Vendredi 12 juin 2009 5 12 /06 /2009 15:10



> La chute d'Icare, de Bruegel

Dans le cadre de la rétrospective sur Lars Von Trier et du festival Agora organisé par l'Ircam, le centre Pompidou a mis en place une rencontre entre trois artistes travaillant, à travers leurs oeuvres, autour de la figure du labyrinthe. Le cinéaste Lars Von Trier, donc, par visioconférence, Mark Danielwski, un écrivain américain et Brian Ferneyhough, un compositeur anglais. Le but ? Amener à réfléchir sur la représentation, dans leurs oeuvres respectives, de l'ordre et du chaos et de la supériorité de la forme sur le fond.

Le débat s'ouvrit avec Lars Von Trier autour d'une de ses oeuvres, Le direktor. Pour ce film, le cinéaste a voulu travailler en étroite collaboration avec un ordinateur, à travers un logiciel qu'il a inventé. Ce programme informatique permettait d'utiliser le cadrage assisté qui réglait automatiquement les plans. Modifiant la hauteur, les angles, les mouvements de caméra... Dans sa logique, il ne pouvait donc pas retraiter le son et l'image avec l'ordinateur, mais il voulait que celui-ci soit, en quelque sorte, indépendant dans son choix de recadrage et de colorisation de l'image. Lars Von Trier s'est ainsi imposé une série de règles qu'il s'est promis de tenir, l'interdisant de retoucher à son film une fois l'image cadrée. Pour lui, les règles que l'on se fixe aide à ne pas retomber dans des formes classiques, la logique étant en quelque sorte, "si j'impose telle condition, il y a telle conséquence". Les règles sont pour lui quelque chose de totalement libérateur, du fait que l'on puisse danser avec et que c'est finalement l'ordinateur qui a le dernier mot ! Cette technique est "un petit jeu" qu'il s'est imposé à lui-même, Lars Von Trier concluant son allocution sur le fait qu'Hollywood ait, bizarrement, "manifesté peu d'intérêt pour cette technique !".

C'est en suite au tour de Mark Danielewski de présenter son oeuvre, ce qui fut pour moi un vrai coup de foudre artistique. A l'aide de diapositives, l'auteur présenta la forme même de son premier livre, La maison des feuilles, où il organisa son histoire comme s'il écrivait un film imaginaire. Le but étant de donner une densité à la page. A l'image. La maison des feuilles est un véritable ovni littéraire: le texte peut être très dense sur certaines pages, ne contenir qu'un mot sur d'autres, se lire à l'envers comme sur le côté. On peut trouver plusieurs textes sur une même page, certains étant écrit comme des notes de bas de pages, d'autres insérés à l'intérieur d'un cadre, en plein milieu. Son livre est ainsi un véritable labyrinthe, emplit de références aussi bien historiques que cinématographiques, mettant certains mots en avant par l'utilisation de couleurs... Mark Danielewski pourrait d'ailleurs être un personnage de l'univers de Michel Gondry, tant il est passionné, fou et créatif. Il termina d'ailleurs sa série de diapositives par des photos personnelles, d'une superbe ex sur une plage à une photo où on le force à boire... provoquant l'hilarité d'un public totalement conquis. Lorsque l'écran se ralluma, Lars Von Trier réapparu, grands yeux dehors, totalement amusé par la performance de Mark Danielewski.

Le débat démarra alors entre les trois intervenants et les médiateurs sur la place du guidage de l'oeil dans une oeuvre, aussi bien au cinéma que dans la littérature, puis sur le geste créatif. Pour Lars Von Trier, qui n'aime pas le mot expérimentation, l'aspect labyrinthe de ses oeuvres est un processus créatif qui n'est pas de l'expérimentation à partir du moment même où il sait ce qu'il fait. Il y a toujours une préparation, consciente ou non. Pour ses trois artistes, le but est de transcendé un média. C'est enfin au tour de Brian Ferneyhourgh de présenter son oeuvre et notamment la pièce musicale qu'il créa autour de cette scène visuelle qu'est le tableau de Bruegel, La chute d'Icare. Il a ainsi créé des rythmes totalement déconnectés les uns des autres, autour d'une structure canonique pour clarinette. Le but étant ainsi de créer une réelle densité, reprenant la structure de "s'il se passe ceci, alors cela".

Lorsque la lumière se ralluma après avoir écouté un moment du morceau, les médiateurs nous annonce que Lars Von Trier a dû malheureusement partir... Avant que celui ne réapparaisse à l'écran, avouant avoir du aller aux toilettes du fait qu'il ait bu trop de vin rouge pour supporter la caméra. Le débat se clôtura d'ailleurs sur une discussion plutôt amusante et surréaliste entre Mark Danielewski et Lars Von Trier, le premier lui expliquant qu'il aimerait beaucoup goûter à ce ce vin, le second lui avouant que c'était une mauvaise piquette française ! Une rencontre qui fut riche et passionnante et qui, outre le plaisir de retrouver Lars Von Trier sur grand écran, me permis de découvrir cet auteur incroyable qu'est Mark Danielwski. Son livre n'est d'ailleurs disponible qu'à une centaine d'euros sur internet... je n'ai plus qu'à me trouver une bonne bibliothèque !

Par Limess - Publié dans : Lars Von Trier
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