Ciné-club

Dimanche 11 octobre 2009 7 11 /10 /2009 12:23




Sortie: 16 janvier 1959 / 01 juillet 2009

> L'histoire: 1944. Alors qu'il revient dans sa ville natale pour une permission de trois semaines, Ernst Graeber, jeune soldat allemand envoyé sur le front russe, rencontre Elisabeth Kruse, dont il tombe amoureux. Mais la guerre qui continue va bouleverser leur histoire...

Hiver 1944. La guerre fait rage sur le front russe où les soldats allemands s'y enfoncent toujours un peu plus. Exécutant des ordres sans comprendre. Abattant quelques civils pour le bon vouloir des supérieurs. Parmi eux, Ernst Graeber, dont la perme de trois semaines tombera à point nommé. Il est bien décidé à profiter de la vie dans la plus grande insouciance. Bien décidé à oublier et à laisser de côté  les champs de bataille. Sauf que la guerre, elle, a depuis longtemps rongé les villes et que l'utopie ne durera qu'un temps. A peine rentré chez lui, Ernst ne retrouvera qu'une maison ravagée, détruite par les multiples bombardements des alliés. A la recherche de ses parents, il rencontrera alors Elisabeth Kruse, une jolie jeune femme résolue à ne pas se laisser happer par ce climat ambiant de peur. A continuer à vivre malgré les bombes et l'oppression des autorités... Considéré par les historiens du cinéma comme "le prince du mélodrame", Douglas Sirk, avec Le temps d'aimer et le temps de mourir, adapte le roman d'Erich Maria Remarque, livrant une incroyable histoire d'amour sur fond de deuxième guerre mondiale en montrant, de façon optimiste, comment la renaissance est toujours possible malgré l'horreur et la destruction. Un grand drame propre à l'âge d'or hollywoodien, mettant en scène un couple d'acteurs terriblement attachants, John Gavin et Lilo Pulver.


La force de ce long métrage tient de cet espace-temps réduit dans lequel gravitent Ernst et Elisabeth. Le jeune soldat n'a ainsi que quelques semaines avant de repartir au front. En somme, plus que trois petites semaines à vivre, prenant dès lors l'allure d'une vie entière, brusquant de ce fait la tournure des évènements. Ainsi, Douglas Sirk donne à voir un morceau de vie accélérée, de la rencontre au coup de foudre, du coup de foudre au mariage. L'histoire en marche ne donnant pas le temps de se poser de questions. Avec brio, Le temps d'aimer et le temps de mourir suit donc ce petit couple et ses efforts pour profiter des instants qui leurs sont donnés. Cherchant par tous les moyens à oublier la guerre, quitte à s'habiller chic, fréquenter clandestinement un restaurant luxueux ou à piquer quelques bouteilles d'un champagne bien trop rare. Sauf que les bombardements, eux, ne s'arrêtent pas, les ramenant toujours brutalement dans la réalité. Bientôt, Ernst devra repartir au front, accomplir ce devoir de soldat dont il ne voit plus l'utilité. Car, à travers cette histoire, Douglas Sirk s'intéresse ainsi à montrer comment l'institution étatique écrase l'homme ordinaire. Et si la dictature nazie n'est pas abordée complètement de front - évocation des camps de concentrations et de la persécution sur les juifs -, ces trois semaines seront pour Ernst l'occasion d'une prise de conscience radicale, lui qui ne sera plus prêt à accomplir les ordres qu'on lui donne sans rechigner. Ainsi, Le temps d'aimer et le temps de mourir est un film à grand spectacle comme seul Hollywood savait le faire à l'époque, tourné en format cinémascope, mêlant la grande et la petite histoire, la seconde guerre mondiale, la naissance d'un amour et le retour probable du printemps. Une oeuvre qui, si elle peut paraître un peu kitch au niveau de certains dialogues, n'a en rien perdu de son charme, même cinquante ans après.




Crédit photo: Ciné Sorbonne

Par Limess - Publié dans : Ciné-club
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Samedi 25 avril 2009 6 25 /04 /2009 10:30





Sortie: 09 avril 1934

> L'histoire: Les caisses de la Freedonie sont à leur niveau le plus bas. Une fois de plus le Conseil des ministres fait appel à la richissisme Mme Teasdale qui accepte à une condition : que le gouvernement se dote d'un nouveau chef, Rufus T. Firefly. En Sylvanie, pays voisin qui convoite la Freedonie, la nouvelle est accueillie avec mauvaise humeur. Trentino, ambassadeur en Sylvanie, courtise Mme Teasdale mais celle-ci est entichée de Firefly. Trentino engage deux espions, Pinky qui est le chauffeur de Firefly et Chicolini, et leur assigne pour mission de discréditer son rival.

