En salle en 2007

Jeudi 3 janvier 2008 4 03 /01 /2008 14:15




Sortie: 28 novembre 2007

> L'histoire: New York, fin des années 80. Bobby est le jeune patron d'une boite de nuit branchée appartenant aux Russes. Avec l'explosion du trafic de drogue, la mafia russe étend son influence sur le monde de la nuit. Pour continuer son ascension, Bobby doit cacher ses liens avec sa famille. Seule sa petite amie, Amada est au courant : son frère, Joseph, et son père, Burt, sont des membres éminents de la police new-yorkaise... Chaque jour, l'affrontement entre la mafia russe et la police est de plus en plus violent, et face aux menaces qui pèsent contre sa famille Bobby va devoir choisir son camp...

 

Sur treize ans de carrière, James Gray n'aura tourné que trois films ! Un comble quant on voit la qualité de ceux-ci. La nuit nous appartient, c'est l'occasion pour lui de retrouver ses deux acteurs de The Yard, Joaquim Phoenix et Mark Whalberg, sept ans après leur première collaboration. La grande force de La nuit nous appartient, c'est sans aucun doute son scénario et son adaptation. Avec ce film, Gray plonge les spectateurs au coeur d'une tragédie familiale. D'un côté, Bobby, beau gosse, belle gueule, patron d'un bar détenu par des russes. De l'autre, son frangin et son père, engagés dans la police new-yorkaise. Et comme le dit si bien l'un des personnages, "il faut choisir son camp. C'est la guerre". La nuit nous appartient suit la transformation progressive de Bobby, personnage au départ en rébellion contre sa famille et qui va peu à peu, aux fils des événements, se rapprocher de ceux qui lui sont chers. Et en cela, le scénario est brillant. S'il change peu à peu, d'univers comme d'esprit, il n'y a jamais de rupture nette entre présent et passé, les personnages secondaires ayant alors toutes leurs importances.


Car le film préfère le réalisme afin de montrer toute la profondeur du personnage. Son passé, c'est aussi sa vie, qu'il le veuille ou non (de quoi amener de temps à autre un peu de culpabilité). Entre trahison, loyauté et famille, le film a tout d'une pièce de Sophocle, fonctionnant sur des grandes valeurs universelles.
Bien entendu, cette histoire n'aurait pas eu cette force si la mise en scène de James Gray n'était pas si magistrale. Le réalisateur faisant le choix du temps, filmant tour à tour des univers radicalement différents. Entre les salles cachées de la boite de nuit (entrée dans le film remarquable) et repas de famille (celle d'adoption), il n'y a qu'un pas. James Gray accapare le spectateur en se rapprochant au maximum de Bobby, montrant sa vision des choses par l'utilisation, notamment, d'une caméra subjective. Avec talent, le réalisateur arrive à créer des scènes de tensions rares et puissantes, à l'image de la séquence d'infiltration où tout est fait pour nous laisser entendre qu'elle va échouer. De quoi créer un suspense insoutenable. Autre moment clé, la poursuite qui restera dans les annales comme une scène où l'émotion fuse de toute part et où on est totalement emprisonné dans cette voiture, incapable de faire autre chose que de subir. Tout comme le héros.

 


Mais La nuit nous appartient, c'est aussi un casting. Sublime. Joaquim Phoenix trouve ici un rôle à la mesure de son talent et devrais, à juste titre, être nominé aux oscars. Mark Whalberg et Robert Duval sont quand à eux magistraux même si c'est véritablement Eva Mendes qui laisse le spectateur sans voix. Un film qui aura permis à l'actrice de se dévoiler et de nous montrer une nouvelle facette de son jeu. La nuit nous appartient restera sans aucun doute comme l'un des meilleurs films américains de l'année dernière, à mi-chemin entre Les infiltrés et une tragédie grecque (ou Shakespearienne). James Gray livre une oeuvre absolument brillant et arrive à faire quelque chose de rare pour ce qui est du cinéma US: ne pas tomber dans la facilité d'une opposition strictement manichéenne en ne faisant pas sortir, par exemple, héroïquement son personnage des flammes. Il sort de de manière neutre sans que personne ne vienne le féliciter pour ce qu'il vient d'accomplir. Tout simplement. Merci M. Gray.




