateur avant de le réveiller dans un final absolument sidérant. Alors que Lars Von Trier expliquait, en se moquant de la construction type des scénarios que l'on apprend dans les écoles de cinéma, qu'"A ce moment du film, les gens vont s'ennuyer et voudront quitter la salle. Il nous faut un événement dramatique.", il fait exactement cela à l'écran. Lors du repas final avec le producteur, il invite ainsi une jeune actrice, censée jouer dans ce prochain film, qu'il fait hypnotiser face caméra dans le but qu'elle récite ensuite son texte. Au point que celle ci rentre littéralement dans une crise de larmes et d'hystérie comme rarement on a pu en voir au cinéma, nous sidérant dans notre fauteuil avant de nous assommer définitivement par la dernière séquence finale. Car soudain, la jeune femme se plante une fourchette dans le cou, victime à son tour de l'épidémie du scénario qui contamine dès lors toute l'assemblée présente. Terminant le film dans un bain de sang absolument hallucinant et surtout imprévisible. En ce sens, Epidemic est un film à part, une sorte d'expérience cinématographique dans tous les sens du terme qui annonce par la suite la construction d'Antichrist et ce retournement de situation dans les quinze dernières minutes de l'oeuvre. Scotchant.




1. Lars Von Trier: Antichrist / Images d'une libération / The element of crime


> Festival international de Cannes 1987: Un certain regard


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Jeudi 18 juin 2009 4 18 /06 /2009 12:00





Sortie: 30 janvier 1985

> L'histoire: Un psychanalyste tente de faire revivre à l'inspecteur Fischer les événements qui l'ont traumatisé. Celui-ci mène une enquête sur des crimes atroces, et décide d'appliquer la théorie de son montor : un policier doit s'identifier à l'auteur du crime s'il veut espérer l'élucider.

Premier long métrage de Lars Von Trier, The element of crime est une oeuvre opaque et particulièrement dense où un inspecteur sous hypnose se remémore les événements clés d'une enquête qu'il a mené en Europe. Dans cet état semi-conscient, Fisher expose les faits tels qu'ils sont, créant une reconstitution à la limite du surréalisme. Certains éléments arrivant comme des apparitions. Sorti dans les années 80, The element of crime pourrait d'ailleurs se voir comme une sorte de préquel à ce qui se fera aux Etats-Unis dans les années 90, autour de cette fameuse figure du serial killer. On est ici proche d'une intrigue à la Usual Suspects, les apparences n'étant jamais ce qu'elles sont. Lars Von Trier nous engouffre ainsi dans un récit à la limite de la schizophrénie, l'inspecteur Fisher testant une étrange méthode d'investigation: se mettre dans la peau du tueur afin de mieux le comprendre. Quitte à dormir dans les mêmes chambres d'hôtel que celui-ci. Ou à coucher avec la même femme... Rappelant souvent la folie des intrigues d'Orson Welles ou de Fritz Lang, l'ironie tragique finale comprise.


D'ailleurs cette comparaison à ses deux grands réalisateurs n'est pas du tout fortuite, Lars Von Trier travaillant sur une recherche esthétique complètement hallucinante, proche de ce qu'ils ont pu faire auparavant. La puissance de la forme prenant même souvent le pas sur la complexité de l'intrigue. Le cinéaste nous plonge ainsi dans un univers glauque à l'atmosphère moite et oppressante où les décors crasseux se retrouvent souvent immergés dans l'eau. Créant une sensation poisseuse. Aux cadavres en décomposition de chevaux - dont on exécute certains sous l'oeil de la caméra - se mêlent des décors types du polar - hôtels, quais - que Lars Von Trier isole en permanence dans ses cadres, donnant une sensation d'avancer dans un univers surréaliste, proche de la science-fiction. Renforçant le tout par l'utilisation d'une lumière orangé, baignant l'intrigue dans un monde couleur rouille et particulièrement repoussant. The element of crime est d'ailleurs à ce titre assez incroyable, Lars Von Trier faisant preuve d'une inventivité sans limite question mise en scène. Une oeuvre rare et intrigante en son genre, bien loin des productions les plus connues du cinéaste.