Lu dans Télérama: "Depuis le début de cette année de "Grande dépression", les salles de cinéma sont fréquentés par un public insatiable [...]. Emballée, la presse américaine se fait l'écho d'une question lancinante: cette irrépressible envie de divertissement annonce-t-elle le retour d'un nouvel âge d'or hollywoodien ? L'industrie des rêves retrouvera-t-elle l'éclat qui fut le sien quand les Américains fuyaient l'onde de choc du krach de 1929 pour se réfugier chez Frank Capra, Fred Astaire et les Marx Brothers ?". Laurent Rigoulet répondant en quelque sorte non à cette question, ressortant les chiffres et records détenus par le film Hannah Montana, soit Miley Cirus + comédie musicale + Disney, il est tant de ressortir nos bons vieux classiques. Et quoi de mieux que les Marx Brothers, donc, ici dans une satire politique désopilante. Tourné en 1933, La soupe au canard suit la figure d'un dictateur, Firefly, aussi irresponsable que têtu et inconscient. Les Marx Brothers tire, à merveille, le portrait démesuré d'un homme surpuissant, malheureusement aussi drôle que tristement prémonitoire. 1933, c'est l'arrivée au pouvoir d'Hitler, déclenchant les événements que l'on connaît. Ici, Firefly est totalement ingérable, réglant les affaires publiques avec insolence, déclarant la guerre au moindre mot trop haut et déplaisant.

Mais qui dit Marx Brothers dit surtout comédie, La soupe au canard étant considéré comme le meilleur film du quatuor burlesque. En Firefly, Groucho est d'une forme détonante, maniant l'art de la réplique qui fait mouche, comme le fera Woody Allen par la suite, parfait successeur de l'homme à moustache. Portant aussi bien que lui les lunettes rondes. "Promettez moi de marcher sur les traces de mon mari". Groucho se retourne, face caméra "Je suis en fonction depuis 5 minutes et elle me fait déjà des avances". C'est qu'il sait parler aux femmes, ce petit homme ! A ses côtés, si Zeppo reste relativement transparent, Chico fait preuve d'une énergie débordante tandis que Harpo comble son mutisme par des gags au muet. Car les Marx Brothers, c'est avant tout un savant mélange de différents comiques, utilisant, non sans brio, les multiples technologies mises à leurs dispositions. Muet comme parlant. Gags comme jeux de mots. Rappelant même parfois Buster Keaton et son fameux gag en deux temps. De quoi prévoir un bon nombre de scènes cultes dont La soupe au canard est truffé, de l'arrivée répétée et attendue de Firefly au chalumeau d'Harpo, les scènes de champ de bataille loufoques et hallucinantes ou encore la fameuse séquence de pantomime du miroir. Ainsi, si La soupe au canard était parfait en tant de crise en 1929, il l'est aussi en 2009, l'oeuvre des Marx Brothers, représentatif à elle seule du divertissement hollywoodien par excellence, mêlant comédie musicale et rythme effréné, n'a presque pas pris un ride. Tant mieux, il ne faudrait pas bouder son plaisir de redécouvrir ce type de comédie, issue "d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître". Et c'est bien dommage, d'ailleurs !

Par Limess - Publié dans : Ciné-club
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Vendredi 9 janvier 2009 5 09 /01 /2009 10:45




> L'histoire: Dans un bourg italien près de la mer, à l'heure du fascisme triomphant, les enfants traînassent, cherchant des victimes pour leurs blagues innocentes. L'un d'eux va connaître, en l'espace d'une année, une série d'expériences tour à tour drôles, savoureuses et poignantes.

Si Fellini donne à son film le nom d'Amarcord, c'est qu'il signifie en patois "Je me souviens" et colle parfaitement à l'atmosphère de cette oeuvre emplie de nostalgie. Nous sommes dans les années 30, au sein d'un petit village italien
qui semble coupé du monde. Un endroit idéal pour le réalisateur qui y plante un nouveau chapiteau de cirque imaginaire où les habitants deviennent alors, sous nos yeux, de véritables forrains. L'occasion pour lui de dresser le portrait d'une époque, entre insouciance et réalité d'un régime fasciste bien ancré dans les mentalités.

