Dimanche 3 janvier 2010 7 03 /01 /2010 08:00

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Sortie: 30 décembre 2009

> L'histoire: Paris, 1913, Igor Stravinsky (Mads Mikkelsen) présente le Sacre du Printemps à Paris, représentation houleuse à laquelle assiste la couturière Coco Chanel (Anna Mouglalis). Plusieurs années plus tard, suite à la révolution russe, celle-ci lui propose de venir vivre chez elle avec sa famille, le temps de retrouver l'inspiration... Commence alors une liaison passionnée entre les deux créateurs...

De Frédéric Beigbeder à Coco Chanel, il n'y a qu'un pas pour Jan Kounen, cinéaste français éclectique en perpétuelle évolution. Passant des immeubles high tech et autres soirées branchées à la maison de campagne d'une jeune couturière, bientôt spectatrice d'une romance aussi destructrice que salvatrice. Coco Chanel et Igor Stravinsky. Deux artistes de leur temps. L'une dans la mode, l'autre dans la musique, révolutionnant un art chacun de leur côté. Créant une nouvelle composition musicale ou un parfum à l'essence bientôt légendaire. Sans s'attacher pointilleusement à la relation naissante entre ces deux personnages, Jan Kounen fait d'abord le choix judicieux de se placer de trois points de vue différents: Igor, Coco et Catherine, la femme de celui-ci, spectatrice impuissante d'une attirance beaucoup plus physique qu'émotionnelle. Car alors que les enfants jouent dans le jardin, celle-ci guettera le moindre silence assourdissant, envahissant la maison à l'orée des ébats des deux amants. Et comment lutter contre une femme comme Coco, indépendante, libre et lumineuse quant on est soi même malade et à la charge de celui qui se dit encore notre époux. Dès lors, le cinéaste choisit de donner à Coco Chanel le mauvais rôle, celui de la mante religieuse sans scrupule, prête à tout pour assouvir ses désirs les plus bas... Pour la création ? Car là réside tout l'enjeu de l'oeuvre de Jan Kounen: donner à voir la naissance de l'acte créateur à travers celle d'une relation tumultueuse, de la passion puis la frustration créées par Coco Chanel chez Igor Stravinsky. Et alors que celle-ci se nourrit de son influence afin de faire évoluer sa ligne de vêtement, elle poussera volontairement le compositeur dans des souffrances les plus extrêmes, dans le but ultime de servir encore et encore ses compositions à venir. Ainsi, si l'on peut voir dans Coco Chanel & Igor Stravinsky une peinture peu reluisante de la créatrice, le film propose aussi une tout autre lecture et un autre portrait possible, faisant de Coco Chanel un être entier, prêt à tout pour l'acte créateur, quitte à en faire souffrir plus d'un...

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Sur un rythme plutôt lent et au combien envoûtant - à l'image de ces multiples symboles psychédéliques reprenant les couleurs Chanel - et de façon tout à fait épurée, Jan Kounen évite avec intelligence le biopic pur au profit d'un portrait en filigrane, faisant d'Igor Stravinsky le miroir de la personnalité de Coco Chanel. Elle est une femme de prestance, imposante, sûre d'elle, à la manière dont elle capte instantanément son attention avant de lui proposer de manière très directe de s'installer chez elle. Indépendante et complètement libre, ne se souciant pas de ce que l'on peut penser d'elle, ni de ses actes. Elle est aussi une femme de caractère, ne faisant que ce qu'elle souhaite, provoquant sans complexe Stravinsky alors que son épouse l'attend à l'étage. Et, c'est quand celui-ci sombrera petit à petit dans les joies de l'alcool, s'enfermant progressivement dans sa musique - magnifiques séquences où l'on découvre un Stravinsky couché dans l'herbe, cherchant l'inspiration au milieu de la nature - que la figure de Coco Chanel explosera, elle qui apparaîtra alors comme une femme à la fois froide mais d'une grande détermination, soit une personnalité très complexe dont le succès professionnel et personnel n'est en fait que la suite logique. Dans ce rôle, Anna Mouglalis, elle-même égérie Chanel depuis plusieurs années, est à ce titre la perfection même, s'imposant à l'écran par son physique longiligne, sa voix grave et sa très grande prestance. Prenant l'ascendant sur son partenaire, le très attendrissant Mads Mikkelsen, attachant en petit homme pris dans les filets de l'araignée Chanel. Ainsi, si le film de Jan Kounen tisse les liens d'une attirance physique et intellectuelle, dénuée de sentiments, il en découle une oeuvre d'une grande froideur mais d'une élégance folle, à l'image de cette héroïne, de la marque qu'elle représente et des tenues si célèbres qu'elle crééra au long de sa carrière. Soit un long métrage particulièrement surprenant, d'autant plus venant de ce cinéaste ci - 99 F étant l'opposé même - bercé par une superbe composition musicale signée non pas Stravinsky mais Gabriel Yared...

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> Festival international de Cannes 2009: Film de clôture

Crédit photo: Wild Bunch Distribution

Par Limess - Publié dans : En salle en 2009
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