
COUP DE COEUR
Sortie: 16 décembre 2009
> L'histoire: Grégoire Canvel a tout pour lui. Une femme qu'il aime, trois enfants délicieuses, un métier qui le passionne. Il est producteur de films. Révéler les cinéastes,
accompagner les films qui correspondent à son idée du cinéma, libre et proche de la vie, voilà justement sa raison de vivre, sa vocation. Grégoire y trouve sa plénitude, il y consacre presque
tout son temps et son énergie. Hyperactif, il ne s'arrête jamais, sauf les week-end qu'il passe à la campagne en famille : douces parenthèses, aussi précieuses que fragiles. Avec sa prestance et
son charisme exceptionnel, Grégoire force l'admiration. Il semble invincible. Pourtant sa prestigieuse société de production, Moon Films, est chancelante. Trop de films produits, trop de risques
pris, trop de passifs; les menaces se précisent. Mais Grégoire veut continuer d'avancer, coûte que coûte. Jusqu'où cette fuite en avant le conduira-t-il ? Un jour, il est obligé de voir la
réalité en face. Alors surgit un mot : l'échec. Et une grande lassitude, qui va bientôt, secrètement, prendre la forme du désespoir.
Repérée il y a près de deux ans avec Tout est pardonné, Mia Hansen-Love fait partie de cette jeune génération de
réalisatrices françaises renouvelant un paysage cinématographique jusqu'alors très masculin. Elle qui se place aux côtés de Lola Doillon ou autres
Céline Sciamma dont on a pu découvrir les premiers longs métrages a une période similaire et dont on attend la suite avec une impatience non
dissimulée. Une chose faite, donc, pour Mia Hansen-Love dont Le Père de mes enfants marque la deuxième réalisation. Elle y suit le personnage de
Grégoire Canvel, un producteur de films comme on aimerait en avoir plus, accompagnant la création d'oeuvres aux budgets limités, aux réalisateurs obscurs et sujets divers, mais néanmoins
indispensables à la diversité du septième art. Un "héros" ordinaire, en somme, nous plongeant dans les coulisses d'un autre versant de l'industrie cinématographique où l'amour se mêle à l'art et
l'art à l'argent... Car, face à la réalité économique et les changements profonds de la distribution, de l'exploitation ou du rapport qu'entretient le public avec le cinéma, Grégoire est un de
ces derniers résistants face à la mutation de ce système, croyant encore à la possibilité de proposer autres choses. Mais pour combien de temps ? S'inspirant du fait divers autour du
suicide d'Humbert Balsan, producteur, entre autres, de Claire Denis ou d'Elia Suleiman, Mia Hansen-Love dresse ainsi le portrait d'un homme à part, des
bureaux parisiens aux plateaux de tournage perdus en pleine nature. Filmant sa passion et son acharnement à toute épreuve, quitte à sacrifier sa vie de famille. Car alors que le film aurait pu
exclusivement se centrer sur cette trame scénaristique, la cinéaste dévie lentement de son objet principal, passant de la sphère publique à celle privée, de l'homme de terrain au père de famille.
Mettant alors l'attention sur les siens.

Habilement scindé en deux parties, autour d'un avant et d'un après, Mia Hansen-Love s'applique dans un premier temps à restituer la complexité de cette famille en apparence disloquée mais, en
réalité, on ne peut plus soudée. Des week-end à la campagne ou autres vacances en Italie. Peu présent au quotidien, Grégoire semble néanmoins faire office de pilier central de l'édifice, lui que
l'on attend même aux heures les plus tardives pour réaliser un petit spectacle. Avec émotion et subtilité, la cinéaste donne alors à voir la chute progressive de cette figure paternelle, tombant
peu à peu de son pied d'estale. Celui que l'on croyait invincible devenant bientôt celui que l'on doit porter et soutenir, jusqu'à sa disparition la plus totale. Brutalement. Sans prévenir. Dès
lors, Le Père de mes enfants se mute en une déclaration d'amour intense et sensible, autour de ce travail du deuil et le pouvoir qu'est la transmission. A travers le transfert d'une passion ou
d'un amour du métier, passant désormais d'une génération à une autre. De secrets, plus ou moins enfouis, aussi. Porté par Louis-Do de Lencquesaing et la
révélation Alice de Lencquesaing, Le Père de mes enfants est ainsi une oeuvre délicate et forte, particulièrement réaliste quant il s'agit de traiter de cette
entité universelle qu'est la famille. Et si l'on peut regretter quelques dialogues trop écrits, parfois, il n'en reste pas moins une des plus belles surprises de cette fin d'année, douce, fragile
et poignante.
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Crédit photo: Les Films du losange
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