Le film suit les tribulations de Titta, un adolescent agité, en plein éveil sexuel, et de tous les joyeux lurons qui gravitent autour de lui. Il y a d'abord sa famille, au bord de l'explosion, entre un père colérique, un oncle collabo et une mère qui jure de tous les tuer. Les copains, ceux avec lesquels il fait les 400 coups, au propre comme au figuré, tant l'oeuvre de Fellini retrouve l'innocence et la liberté de celle de François Truffaut. Les profs, ensuite, tous plus caricaturaux les uns que les autres, vantant sans cesse les mérites du régime en place. La Gradisca, enfin, ce fantasme de tous, sorte d'hybride de la femme fatale mais qui ne rêve, en réalité, que de mariage. Et puis, il y a tous les autres, ceux que l'on ne reconnaît que par des surnoms: le marchand ambulant mythomane, l'accordéoniste aveugle, la fille sauvage... Autant de personnages que Fellini expose dans les rues de la ville, les transformant, parfois, en monstres de foires. La démesure de leurs caractéristiques physiques prenant plus de place que leurs personnalités. Que ce soit les seins de la buraliste ou les fesses rebondis des femmes, moulées dans des vêtements serrés.


Tous cohabitent ainsi, au rythme des célébrations et autres fêtes du village. Comme enfermés dans une bulle colorée où rien ne pourrait les atteindre. Lorsque les aigrettes virevoltent dans les airs, annonçant l'arrivée du printemps, on se rassemble sur la place publique pour brûler une sorcière de paille. Tandis que les pétards claquent, les femmes s'exposent et les hommes blaguent entre eux. L'atmosphère est bonne enfant. Trop, peut-être même, comme dans un lointain souvenir qu'un vieux garçon chercherait à se remémorer. Le temps passe, la saison avec. L'heure est à nouveau à la fête, les habitants ressortent de leurs placards leurs chemises noires. Nous sommes dans l'Italie fasciste. La force de l'oeuvre de Fellini est de faire du fascisme et du régime politique une toile de fond invisible qui apparaît sur le devant de la scène de manière inattendue, créant une drôle d'opposition entre l'insouciance et la joie de ses habitants et la réalité historique, passée ici sous silence. Car du régime fasciste, Fellini ne montre volontairement que l'aspect festif afin de rendre compte de la naïveté dans laquelle vivait ce village. Lors de leurs fêtes, tournées au ridicule par la virtuosité de la mise en scène, Mussolini apparaît sous forme de couronne de fleurs et donne son approbation au mariage fantasmé d'un des adolescents. 99% de la population est adhérante au régime, tout semble aller dans le meilleur des mondes. Du moins, en apparence, car quand résonne l'internationale communiste du haut de l'église, les autorités ne savent pas comment réagir, si ce n'est d'ouvrir le feu et de torturer le dernier pourcent qu'il reste. Soit, le père de Titta.


Il y a, chez Fellini, une volonté de mettre en avant la démesure et la décadence du régime et l'infantilisation que subissait la population dans le but de rendre la critique plus mordante. Car quand un faux pas arrive, un syndrome bipolaire prend alors la ville en grippe, qui réagit d'abord excessivement avant de tout oublier par le divertissement. C'est un message heureux relayé par le cinéma. La célébration des symboles du pouvoir, comme le Rex, immense paquebot représentant la puissance économique de l'Italie... Une insouciance que Fellini écorche progressivement, le temps amenant toujours son lot d'événements. Car, aussi rose que peut-être la bulle dans laquelle vivent les habitant, les malheurs frappent et les changement se révèlent inévitables. Alors quand vient l'heure des nouvelles aigrettes, bouclant ainsi le cycle des saisons, la chronique douce se fait lentement amère, les habitants prenant peu à peu conscience que rien ne sera plus jamais comme avant. Peut importe les efforts pour. La gradisca se marie, brisant les rêves éveillés de tout les adolescents. Et tandis que le village nous dit au revoir, Tita, lui, est déjà parti, comme résigné par tout ce qui se passe autour de lui. Lorsque le générique fait son apparition, l''arrière goût aigre se transforme en une agréable sensation, celle d'avoir vécu un grand moment de cinéma, bercé par la célèbre musique de Nino Rota.




