Mardi 17 novembre 2009 2 17 /11 /2009 17:00




Sortie: 18 novembre 2009

> L'histoire: Homme d'industrie et de pouvoir, Stanislas Graff est enlevé un matin comme les autres devant son immeuble par un commando de truands. Commence alors un calvaire qui durera plusieurs semaines. Amputé, humilié, nié dans son humanité, il résiste en ne laissant aucune prise à ses ravisseurs. Il accepte tout sans révolte, sans cri, sans plainte, c'est par la dignité qu'il répond à la barbarie. Coupé du monde, ne recevant que des bribes d'informations par ses geôliers, Graff ne comprend pas que personne ne veuille payer la somme qui le délivrerait. Au-dehors, son monde se fissure au fur et à mesure de la révélation de sa personnalité. Tout ce qu'il avait réussi à garder d'intimité, son jardin secret, est révélé à sa famille par l'enquête de police ou celle de la presse. Chacun découvre un homme qui est loin de ressembler à celui qu'il imaginait.

En transposant l'affaire du baron Empain à notre époque, Lucas Belvaux tisse une toile de fond politique et sociale particulièrement intelligente, donnant à Rapt une certaine résonnance actuelle. Suivant l'enlèvement de Stanilas Graff, l'actionnaire principal d'un grand groupe industriel, devenant malgré lui le symbole d'une classe supérieure déconnectée de la réalité. Lui qui claquait des sommes folles en pleine crise économique. Malgré tout, Rapt n'en est pas pour autant une réussite. Loin de là. Car, en reconstituant ce fameux enlèvement, Lucas Belvaux se perd au contact d'un scénario trop soucieux de retranscrire l'intégralité de l'événement. Construisant son oeuvre comme un aller-retour constant entre la capture et le monde extérieur. Le problème, c'est que, autant si la partie avec Yvan Attal arrive à bien tenir la route, on ne croit pas une seconde à tout ce qui se passe en dehors. La faute à une mise en scène volontairement théâtrale et froide, portée par des comédiens mécaniques et des répliques bien trop écrites. Un manque de crédibilité qui, au lieu de participer à l'atmosphère générale, dérange plus qu'autre chose. Il en découle dès lors un certain scepticisme, y compris dans la vraisemblance des situations, à commencer par les traques et autres courses poursuites menées tambours battants par les forces de l'ordre. Et là où le contexte social ancrait son film dans une certaine réalité, il pêche au contraire au niveau de l'intrigue, créant un ensemble finalement assez casse gueule.


Transformant l'histoire centrale en une affaire de fric, Rapt conjugue dès lors une série de rebondissements plutôt redondants, créant un film de moins en moins passionnant. Jusqu'à ce que Stanilas Graff soit enfin libéré, revitalisant le tout dans une dernière partie aussi surprenante qu'émouvante. Rehaussant instantanément le niveau global de l'oeuvre malgré son arrivée tardive. De retour à sa quotidienneté, l'industriel va alors se confronter à une réalité différente, engendrée par les multiples scandales et autres révélations fracassantes. Cela, on le doit notamment à la performance admirable de Yvan Attal, tout en fragilité et en subtilité, dans un rôle radicalement différent de tout ce qu'il a pu faire auparavant. Soit un bilan plutôt en demi teinte pour Rapt, oeuvre qui avait pourtant toutes les cartes en main pour être un excellent thriller mais qui se révèle, au final, plutôt décevant en son genre. C'est bien dommage.




1. Yvan Attal: Partir
2. Anne Consigny: La première étoile / Le dernier pour la route / Les herbes folles
3. Gérard Meylan: L'armée du crime


Crédit photo: Diaphana Films

Par Limess - Publié dans : En salle en 2009
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