1. Lars Von Trier: Antichrist / Images d'une libération

> Festival international de Cannes 1984: En compétition / Grand prix de la commission supérieure technique


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Dimanche 14 juin 2009 7 14 /06 /2009 11:30





Sortie: 07 janvier 2009

> L'histoire: Malgré son manque d'expérience, Erik Nietzche, jeune homme timide et intelligent, est convaincu qu'il est fait pour devenir cinéaste. A la fin des années 70, il est admis à l'Ecole Danoise du cinéma, où il découvre un monde d'enseignants frustrés et peu pédagogues, d'étudiants étranges et de règles non écrites... Une période de sa vie à la fois exaltante et angoissante, où il se sent de plus en plus comme un étranger dans le milieu du cinéma. Le plus souvent, il se contente d'observer à distance les absurdités dont il est témoin. Il doit également faire face à des conflits syndicaux, avant de rencontrer l'amour et d'affronter des femmes de caractère qui refusent de s'engager. Comédie dramatique, le film jette un éclairage percutant sur le milieu du cinéma, à la fois détestable et séduisant. Un milieu dans lequel notre jeune cinéaste finira, à force de persévérance, par s'adapter afin de mettre en accord sa vision du monde avec la réalité qui l'entoure.

Sorti en toute confidentialité au début de l'année 2009, Erik Nietzsche, mes années de jeunesse s'apparente à une sorte de comédie semi-autobiographique, mettant en scène le parcours scolaire du jeune Lars Von Trier dans son école de cinéma. Lars ou plutôt Erik, le cinéaste brouillant volontairement les pistes en prenant comme pseudonyme le nom d'un de ses auteurs favoris. L'intérêt de cette oeuvre un poil schizophrène - LVT contant, par la voix-off, son histoire à la troisième personne -, c'est justement cet sorte de mythe qu'essaye de créer le réalisateur autour de sa propre personne, mélangeant allégrement vraies anecdotes et belles inventions. Ainsi, le film recrée sous nos yeux certains des événements célèbres de la jeunesse de Lars Von Trier, de la censure de son scénario pornographique inspiré de La philosophie dans le boudoir, du Marquis de Sade, à sa rencontre avec quelques uns de ses futurs collaborateurs. Des éléments auxquels LVT ajoute quelques extrapolations, se faisant un petit plaisir personnel. Lui qui est présenté dans les ouvrages qui lui sont consacrés comme un jeune adolescent timide est ici parfaitement à l'aise avec les filles et d'autant plus avec le sexe ! A travers ce film, il donne aussi à voir ses toutes premières fois, aussi bien du point de vue relationnel que professionnel, en insérant des extraits de ses premiers courts métrages, reconstituant enfin le tournage d'Images d'une libération.


Mais Erik Nietzsche, mes années de jeunesse, c'est surtout l'occasion pour Lars Von Trier de prendre sa revanche sur ce qu'il considère comme des années de galère. Donnant une vision particulièrement mauvaise de l'industrie cinématographique danoise comme des écoles de cinéma, se complaisant allégrement dans un sentiment de supériorité. Avec beaucoup d'humour, le film reconstitue quelques uns des cours proposés dans l'école, de la création d'un scénario parfait mais formaté aux oeillères des profs de réalisation face à la nouveauté. Car Erik Nietzsche, mes années de jeunesse est avant tout une déclaration au cinéma comme art, et non objet d'étude, à la passion et la création qui peuvent guider tous jeunes cinéastes. Au point de transformer, dans une scène incroyable, la mise en place des rails d'une caméra en un acte sexuel. Dommage alors que Jacob Thuesen - Lars Von Trier n'étant que le scénariste - n'arrive jamais à se mettre lui-même en avant, restant constamment dans l'ombre de LVT. Car si le film est une comédie burlesque scandinave, il n'y aucune recherches artistiques particulières, le réalisateur se contentant d'aller jusqu'au bout dans le graveleux, quand il le faut. Et qui n'a jamais rêvé de voir quelqu'un aller aux toilettes en se mettant du point de vue de la cuvette ?! On en ressort avec un bon mal de tête face à l'hystérie collective du long métrage et de ce trop plein d'effets visuels peu pertinents. Un film intéressant, donc, dans sa capacité à recréer la jeunesse de Lars Von Trier mais qui peine réellement à nous embarquer dans sa folie.