> Oscars 1976: nomination meilleur réalisateur


Source image: allociné

Par Limess - Publié dans : Ciné-club
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Dimanche 27 avril 2008 7 27 /04 /2008 12:31

2-copie-13.jpg


Sortie: 24 janvier 1990

> L'histoire:
Une vieille dame s'eteint dans une grande demeure du Sud-Ouest. Son fils, Milou, qui a soixante ans et qui s'occupe de la propriete, convoque pour l'enterrement son frere Georges et sa belle-soeur Lily, sa niece Claire, sa propre fille, Camille et le reste de la famille. Mais nous sommes en mai 1968. Depuis deux semaines Paris est a feu et a sang...

Tandis que les étudiants et les ouvriers cherchent à révolutionner la France, Elizabeth Vieuzac, elle, a vu son heure arrivée. Milou, son fils, décide alors d'organiser ses funérailles dans la maison familiale. L'occasion pour lui de retrouver les siens lors d'un séjour qui va peu à peu tourner à la farce. Avec Milou en mai, Louis Malle signe, sans conteste, l'un des plus beaux témoignages sur mai 68, en ne montrant pourtant aucune image des agitations de la rue. Son secret ? Centrer l'histoire autour de l'état d'esprit qui régnait alors en France à travers les tribulations d'une famille modeste, les Vieuzac, petits bourgeois de campagne. Alors que les étudiants liquident - symboliquement - l'héritage français, cette famille, elle, cherche à faire de même avec celui d'Elizabeth. Tout est trié. Etiqueté. Évalué. Les souvenirs sont pillés à des fins monétaires tandis qu'à la radio retentissent les événements du monde extérieur. L'expulsion de Cohn-Bendit, les émeutes virulentes de Paris, la disparition puis la réapparition au pouvoir de de Gaulle... Les nouvelles s'enchaînent et ne se ressemblent pas, entraînant dans leur spirale cette famille qui n'avait pourtant pas grand chose à voir avec le mouvement.

3-copie-4.jpg
Louis Malle dépeint ici les changements, à la fois idéologiques et sociaux, qu'on pu créer ces événements sur les français, à travers l'image de cette famille. Si les débats sont endiablés et que personne n'est jamais d'accord sur la nature des agissements de ses manifestants, tout le monde se laisse pourtant aller au jeu de la révolution. On se prend à rêver de nature, de libertinage, de renversement des classes sociales - à travers le personnage de la bonne qui hérite... - avant de se rendre à l'évidence que bourgeoisie et révolution n'ont pas toujours fait très bon ménage. La panique est alors générale, la fête tourne à la farce grotesque. Le charme de Milou en mai résidant dans cette liberté de ton adopté par Louis Malle. Le film mêle en effet satire sociale et comédie de moeurs, l'humour décalé y croisant des instants pathétiques. Un savoureux mélange qui lui permet d'être autant jovial et frais que direct et engagé, créant ainsi au final une oeuvre aussi surprenante que captivante. Sur bien des points, c'est à en friser le chef d'oeuvre.

etoile1.jpgetoile1.jpgetoile1.jpgetoile1.jpgetoile1.jpg


> Césars 1991: Meilleure actrice dans un second rôle / Nominations meilleur acteur, meilleure actrice, meilleure acteur dans un second rôle


Crédit photo: Collection Allociné

Par Limess - Publié dans : Ciné-club
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Jeudi 17 avril 2008 4 17 /04 /2008 11:43

dreamers.jpg


Sortie: 10 décembre 2003

> L'histoire: Isabelle et son frère Théo, restés seuls à Paris pendant les vacances de leurs parents, invitent chez eux Matthew, un étudiant américain. Dans cet appartement où ils sont livrés à eux-mêmes, ils vont fixer les règles d'un jeu qui les amènera à explorer leur identité émotionnelle et sexuelle. Au fil des heures, la partie s'intensifie, les sens et les esprits s'exacerbent.

