Sortie: 02 décembre 2009
> L'histoire: L'histoire d'un mystérieux homme solitaire, dont les activités restent en dehors de la légalité. Il est sur le point d'achever une mission, dont l'objet n'est
pas dévoilé. A la fois concentré et rêveur, notre homme accomplit un voyage à travers l'Espagne, mais aussi à l'intérieur de sa conscience...
Autant être honnête tout de suite, je ne connais malheureusement que très peu le cinéma de Jim Jarmusch. Ce qui ne saurait tarder au vu de la rétrospective
organisée en ce moment au Champo à Paris ou aux multiples dvd qui gisent sur les étagères de mes amis cinéphiles. C'est avec curiosité, donc, que j'ai découvert ses fameuses Limits of Control, un drôle de film contemplatif et particulièrement déconcertant. Le cinéaste y suit les errances d'un homme mystérieux (Isaach de Bankolé) à travers l'Espagne, à la mission inconnue et au control freak hallucinant. Répétant inlassablement les mêmes gestes, commandant deux
expressos dans deux tasses séparées, allant au musée découvrir un et un seul tableau à la fois... Entre temps, il rencontrera sur son chemin un nombre impressionnant de personnages, aussi
énigmatiques que lui, lui apportant à chaque fois une même boite d'allumettes (verte ou rouge) cessée le guider vers son objectif final. Comme si il dépendait d'une organisation plus grande dont
il ne serait que le simple jouet. Ballotté de villes en villes, il nous emmènera alors avec lui dans sa balade mélancolique et fascinante, à la rencontre de paysages espagnols peu explorés
cinématographiquement. Qui plus est par un cinéaste américain. D'ailleurs, The Limits of Control est avant tout une oeuvre qui réfléchit à ces fameuses limites du cinéma, à l'instar de cette mise
en abyme orchestrée par Tilda Swinton. Perruque blanche et bottes léopards, celle-ci lui explique qu'elle n'aime rien de plus au cinéma que les films qui
rendent compte d'une certaine époque, où les personnages ne parlent quasiment pas, avant qu'ils s'arrêtent tous les deux brusquement de parler créant un comique de situation particulièrement
piquant. A l'image de cet humour froid qui viendra rythmer tout le film.
Là se situe l'intérêt principal de ce qui ressemble avant tout à un grand exercice de style, Jim Jarmusch embarquant dans son aventure ses amis comédiens, apparaissant chacun une dizaine de
minutes, tout au plus. De Gael Garcia Bernal à Hiam Abbass. Car The Limits of Control s'inscrit avant tout dans un
courant cinématographique particulier, démarré, majoritairement en Europe, à la fin des années 50. Ce qu'un grand philosophe, que l'on surnommera mister D., définira comme "l'image-temps". Dans
ce corpus de films, les personnages ne sont plus dans l'action mais dans la contemplation d'un monde que l'on ne perçoit alors plus de la même manière après les massacres de la seconde guerre
mondiale. En regardant The Limits of Control, on pense à La Notte, de Michelangelo Antonioni, où Jeanne Moreau, tel Isaach de Bankolé, errait dans les rues italiennes, sans destination particulière ou but précis. De ce postulat découle alors tout une imagerie
cinématographique que prend le temps de récréer Jim Jarmusch, citant explicitement Le mépris de Jean-Luc Godard,
proposant sa propre version de la femme fatale (Paz de la huerta, intégralement nue à chacune de ses apparitions), définissant chacun de ses personnages non
pas par un nom mais par des petites habitudes (les lunettes, le cigare, les cafés, l'amour du cinéma...). Dès lors, le cinéaste livre une oeuvre extrêmement minutieuse, reposant sur une
mise en scène totalement contrôlée, aussi bien dans le choix des cadres que le moindre mouvement de caméra. Bercée par la musique magnétique de Sunn O)))
et Boris. Un film exigeant, donc et, il faut bien le dire, passablement ennuyeux d'où émerge pourtant une réelle fascination, comme un voyage hors du
temps dans les rues solaires d'une Espagne moderne. Etrange et envoûtant, monotone et apaisant.
Crédit photo: Le Pacte
11.11 L'IMAGINARIUM DU DOCTEUR
PARNASSUS
21.10 LES HERBES FOLLES
07.10 FISH TANK
09.09 TAKING WOODSTOCK
26.08 UN PROPHETE
22.07 BRIGHT STAR
03.06 NE TE RETOURNE PAS / ANTICHRIST
27.05 LOOKING FOR ERIC / JUSQU'EN
ENFER / QUELQUE CHOSE A TE DIRE
13.03 MILLENIUM
06.05 UN
MARIAGE DE REVE
29.04 LA BOITE DE PANDORE / NO POPCORN ON THE FLOOR / MEURTRES A LA
SAINT-VALENTIN / INCOGNITO
22.04 ILS MOURRONT TOUS SAUF MOI ! / 17 ANS ENCORE / LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE / STILL WALKING
15.04 UN ETE ITALIEN / OSS 117: RIO NE REPOND PLUS / RACHEL SE MARIE / DANS LA BRUME ELECTRIQUE / LET'S MAKE MONEY / SOIS SAGE
Je suis extrêmement preneuse. Plutôt vers le mois de janvier, que je finisse tous mes films sur l'adolescence, dont tu es déjà l'un des plus gros fournisseurs en dvd !
L'image-temps était, selon Deleuze, avant tout une crise de l'image mouvement (action-réaction). Dans le Jarmusch, je ne pense qu'il y ait de crise de l'image-mouvement, mais plutôt sa contemplation excentrique, via le biais de la répétition et de la variation. Le personnage a un but, il n'erre pas, il assimile des codes nichés dans des boites d'allumettes, comme de palier d'un jeu vidéo. Son but ultime, tu le connais, pas besoin de spoiler. Peut être il y a contemplation du temps comme expérience, mais je ne pense pas qu'il faille citer Deleuze, mais davantage le texte d'Eco : "Innovation et répétition".
Mais ce n'est que mon avis.
C'est vrai que le personnage a un but, que, même s'il y a répétition, on finit par un moment occulter, du fait qu'il semble errer. D'où le rapprochement que je fais avec Deleuze. Mais oui, il a un objectif donc on est pas tout à fait au même niveau que d'autres oeuvres, comme le Antonioni, donc. Je ne connais pas, par contre, le texte d'Eco, je vais aller y jeter un coup d'oeil. Merci d'éclairer ma lanterne Yann :)
C'est effectivement un film qui laisse très dubitatif. Mais non moins intéressant.
qu'un simulacre de suspense à grand renfort de rebondissements puisqu'on sait d'avance comment ça va se terminer : les vilains vaincus et le héros légèrement égratigné qui se tape la bimbo... Non,
il y a dans "The limits of control" un vrai suspense, on se demande tout le long ce qui va se passer ensuite, et comment ça va se terminer. Et il y a un petit côté jubilatoire à subir le rythme
lent du film malgré la curiosité de comprendre et de connaitre le dénouement... Un dénouement qui finalement est à l'image du film. En tout cas, la façon dont le personnage principal réussi à
s'introduire dans la forteresse pour accomplir sa mission est pour moi l'une des chose les plus extraordinaire que j'ai pu voir dans un film ! Et qui nous rappelle qu'en tant que spectateur on a
aussi un cerveau et une imagination, et qu'on est prié de les amener avec nous quand on va au cinéma.