Vendredi 17 avril 2009 5 17 /04 /2009 19:00





Sortie: 15 avril 2009

> L'histoire: New Iberia, Louisiane. Le détective Dave Robicheaux est sur les traces d'un tueur en série qui s'attaque à de très jeunes femmes. De retour chez lui après une investigation sur la scène d'un nouveau crime infâme, Dave fait la rencontre d'Elrod Sykes. La grande star hollywoodienne est venue en Louisiane tourner un film, produit avec le soutien de la fine fleur du crime local, Baby Feet Balboni. Elrod raconte à Dave qu'il a vu, gisant dans un marais, le corps décomposé d'un homme noir enchaîné. Cette découverte fait rapidement resurgir des souvenirs du passé de Dave. Mais à mesure que Dave se rapproche du meurtrier, le meurtrier se rapproche de la famille de Dave...

Adapté du best-seller de James Lee Burke, Dans la brume électrique marque les premiers pas de Bertrand Tavernier sur le sol américain, en tant que cinéaste. Peut-être sa dernière fois, aussi, au vu des nombreuses difficultés qu'il a rencontré. Entre les frictions avec Tommy Lee Jones et les producteurs, Bertrand Tavernier a lutté jusqu'au bout pour imposer sa vision de son propre film. Sauf qu'aux Etats-Unis, ce ne sont pas les réalisateurs qui décident du montage final mais bien ceux qui détiennent l'argent... Et dans son combat personnel, si il aura eu le droit de montrer sa version en France, c'est au prix d'une sortie direct to dvd aux USA et de la suppression de la mention "en hommage à Philippe Noiret". Tout se paye ! Cette expédition aux Etats-Unis n'est d'ailleurs pas une surprise au vue du parcours du réalisateur, cinéphile invétéré envers ce pays si singulier, auteur de deux livres sacrés, Amis américains et 50 ans de cinéma américain, cosigné avec Jean-Pierre Coursodon. Une connaissance impressionnante qui lui permet, à travers Dans la brume électrique, de se fondre totalement dans cette culture cinématographique - genre et forme -, et celle, mystérieuse, de la Louisiane. Hanté par des fantômes du passé. Dans la brume électrique est ainsi un film à l'atmosphère totalement hypnotique, berçé au son d'une musique cajun et d'une humidité ambiante. Travaillant sur l'imprégnation d'un passé dans chaque parcelle de terre, colonialisme et esclavage se mêlant aux ravages de Katrina.

Le film suit ainsi l'inspecteur Robicheau, un homme aussi bourru qu'attachant, rongé par ses erreurs du passé - il est un ex-alcoolique - et une violence interne qu'il cherche à maîtriser. Affecté à une enquête sur le meurtre de plusieurs jeunes femmes, il tombe sur les restes d'un cadavre très ancien qui réveillera en lui de vieux démons. Alors que la bande annonce laissait croire à un thriller mouvementé et emprunt des grands codes hollywoodiens, Dans la brume électrique est un film qui les prend, au contraire, à contre courant. Dans un style presque contemplatif, Bertrand Tavernier se perd ainsi dans les méandres d'une intrigue à tiroir, jonglant entre différentes temporalités, deux enquêtes distinctes et divers personnages tourmentés. Au point de perdre, sur un long moment, sa trame principale. Dans la brume électrique plonge ainsi, tout d'abord, dans une sorte d'exploration de ce personnage si enigmatique qu'est Robicheau, auquel Tommy Lee Jones donne une profondeur et une voix lancinante. Presque à l'image de cette Louisiane que Tavernier retranscrit à l'écran. Le film se détache en deux parties distinctes, laissant le temps à la première de voguer dans un champ plus psychologique, se pencher sur ces personnages foisonnants, avant de repartir radicalement dans l'intrigue, suite à un rebondissement tout a fait surprenant. Ainsi, si le film décontenance du côté de son traitement, on n'en reste néanmoins pas moins fasciné par cet univers et les âmes qui le traverse. Aux côtés de Tommy Lee Jones, Bertrand Tavernier dirige un casting aussi impressionnant que percutant, John Goodman en tête, d'une cruauté que l'on ne lui connaissait guère, accompagné de Peter Sarsgaard et Kelly MacDonald, entre autres, dans un rôle proche de celui qu'elle tenait dans No country for old men. Dans la brume électrique est ainsi une oeuvre assez étonnante, proche, en un sens, du Mystic River de Clint Eastwood. Certes, parfois un peu trop lent, mais finalement totalement envoûtant dans son ensemble...


 


1. Tommy Lee Jones: No country for old men
2. Kelly MacDonald: No country for old men


> Festival de la Berlinale de Berlin 2009: en compétition
> Festival du film policier de Beaune 2009: Grand prix


Crédit photo: TFM Distribution

Par Limess - Publié dans : En salle en 2009
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