Le printemps est arrivé. Les amoureux sont de sortie. Les étudiants aussi, banderoles à la main, manifestant en faveur d'une révolution sociale et culturelle. Nous sommes en 1968. Devant la cinémathèque française, ils protestent contre le renvoie de Langlois, Jean-Pierre Léaud en tête, mégaphone à la main. C'est là que Matthew, un étudiant américain, rencontrera Isabelle et Théo. Ensemble, ils feront leur propre révolution, sexuelle, loin du brouhaha de la rue. Au premier abord, mai 68 semble pour Bernardo Bertolucci n'être qu'un prétexte à une histoire de libertinage incestueux. Le réalisateur passe en effet de la sphère publique et son aspect "cinéma-vérité" à la sphère privée où va se jouer un drôle de huis clos. Ces ados, au départ si actifs, se transformant en beaux parleurs, préférant les débats animés, et finalement insignifiants, à l'action réelle. On passe de l'histoire à l'intime, comme le disait Philippe Garrel à propos de son propre film, Les amants réguliers. Cloîtrés dans ce bel appartement, ces trois là vont refaire le monde à leur façon, découvrant la jouissance de la liberté - absence
des parents - mais aussi, de la sexualité. Comme à son habitude, Bertolucci provoque, cassant les codes du triangle amoureux - notamment celui de la Nouvelle vague et Jules et Jim - en intégrant le thème de l'inceste entre frère et soeur. Le malaise se fait souvent sentir. Le dégoût aussi, le réalisateur n'épargnant pas le spectateur par des séquences volontairement scabreuses et peu reluisantes. Et pourtant...

2-copie-10.jpg
Pourtant, le film ensorcelle, charme par sa liberté de ton. Matthew, Isabelle et Théo sont des cinéphiles, vivant éternellement des images pleins la tête. L'identification est immédiate. Le réalisateur s'amuse en intégrant des séquences de films classiques, nous demandant expressément de participer à l'action. Comme les personnages, on se prend immédiatement au jeu, devinant les films qui se cachent derrière les séquences, reconnaissant avec plaisir la danse de Fred Astaire dans Top Hat, la fusillade de Scarface ou le repas de mariage dans Freaks. Un jeu à double tranchant puisqu'il distrait autant qu'il interpelle. Car en passant leurs temps dans les salles obscures, ces trois là en auraient presque oublier de devenir les héros de leur propre vies, préférant imiter leurs personnages favoris plutôt que d'agir pour et par eux-mêmes. Sur bien des points, Bertolucci n'est pas tendre avec le cinéma et les cinéphiles. Son film pourrait presque être vu comme un invitation à la vie, à découvrir les choses par ses propres moyens plutôt que derrière un écran. C'est là que revient mai 68, ce temps où les étudiants ont pris leurs destins en main et décider de crier haut et fort leur envie de vivre. Devenant des "héros" de l'histoire. Pour Matthew, Isabelle et Théo, il est alors temps d'en être aussi. Maintenant et tout de suite ! Devenant ainsi - et ironiquement - des personnages de films à venir sur cette période si singulière.

etoile1.jpgetoile1.jpgetoile1.jpgetoile1.jpgetoile2.jpg


> Mostra de Venise 2003: avant-première
> European Film Award 2004: Nominations prix du public de la meilleure actrice, prix du public du meilleur réalisateur


Crédit photo: TFM Distribution

Par Limess - Publié dans : Ciné-club
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Lundi 28 janvier 2008 1 28 /01 /2008 14:06



Sortie: 1937

> L'histoire: Après avoir purgé sa peine pour vol, Eddie Taylor sort de prison, bien décidé à rentrer dans le droit chemin. Mais malgré sa volonté, il se heurte à une société qui ne lui pardonne pas son passé. Accusé à tort d'un hold-up, il s'enfuie avec sa fiancée...

 

Réalisateur allemand qui s'est fait connaître au temps du muet, Fritz Lang traîne derrière lui une belle filmographie lorsqu'il arrive aux États-Unis. Sous son nom, on trouve des œuvres comme Metropolis, la série du Docteur Mabuse ou encore M, le maudit l'imposant comme un des principaux réalisateurs de l'expressionnisme allemand. C'est durant les années 30 que sa carrière prend un véritable tournant. Fritz Lang se voit proposé par Goebbels, directeur de la propagande du parti nazis, de devenir le réalisateur officiel du troisième Reich. Celui-ci déclinera l'offre préférant s'exiler aux Etats-Unis sous contrat avec la MGM, laissant derrière lui sa femme qui rejoindra le parti d'Hitler. De l'autre côté de l'atlantique, il ne sera pas vraiment seul, retrouvant bon nombre de ses compatriotes, tel que Murnau ou des techniciens de renoms.