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Samedi 13 juin 2009 6 13 /06 /2009 19:20



Troisième soirée consacrée à Lars Von Trier au centre Pompidou. Au programme, plusieurs publicités pour un journal danois et deux courts métrages réalisés dans le cadre de ses études:

Publicités pour Ekstra Bladet, soit un journal danois. Suite au flop de sa trilogie européenne, Lars Von Trier a trouvé un bon moyen de financer ses oeuvres à venir: réaliser différents types de publicités. Dans celles-ci, il met en scène Ernst-Hugo Järegard, qu'il retrouvera lors de sa série L'hôpital et ses fantômes, incarnant un suédois au caractère bien trempé, différent dans chacun des spots. Il est tour à tour chauvin, beauf voir même travestit, qualifiant de tous les noms ce journal danois. Avec beaucoup d'humour, le réalisateur se joue ainsi du nationalisme ambiant... pas sur par contre qu'elles sont particulièrement efficaces pour vendre le journal, considéré à travers ses spots comme un ramassis de conneries, constitué uniquement de faits divers sans consistance !

Dans Exercice documentaire: Lolita, Lars Von Trier s'affirme une fois de plus comme un provocateur en mettant profondément mal à l'aise le spectateur. Le film se présente ainsi comme une sorte de caméra caché où le cinéaste, tel un voyeur, filmerait caméra au poing à la sortie d'une école toutes les petites filles qui passeraient par là. Des images qui paraissent comme volées sur lesquelles le réalisateur ajoute un commentaire plutôt osé. Une sorte d'apologie de la féminité et de la sexualité chez ses petites filles, qui, qu'elles aient entre six ou dix ans, sont pour lui toutes des lolita(s) en puissance. Plutôt malsain en son genre !

Enfin, Production IV: l'histoire de deux maris aux épouses beaucoup trop jeunes part d'un parti pris farfelu. Un feu rouge. Deux personnages dans des voitures séparés. Une sorte de coup de foudre. Ouvrant sa fenêtre, le garçon décide alors de raconter à la jeune fille une histoire que Lars Von Trier mettra en scène. Celle de deux voisins, l'un couchant avec la femme de l'autre, l'autre se trompant d'appartement un soir de beuverie au point de coucher avec la femme du premier. A l'image, pas grand chose de très intéressant, la copie de très mauvaise qualité ne donnant à voir quasiment qu'une image blanche. L'aspect humoristique du court métrage venant du son qui, postsynchronisé, donne l'impression d'assister à un très vieux porno italien, à coup de "aaaaaah" et "hmmmm". Lars Von Trier s'en donne à coeur joie dans le kitsch, laissant nos imaginations fertiles voguer comme bon leurs semblent par cette bande son très explicite.

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Samedi 13 juin 2009 6 13 /06 /2009 14:10





Production: 1982

> L'histoire: Les derniers jours de l'occupation nazie a Copenhague, vus du côté des vaincus. Léo retrouve Esther, sa bien-aimée danoise, qui lui reproche d'avoir tué un résistant.