> Festival de Cannes 2007: sélection officielle
> Césars 2008: Nomination meilleur film étranger

Crédit photo: Wild Bunch Distribution

Par Limess - Publié dans : En salle en 2007
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Mercredi 2 janvier 2008 3 02 /01 /2008 19:45




Sortie: 26 décembre 2007


> L'histoire: Dans une banlieue ouvrière de Boston, la petite Amanda a disparu. Après l'échec des recherches menées par la police, la tante et l'oncle de l'enfant décident de faire appel à des détectives privés du coin, Patrick Kenzie et Angie Gennaro. Patrick et Angie connaissent bien le quartier, au point de savoir que Hélène, la mère d'Amanda, est une droguée. Plus ils enquêtent, plus ils découvrent l'envers de la ville dans ce qu'il a de plus sombre.

 

Bien sur, on connaît Ben Affleck. Bon acteur à ses débuts, il s'est fait remarquer grâce à sa plume et sa collaboration avec Matt Damon sur le film Will Hunting. Malheureusement, plus les années ont passé et plus sa crédibilité en a pris un coup. Entre coups médiatiques et choix de rôles chaotiques (comment oublier Daredevil), Ben Affleck est retombé dans les estimes et relégué au camp indésirable de mauvais acteur. L'année 2007 nous aura appris à ne pas juger les gens trop vite. Récompensé à Venise pour son rôle dans Hollywoodland, c'est en tant que réalisateur qu'il revient véritablement sur le devant de la scène. L'occasion pour lui de mettre en scène son frère Casey, l'une des futures valeurs sûres d'Hollywood.

 

Gone baby gone nous plonge dans les bas fonds de Boston, où policiers et drogués se côtoient tous les jours. Ce qui frappe, c'est une atmosphère, semblable à celle que l'on pouvait trouver dans Mystic River. Normal, l'histoire vient du même scénariste, Dennis Lehane. Le film nous embarque dans une sombre histoire d'enlèvement d'enfants dans l'univers de toxicos. Deux détectives privés vont être embauché pour aider à l'enquête. Si l'histoire démarre sur des chapeaux de roues, il semblerait que le scénariste se soit peu à peu emmêler les pinceaux, embourbé par un flot d'informations. Car si Gone baby gone ne tient pas la route, c'est l'unique faute à son intrigue qui repose sur des rebondissements en pagailles et des informations que l'on a du mal à enregistrer. Plus le puzzle se met en place et plus l'on se sent largué, ne sachant même plus de qui parle les personnages (mais bon dieu, qui est ce Remy ? Ah, ok !). Et plus l'histoire avance, plus l'on a du mal à y croire. Pourtant, même si il y a un vrai problème de compréhension, Gone baby gone reste tout de même intéressant. Car il pose des questions. Qu'est-ce que la justice et quelle est notre conception véritable du bien et du mal ? La fin ouverte du long métrage permet de réfléchir et finalement, de chercher à se mettre à la place du héros. Qu'aurions-nous fait ? Même si cette réflexion reste fragile et finalement, assez superficiellement traiter, elle est un petit plus dans le scénario et nous fait regretter sa mauvaise lisibilité, qui aurait pu donner, sans aucun doute, un excellent film.


Car si on fait l'impasse de cette histoire un peu tirée par les cheveux, on ne peut nier que Gone baby gone a de nombreuses qualités. Côté casting, le film tient presque de la perfection. Entre Casey Affleck tout en fragilité et la révélation Amy Ryan en mère désabusée, tous les rôles semblent convenir parfaitement aux acteurs. Au niveau de l'esthétique aussi. L'atmosphère ne tient pas seulement du scénario, mais bien de l'utilisation du clair/obscur, de cette opposition entre endroits sombres et rues éclairées (la sortie du bar). Mais bien entendu, le plus important est de parler de la réalisation de Ben Affleck, car au fond, c'est cela qui nous importe vraiment. Même si il reste très classique dans son traitement, l'acteur/réalisateur trouve ses marques dans les moments de tensions où il impose une mise en scène énergique et dynamique (la poursuite, la fusillade). Deux grandes scènes du film qui démontre que Ben Affleck a un talent certain et que, même si son film n'est pas une réussite, il fera sans aucun doute mieux la prochaine fois. Les qualités sont indéniables, il ne reste plus qu'à les mettre totalement en action. C'est pour cela qu'on a hâte qu'il se remette derrière la caméra, quitte à arrêter de faire l'acteur, un boulot qui ne lui convenait pas vraiment.





> Festival du film américain de Deauville 2007: en compétition
> Golden globes 2008: Nomination meilleur second rôle féminin
> Oscars 2008: Nomination meilleur second rôle féminin


Crédit photo: Buena Vista International

Par Limess - Publié dans : En salle en 2007
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