Produit par Walter Wanger, J'ai le droit de vivre est le deuxième film du réalisateur allemand sur le sol américain. Malgré le changement de continent, Fritz Lang continue sa carrière aux États-Unis comme il l'aurait fait en Allemagne. Son film s'inscrit dans une sorte de continuité de son esthétique expressionniste. Qu'est-ce que le courant expressionniste ? Ne touchant pas seulement le cinéma, ce courant artistique est né en Allemagne sous la coupe d'artistes comme Otto Dix (un peintre). Il reflétait un certain malaise de la société allemande, désemparée à la sortie de la première guerre mondiale. Au cinéma, cela s'est développé autour de sujets nouveaux et extrêmement noirs (tels que des meurtres, suicides...) et d'une esthétique particulière. Les décors sont volontairement surréalistes, déformés, pointus, la lumière très stylisée avec un jeu sur les ombres. Des oeuvres comme Beetlejuice ou Persepolis se veulent à certains niveaux comme héritières de ce courant artistique. Bien entendu, J'ai le droit de vivre n'est pas une oeuvre à proprement parler expressionniste. Mais elle réutilise certains aspects, comme le sujet, autour de la société totalitaire ou cette lumière spécifique au courant (lors des scènes de prison).
 



Inspiré du célèbre couple Bonnie and Clyde, ce film conte l'histoire d'Edward Taylor et de sa fiancée, Joan. Leur histoire d'amour n'est pas commune, le coup de foudre s'étant produit pendant le procès du vagabond. Voilà trois ans qu'Edward est en prison quand il est enfin libéré. Son rêve, retourner dans le droit de chemin et fondé une famille avec Joan, qu'il s'empresse d'épouser dès son retour dans la vie réelle. Mais comme toujours, le destin se mêle de tout et s'occupe de déjouer les plans. Fritz Lang s'intéresse à la violence des sociétés qui refusent de donner aux hommes une seconde chance. Taylor a beau faire tout ce qu'il peut, un simple retard lui vaut un licenciement, peut importe l'explication. A travers ce film, le réalisateur montre comment la société peut détruire les ambitions d'un homme et le pousser à commettre l'irréparable pour survivre. J'ai le droit de vivre joue sur les préjugés, que peuvent avoir les personnages, mais aussi le public. Victime de sa propre révolte, Taylor se verra condamner à un crime qu'il dit ne pas avoir commit. Mais personne ne peut l'innocenter, personnages comme spectateurs. Qui croire alors ? La grande force de ce film, c'est l'ironie tragique qu'insuffle Fritz Lang à son histoire faisant de son héros un meurtrier le jour où il était innocenté de tous soupçons. J'ai le droit de vivre se divise sur deux tableaux. Tout d'abord, autour de l'histoire personnelle de Taylor, interprété avec envie par le charismatique Henry Fonda. De l'autre, autour de l'histoire d'amour entre Joan (la belle Sylvia Sidney) et Taylor. On pourrait presque croire à une tragédie shakespearienne tant l'histoire de ce couple condamné d'avance par le destin semble tout droit sortie de l'imagination du dramaturge anglais. Ils ont beau fuir, déclarer leurs amours à la face du monde, accepter qu'ils ne peuvent malheureusement pas vivre l'un sans l'autre, rien ne peut les sauver. La vie joue souvent de vilains tours. J'ai le droit de vivre est un grand film, une histoire d'amour tragique comme sait si bien le faire le cinéma hollywoodien. Une oeuvre malheureusement trop peu connue, pourtant signée par un réalisateur qui restera à jamais dans les mémoires.





 Crédit photo: collection allociné

Par Limess - Publié dans : Ciné-club
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Samedi 26 janvier 2008 6 26 /01 /2008 15:00



Sortie: 21 mai 2003


> L'histoire:
Dans les années trente, des coups de feu retentissent un soir dans Dogville, une petite ville des Rocheuses. Grace, une belle femme terrifiée, monte en courant un chemin de montagne où elle fait la rencontre de Tom, un jeune habitant de la bourgade. Elle lui explique qu'elle est traquée par des gangsters et que sa vie est en danger. Encouragée par Tom, la population locale consent à la cacher, en échange de quoi Grace accepte de travailler pour elle. Lorsqu'un avis de recherche est lancé contre la jeune femme, les habitants de Dogville s'estiment en droit d'exiger une compensation, vu le risque qu'ils courent à l'abriter...