Réalisé en 1982, Images d'une libération est le film de fin d'études de Lars Von Trier. Il y suit la déchéance progressive et violente d'un officier nazi, suite à la fin de l'occupation allemande au Danemark. De quoi provoquer une certaine polémique lorsque celui-ci fut présenté pour la première fois. Avec cette oeuvre, le cinéaste inaugure en réalité l'un des partis pris qui guidera toute sa filmographie: celui de se mettre en permanence du côté des plus faibles. Ici, Léo rate son suicide et se retrouve confronter à une certaine réalité: la violence et la haine du peuple danois envers lui et les siens. Courant se réfugier dans les bras de sa bien-aimée, Esther, il sera bientôt pris au piège, la belle le livrant aux danois avant de lui crever elle-même les yeux. A bien des titres, Images d'une libération est ainsi un film qui dérange du fait même que Lars Von Trier travaille sur l'humanisation de cet officier nazi, en le rendant terriblement pathétique. Diabolisant les danois par la diffusion d'images documentaires, où on les voit humilier et tabasser des allemands, venant juste d'être arrêter. Traiter lors de la sortie du film d'antisémite, Lars Von Trier arrive dans tous les cas à mettre mal à l'aise, atteignant son apothéose en associant Léo à la figure christique. Lui qui une fois les yeux crevés, montera au ciel dans un mouvement de grue incroyable, à travers les hauteurs de la forêt. Lars Von Trier est un "petit provocateur", diablement intelligent lors qu'il s'agit de traiter d'un sujet sensible !

Mais au delà du propos, Images d'une libération est avant tout une oeuvre tout à fait intrigante par les choix de mises en scène. Lars Von Trier construit ainsi son film autour de trois tableaux, chacun colorisés d'une couleur différente. Le rouge, tout d'abord, montrant l'enfer des conditions de vie des derniers nazis, n'aillant plus d'autres choix que de se suicider pour garder un minimum de dignité. Le jaune, ensuite, lors des retrouvailles entre Léo et Esther. Le vert, enfin, lors de cette scène de forêt où la trahison féminine - si chère au réalisateur - se mettra en place. Il y a ainsi une recherche esthétique assez poussée, associée à un doux effet d'hypnose. Le cinéaste travaillant sur la dilatation des plans, amenant le spectateur dans une sorte de rêve éveillé. Tout en nous malmenant par une moralité ambiguë, Lars Von Trier nous embarque avant tout dans un univers à l'esthétique impressionnante, laissant la forme rendre beau le fond. Rendant surtout encore plus inconfortable la position du spectateur, sagement assis dans son fauteuil. Jusqu'à ce qu'il fasse preuve d'une intelligence folle, lors de son dernier plan, rappelant brutalement que ce n'est que du cinéma. A l'écran, l'actrice Kirsten Olesen pleure à chaude larme face caméra, avant de redevenir, tout à coup, parfaitement normale, laissant deviner en arrière plan sonore le "coupez" du cinéaste. Cet instant, tout à fait singulier, permet ainsi de faire retomber d'un coup la tension, arrêtant sans prévenir la confrontation qui faisait alors rage en nous entre la beauté visuelle et l'ambiguïté du propos. Rompant la fiction pour revenir dans la réalité. Une idée farfelue et finalement incroyablement efficace, à l'image du film lui-même, plutôt impressionnant.

 


1. Lars Von Trier: Antichrist
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Vendredi 12 juin 2009 5 12 /06 /2009 15:10



> La chute d'Icare, de Bruegel

Dans le cadre de la rétrospective sur Lars Von Trier et du festival Agora organisé par l'Ircam, le centre Pompidou a mis en place une rencontre entre trois artistes travaillant, à travers leurs oeuvres, autour de la figure du labyrinthe. Le cinéaste Lars Von Trier, donc, par visioconférence, Mark Danielwski, un écrivain américain et Brian Ferneyhough, un compositeur anglais. Le but ? Amener à réfléchir sur la représentation, dans leurs oeuvres respectives, de l'ordre et du chaos et de la supériorité de la forme sur le fond.

