Dimanche 6 décembre 2009 7 06 /12 /2009 12:08




Sortie: 02 décembre 2009

> L'histoire: L'histoire d'un mystérieux homme solitaire, dont les activités restent en dehors de la légalité. Il est sur le point d'achever une mission, dont l'objet n'est pas dévoilé. A la fois concentré et rêveur, notre homme accomplit un voyage à travers l'Espagne, mais aussi à l'intérieur de sa conscience...

Autant être honnête tout de suite, je ne connais malheureusement que très peu le cinéma de Jim Jarmusch. Ce qui ne saurait tarder au vu de la rétrospective organisée en ce moment au Champo à Paris ou aux multiples dvd qui gisent sur les étagères de mes amis cinéphiles. C'est avec curiosité, donc, que j'ai découvert ses fameuses Limits of Control, un drôle de film contemplatif et particulièrement déconcertant. Le cinéaste y suit les errances d'un homme mystérieux (Isaach de Bankolé) à travers l'Espagne, à la mission inconnue et au control freak hallucinant. Répétant inlassablement les mêmes gestes, commandant deux expressos dans deux tasses séparées, allant au musée découvrir un et un seul tableau à la fois... Entre temps, il rencontrera sur son chemin un nombre impressionnant de personnages, aussi énigmatiques que lui, lui apportant à chaque fois une même boite d'allumettes (verte ou rouge) cessée le guider vers son objectif final. Comme si il dépendait d'une organisation plus grande dont il ne serait que le simple jouet. Ballotté de villes en villes, il nous emmènera alors avec lui dans sa balade mélancolique et fascinante, à la rencontre de paysages espagnols peu explorés cinématographiquement. Qui plus est par un cinéaste américain. D'ailleurs, The Limits of Control est avant tout une oeuvre qui réfléchit à ces fameuses limites du cinéma, à l'instar de cette mise en abyme orchestrée par Tilda Swinton. Perruque blanche et bottes léopards, celle-ci lui explique qu'elle n'aime rien de plus au cinéma que les films qui rendent compte d'une certaine époque, où les personnages ne parlent quasiment pas, avant qu'ils s'arrêtent tous les deux brusquement de parler créant un comique de situation particulièrement piquant. A l'image de cet humour froid qui viendra rythmer tout le film.


Là se situe l'intérêt principal de ce qui ressemble avant tout à un grand exercice de style, Jim Jarmusch embarquant dans son aventure ses amis comédiens, apparaissant chacun une dizaine de minutes, tout au plus. De Gael Garcia Bernal à Hiam Abbass. Car The Limits of Control s'inscrit avant tout dans un courant cinématographique particulier, démarré, majoritairement en Europe, à la fin des années 50. Ce qu'un grand philosophe, que l'on surnommera mister D., définira comme "l'image-temps". Dans ce corpus de films, les personnages ne sont plus dans l'action mais dans la contemplation d'un monde que l'on ne perçoit alors plus de la même manière après les massacres de la seconde guerre mondiale. En regardant The Limits of Control, on pense à La Notte, de Michelangelo Antonioni, où Jeanne Moreau, tel Isaach de Bankolé, errait dans les rues italiennes, sans destination particulière ou but précis. De ce postulat découle alors tout une imagerie cinématographique que prend le temps de récréer Jim Jarmusch, citant explicitement Le mépris de Jean-Luc Godard, proposant sa propre version de la femme fatale (Paz de la huerta, intégralement nue à chacune de ses apparitions), définissant chacun de ses personnages non pas par un nom mais par des petites habitudes (les lunettes, le cigare, les cafés, l'amour du cinéma...). Dès lors,  le cinéaste livre une oeuvre extrêmement minutieuse, reposant sur une mise en scène totalement contrôlée, aussi bien dans le choix des cadres que le moindre mouvement de caméra. Bercée par la musique magnétique de Sunn O))) et Boris. Un film exigeant, donc et, il faut bien le dire, passablement ennuyeux d'où émerge pourtant une réelle fascination, comme un voyage hors du temps dans les rues solaires d'une Espagne moderne. Etrange et envoûtant, monotone et apaisant.




1. Alex Descas: Rapt
2. Tilda Swinton: L'étrange histoire de Benjamin Button
3. Hiam Abbass: Espion(s)

Crédit photo: Le Pacte

Par Limess - Publié dans : En salle en 2009
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Commentaires

J'ai tous les Jarmusch (sauf son doc Year of the horse), ils sont à toi quand tu veux...
Commentaire n°1 posté par Rob le 06/12/2009 à 13h19

Je suis extrêmement preneuse. Plutôt vers le mois de janvier, que je finisse tous mes films sur l'adolescence, dont tu es déjà l'un des plus gros fournisseurs en dvd !

Réponse de Limess le 06/12/2009 à 15h11
Ton incise sur Deleuze est intéressante, mais je trouve que tu vas un peu vite en besogne.
L'image-temps était, selon Deleuze, avant tout une crise de l'image mouvement (action-réaction). Dans le Jarmusch, je ne pense qu'il y ait de crise de l'image-mouvement, mais plutôt sa contemplation excentrique, via le biais de la répétition et de la variation. Le personnage a un but, il n'erre pas, il assimile des codes nichés dans des boites d'allumettes, comme de palier d'un jeu vidéo. Son but ultime, tu le connais, pas besoin de spoiler. Peut être il y a contemplation du temps comme expérience, mais je ne pense pas qu'il faille citer Deleuze, mais davantage le texte d'Eco : "Innovation et répétition".
Mais ce n'est que mon avis.
Commentaire n°2 posté par yann le 06/12/2009 à 14h49

C'est vrai que le personnage a un but, que, même s'il y a répétition, on finit par un moment occulter, du fait qu'il semble errer. D'où le rapprochement que je fais avec Deleuze. Mais oui, il a un objectif donc on est pas tout à fait au même niveau que d'autres oeuvres, comme le Antonioni, donc. Je ne connais pas, par contre, le texte d'Eco, je vais aller y jeter un coup d'oeil. Merci d'éclairer ma lanterne Yann :)

Réponse de Limess le 06/12/2009 à 15h10
point de vue intéressant... je reviens tout juste de voir ce film et je ne sais pas encore trop quoi en penser... :)
Commentaire n°3 posté par Phil Siné le 06/12/2009 à 16h55

C'est effectivement un film qui laisse très dubitatif. Mais non moins intéressant.

Réponse de Limess le 14/12/2009 à 12h36
Je viens de voir ce film, et je ne vous rejoins pas sur le côté ennuyeux. J'ai trouvé au contraire qu'il y avait un suspense intenable. Pas celui des grosses productions habituelles, qui n'est
qu'un simulacre de suspense à grand renfort de rebondissements puisqu'on sait d'avance comment ça va se terminer : les vilains vaincus et le héros légèrement égratigné qui se tape la bimbo... Non,
il y a dans "The limits of control" un vrai suspense, on se demande tout le long ce qui va se passer ensuite, et comment ça va se terminer. Et il y a un petit côté jubilatoire à subir le rythme
lent du film malgré la curiosité de comprendre et de connaitre le dénouement... Un dénouement qui finalement est à l'image du film. En tout cas, la façon dont le personnage principal réussi à
s'introduire dans la forteresse pour accomplir sa mission est pour moi l'une des chose les plus extraordinaire que j'ai pu voir dans un film ! Et qui nous rappelle qu'en tant que spectateur on a
aussi un cerveau et une imagination, et qu'on est prié de les amener avec nous quand on va au cinéma.
Commentaire n°4 posté par JB le 25/02/2010 à 13h09

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