Lars Von Trier est un inconditionnel des trilogies. Après "E" centrée autour de trois films commençant par la lettre E et traitant de l'Europe et de la perte d'identité,  une autre intitulée "Coeurs d'or" contenant notamment le magnifique Dancer in the Dark, voici sa trilogie "Land of opportunity", axé autour des Etats-Unis. Elle regroupe, Dogville, sortie en 2003, Manderlay, sortie en 2005 et Washingthon, encore en préparation... Les premières minutes de Dogville suffisent à surprendre car rarement une oeuvre aura été aussi loin dans la théâtralité. Dogville suit les aventures d'une petite bourgade américaine, isolée de tout. Le jour où une jeune femme désespérée va débarquer en demandant de l'aide, tout va basculer. Ce petit village, on ne le verra jamais, du moins, pas vraiment. Car la particularité de Dogville, c'est qu'il se déroule tout du long sur une scène de théâtre où tout est suggéré ou presque. Il n'y a pas de vraiment de décors, tout au plus quelques accessoires vraiment indispensables (des lits, un bout de mur, une fenêtre...). Tout le reste n'est que traits visant à délimiter chaque maison. Si Lars Von Trier dépouille au maximum sa scène, il n'oublie pas que Dogville est un film et se doit ainsi d'être un minimum réaliste. Ce qui fait que nous ne sommes jamais vraiment dérouté, c'est que le réalisateur restitue tous les sons réels, tel que les bruits de pas sur du gravier, les portes qui se ferment ou les sons venant de l'horizon... Le but est de faire appel à l'imaginaire du spectateur. Pourquoi une telle mise en scène ? En choisissant de construire son film sur une scène de théâtre dépouillée, Lars Von Trier se montre particulièrement intelligent. Tout d'abord, car cette scène permet d'isoler au maximum ce village de n'importe quelle autre civilisation. Les murs sont noirs ou bleus, selon les heures de la journée, évitant aux spectateurs de s'attarder sur la vue et de ne s'intéresser qu'à ces personnages. Trois murs qui participent à l'idée d'enfermement. En arrivant dans le village, Grace pensera être enfin libre alors qu'elle entrera dans une nouvelle prison. Le spectateur, lui aussi prisonnier de ce décor, ne peut entrevoir d'échappatoire à sa situation, les murs remplaçant les paysages et les solutions. Autre utilité du plateau, c'est qu'il nous permet de tout voir simultanément, tel des voyeurs. On aperçoit ainsi toutes les habitudes des villageois mais aussi, lors de certaines scènes, ce qui se passe pendant que Grace subit l'enfer...



Dogville
est un film assez atypique, de par sa mise en scène mais aussi, son histoire. Comme souvent, le réalisateur cherche à montrer les bassesses de l'être humain et de la civilisation. Ce qu'on nous montre au départ, c'est un charmant petit village, qui semble vivre en complète autarcie. Tom, le poète, organise régulièrement des débats, dont un sur l'égoïsme de ce village, incapable d'accepter un étranger. Lorsque Grace arrivera, tous feront l'effort de démonter les propos de Tom, en proposant à celle-ci de travailler avec eux. Mais ce qui au départ partait d'une bonne intention va vite se transformer en esclavagisme. Profitant de la faiblesse de cette jeune femme, tous les habitants vont se servir d'elle, pour des tâches ménagères ou pour assouvir un désir sexuel. Simple, il suffit de la menacer d'expulsion. Dogville est un film très noir, totalement pessimiste sur la nature de l'homme, même les plus doux se transformant peu à peu en bourreau. La grande force de ce film, c'est que malgré ses 3 heures, il arrive totalement à nous accaparer et à nous attacher à Grace. En neuf actes, il nous montre la dégradation progressive de l'état de cette belle et jolie jeune femme dans cette ville où les habitants ne sont que des animaux, réagissant par instinct. Et si l'on est attaché à elle, le résultat est dotant plus saisissant quand vient l'heure du dernier acte. Lars Von Trier nous livre un petit chef d'oeuvre, où Nicole Kidman trouve l'un de ses meilleurs rôles. Un film totalement captivant et saisisssant et une véritable leçon de cinéma. Dogville est tout simplement un très grand film.





> Présentation au festival international de Cannes 2003: sélection officielle - en compétition

> European film awards 2003: meilleur réalisateur, meilleur directeur photo / Nominations meilleur film, meilleur scénario

> Césars 2004: nomination meilleur film de l'Union Européenne


Crédit photo: Les films du losange

Par Limess - Publié dans : Ciné-club
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Vendredi 4 janvier 2008 5 04 /01 /2008 20:45




Sortie: 1947 / 8 juin 2005


> L'histoire: M
onsieur Verdoux, bon père et bon époux, séduit puis assassine douze femmes...