Le débat s'ouvrit avec Lars Von Trier autour d'une de ses oeuvres, Le direktor. Pour ce film, le cinéaste a voulu travailler en étroite collaboration avec un ordinateur, à travers un logiciel qu'il a inventé. Ce programme informatique permettait d'utiliser le cadrage assisté qui réglait automatiquement les plans. Modifiant la hauteur, les angles, les mouvements de caméra... Dans sa logique, il ne pouvait donc pas retraiter le son et l'image avec l'ordinateur, mais il voulait que celui-ci soit, en quelque sorte, indépendant dans son choix de recadrage et de colorisation de l'image. Lars Von Trier s'est ainsi imposé une série de règles qu'il s'est promis de tenir, l'interdisant de retoucher à son film une fois l'image cadrée. Pour lui, les règles que l'on se fixe aide à ne pas retomber dans des formes classiques, la logique étant en quelque sorte, "si j'impose telle condition, il y a telle conséquence". Les règles sont pour lui quelque chose de totalement libérateur, du fait que l'on puisse danser avec et que c'est finalement l'ordinateur qui a le dernier mot ! Cette technique est "un petit jeu" qu'il s'est imposé à lui-même, Lars Von Trier concluant son allocution sur le fait qu'Hollywood ait, bizarrement, "manifesté peu d'intérêt pour cette technique !".

C'est en suite au tour de Mark Danielewski de présenter son oeuvre, ce qui fut pour moi un vrai coup de foudre artistique. A l'aide de diapositives, l'auteur présenta la forme même de son premier livre, La maison des feuilles, où il organisa son histoire comme s'il écrivait un film imaginaire. Le but étant de donner une densité à la page. A l'image. La maison des feuilles est un véritable ovni littéraire: le texte peut être très dense sur certaines pages, ne contenir qu'un mot sur d'autres, se lire à l'envers comme sur le côté. On peut trouver plusieurs textes sur une même page, certains étant écrit comme des notes de bas de pages, d'autres insérés à l'intérieur d'un cadre, en plein milieu. Son livre est ainsi un véritable labyrinthe, emplit de références aussi bien historiques que cinématographiques, mettant certains mots en avant par l'utilisation de couleurs... Mark Danielewski pourrait d'ailleurs être un personnage de l'univers de Michel Gondry, tant il est passionné, fou et créatif. Il termina d'ailleurs sa série de diapositives par des photos personnelles, d'une superbe ex sur une plage à une photo où on le force à boire... provoquant l'hilarité d'un public totalement conquis. Lorsque l'écran se ralluma, Lars Von Trier réapparu, grands yeux dehors, totalement amusé par la performance de Mark Danielewski.

Le débat démarra alors entre les trois intervenants et les médiateurs sur la place du guidage de l'oeil dans une oeuvre, aussi bien au cinéma que dans la littérature, puis sur le geste créatif. Pour Lars Von Trier, qui n'aime pas le mot expérimentation, l'aspect labyrinthe de ses oeuvres est un processus créatif qui n'est pas de l'expérimentation à partir du moment même où il sait ce qu'il fait. Il y a toujours une préparation, consciente ou non. Pour ses trois artistes, le but est de transcendé un média. C'est enfin au tour de Brian Ferneyhourgh de présenter son oeuvre et notamment la pièce musicale qu'il créa autour de cette scène visuelle qu'est le tableau de Bruegel, La chute d'Icare. Il a ainsi créé des rythmes totalement déconnectés les uns des autres, autour d'une structure canonique pour clarinette. Le but étant ainsi de créer une réelle densité, reprenant la structure de "s'il se passe ceci, alors cela".

Lorsque la lumière se ralluma après avoir écouté un moment du morceau, les médiateurs nous annonce que Lars Von Trier a dû malheureusement partir... Avant que celui ne réapparaisse à l'écran, avouant avoir du aller aux toilettes du fait qu'il ait bu trop de vin rouge pour supporter la caméra. Le débat se clôtura d'ailleurs sur une discussion plutôt amusante et surréaliste entre Mark Danielewski et Lars Von Trier, le premier lui expliquant qu'il aimerait beaucoup goûter à ce ce vin, le second lui avouant que c'était une mauvaise piquette française ! Une rencontre qui fut riche et passionnante et qui, outre le plaisir de retrouver Lars Von Trier sur grand écran, me permis de découvrir cet auteur incroyable qu'est Mark Danielwski. Son livre n'est d'ailleurs disponible qu'à une centaine d'euros sur internet... je n'ai plus qu'à me trouver une bonne bibliothèque !

Par Limess - Publié dans : Lars Von Trier
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