Sortie: 28 octobre 2009
> L'histoire: Irène et le cinéaste. Relation forte et en même temps pleine d'ombres. Irène disparaît. Reste un journal intime retrouvé des années après. Une fraîcheur. Une
attirance. Un danger. Comment faire un film ?
Drôle de parcours que celui d'Alain Cavalier, cinéaste parmi tant d'autres dans les années 70, tournant avec les plus grandes actrices de l'époque
(Catherine Deneuve, Romy Schneider) avant de s'isoler progressivement. Profitant des avancées technologiques pour se
tourner vers une forme de cinéma brut, d'un minimalisme extrême. Irène, à l'image de ses Portraits précédents,
s'apparente à une sorte de journal intime où le cinéaste, caméra DV au poing, enregistrerait tout ce qui se trouve à sa portée. Commentant en direct les images qu'il capture. Pourtant, Irène
n'est pas une oeuvre "gratuite", Alain Cavalier organisant une cohérence scénaristique autour de la découverte d'un journal intime, écrit en 1971. Quelques mois seulement avant le décès
de son épouse, Irène. Celle qui côtoyait son quotidien sans que le cinéaste ne la filme pourtant un jour. Mais que reste t-il alors pour Alain Cavalier de cette femme ? Des
souvenirs. Quelques photos. Des meubles et des objets. Une maison aujourd'hui terriblement silencieuse. Car avec Irène, le cinéaste filme presque exclusivement du vide, expliquant en off les
différents événements liés à ces objets. C'est cette lampe qu'Irène aimait beaucoup à cause de l'oiseau. Ce téléphone avec lequel on lui annonça sa mort. Arrivant à retranscrire à l'écran le
poids du deuil et de la solitude. Sans prévenir, le film se fait dès lors particulièrement émouvant, Alain Cavalier surprenant dans sa capacité à recréer une présence féminine. Que ce soit en
positionnant une couette d'une manière singulière ou en disposant des boules sur un matelas, donnant à voir l'anatomie d'une femme. Comme un fantôme qui le hanterait encore et toujours, près de
trente ans après les faits.
Mais Irène, c'est aussi une réflexion sur l'hommage en général et le pouvoir du
cinéma, le réalisateur créant son oeuvre quasi en direct, allant jusqu'à expliquer les plans qu'il enregistre. Car Alain Cavalier s'interroge, lui qui cherche la meilleure façon de parler de
celle qu'il aimait, construisant son film comme une sorte de progression, comme si il redécouvrait les lignes de son journal intime au fur et à mesure de son tournage. Ce processus lui permet
alors de recréer imaginairement cette relation, aussi forte que chaotique, ne cachant jamais les côtés obscures d'Irène. Dès lors, Alain Cavalier filme tout, de son quotidien aux objets qui
l'entourent, laissant le réel s'immiscer dans les souvenirs. A l'image de cette chute dans les escalators où on y voit la caméra tournoyer avant de s'éteindre complètement. Ainsi, Irène est sans
conteste une proposition de cinéma particulièrement rare, une expérience aussi sensible que minimaliste. Avec pudeur, Alain Cavalier donne à voir les aléas d'une vie, entre amour et solitude, lui
qui n'est pas totalement remis de cette disparation brutale. Intense et étrange, tragique et touchant.
Crédit photo: Pyramide Distribution
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