Tout le monde connaît Charlot, ce gentil vagabond, naïf au grand coeur, toujours affublé d'un costume trois pièces, d'une canne et d'un chapeau melon. Un personnage au combien célèbre dont Charles Chaplin aura eu du mal à se séparer. C'est avec l'arrivée du parlant que le comédien se verra dans l'obligation de tourner la page de Charlot, personnage emblématique du cinéma muet. Il est condamné par une industrie en pleine expansion. Une mort que Chaplin aura exécuté en deux temps. Tout d'abord, par la réalisation du Dictateur où le réalisateur/comédien fait parler pour la première fois son personnage, même si le film fonctionne à la manière d'un film muet. Deuxième temps, avec Monsieur Verdoux, qui marque une nouvelle ère dans sa carrière. Et afin de signifier définitivement la mort de Charlot, Chaplin aura eu la bonne idée d'utiliser un symbole fort. Quoi de mieux que de refaire la même fin qu'à l'accoutume mais cette fois-ci, en envoyant non pas Charlot sur la route du bonheur, mais Monsieur Verdoux sur le chemin de la guillotine. De quoi mettre un point d'honneur à sa grande période du muet.


Monsieur Verdoux est un film tout a fait atypique où Charles Chaplin range son costume de guignol pour endosser celui d'un tueur en série. L'histoire est simple. Monsieur Verdoux, actuellement au chômage, séduit des femmes riches dans le stricte but de leur prendre leurs argents. La grande prouesse de Chaplin, c'est qu'il donne tout une dimension psychologique à son personnage, pourtant totalement immoral, en expliquant la raison de ses actes. Si Monsieur Verdoux est un assassin, c'est qu'il n'a pas d'autres choix pour s'occuper de sa famille, et notamment de sa femme invalide. Une explication qui participe à construire un personnage ambigu, à la fois attachant et pourtant, terriblement pervers et malsain (scène de la tentative d'empoisonnement totalement glaciale). C'est cette condition qui permet à Chaplin de faire un constat dur et brutal sur la société de son époque. Monsieur Verdoux pourrait être vu comme une sorte de violent pamphlet contre les gouvernances du monde et la gestion des crises, comme celle de 1929 (crise de Wall Street qui toucha toute la population américaine et bien plus encore). Monsieur Verdoux se justifie de ses actes en expliquant que de toute manière, on fait bien pire que lui et pour de mauvais raisons. Quel génie que de mettre des phrases crues et violentes sur la société dans la bouche d'un être irresponsable mais presque "légitime" dans ses actes (au final, il ne fait ça que pour sauver sa famille) ! Monsieur Verdoux est un film totalement osé pour l'époque, puisqu'Hollywood était alors très controlé, notamment par le code Hays, sorte d'auto-censure de la production. Et on imagine aisément les stratagèmes qu'à dû mettre en place Chaplin pour réaliser ce film hors du commun.



Si Monsieur Verdoux est un film totalement parlant, on sent encore que Chaplin a du mal à se défaire totalement de son personnage du muet. Dans des scènes tous a fait capitales, il n'hésite pas à insérer de petites cascades, comme tomber malencontreusement par la fenêtre. Des farces presque vues avec nostalgie et qui rappelle à quel point Chaplin était LE grand génie du muet. Mais la grande prouesse de celui-ci, c'est qu'il n'utilise pas que les gags comme des anecdotes. Dans des scènes importantes, il place un zeste d'humour presque vu comme de l'humour noir. A l'image de cette tentative d'assassinat où il fait croire à sa victime qu'il lui apprend à pêcher au lasso en lui mettant la corde autour du cou. Monsieur Verdoux est un film tout a fait à part dans la carrière de Chaplin, mais aussi, dans la production américaine de cette époque. Un grand film à redécouvrir afin de célébrer dignement les trente années de la mort de ce grand et mythique personnage.





Crédit photo: collection allociné

Par Limess - Publié dans : Ciné-club
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    

QUI SUIS-JE ?

LES SORTIES DE LA SEMAINE

CONSEILS

INDEX DES FILMS

RECHERCHE

Recommander

Référencement

 Annuaire cinema   Découvre de bons blogs
  
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés