Sortie: 28 janvier 2009
> L'histoire: S'il a toujours été un fidèle serviteur de son pays, le colonel Stauffenberg s'inquiète de voir Hitler précipiter l'Allemagne et l'Europe dans le chaos.
Comprenant que le temps presse, il décide de passer à l'offensive : en 1942, il tente de convaincre plusieurs officiers supérieurs de la nécessité de renverser Hitler. Un an plus tard, tandis
qu'il se remet de ses blessures de guerre, il rejoint la Résistance allemande pour mettre au point l'Opération Walkyrie destinée à éliminer le Führer. Alors qu'il n'était au départ qu'un des
nombreux conspirateurs, Claus von Stauffenberg se retrouve bientôt en première ligne : c'est lui qui devra assassiner Hitler...
Avec son nouveau film, Bryan Singer, dont Walkyrie est le septième long métrage, continue son exploration d'un
sujet qui lui est cher: le combat d'un ou d'individu(s) contre le mal. C'est Keyser Söze dans Usuals suspects, Lex Lutor ou Magneto dans Superman et X-men... et qui trouve, ici, son apothéose avec Adolph Hitler, figure du mal absolu dans l'histoire mondiale. Le
film suit Clauss Von Stauffenberg, un officier nazi qui, suite à une prise de conscience politique et morale, décide de mettre en place, avec l'aide d'autres hommes, un attentat afin d'éliminer
Hitler et son gouvernement. Un projet dont l'issue finale est connue de tous mais que Bryan Singer, par un tour de force scénaristique, essaye de faire
oublier afin d'imposer un micro suspense. Qui ne prend malheureusement jamais, faute d'une mise en scène quasi inexistante et d'un scénario creux et tiré par les cheveux.
Walkyrie se construit ainsi sur une succession d'expositions de faits et de constats sans qu'aucun individu ne passe vraiment à l'action. Des bureaux aux coups
de téléphone, l'oeuvre est beaucoup trop bavarde, sans pourtant, et de manière contradictoire, ne jamais laisser percevoir la moindre psychologie des personnages. Un manque cruel au
scénario qui ne permet pas de comprendre les réelles motivations de ses anti-héros dont on peine même à croire qu'ils sont réellement allemands. Se cachant derrière la mention "basé sur
des faits réels", Bryan Singer se contente ainsi de poser des pions sur un échiquier d'une histoire déjà écrite. Avec ses gros sabots, il cherche à
réhabiliter dans la conscience collective les actes de bravoure de certains nazis, incarnés ici par un casting éclectique, de Tom Cruise à Kenneth Branagh, ou Billy Nighty - dont on s'attend, à chaque instant, à ce qu'il chante "Christmas is all around you". Sauf qu'à
aucun moment, ses gueules d'acteurs ne sembleront prétendre incarner des officiers allemands... Ni accents, ni jeu particulier dans l'intonation ou dans les gestes, de quoi décevoir après
une introduction en allemand qui laissait la porte ouverte aux plus folles espérances. A croire qu'aujourd'hui, seul Mel Gibson ose encore tourner en langue
originale. Comme si l'entourloupe hollywoodienne voulait ancrer dans les mémoires un autre message où les américains seraient les commanditaires de ses attentats... Dans ce sens, Walkyrie apparaît presque comme une sorte de réécriture malsaine et poussive de l'histoire, fabriquée par cette grosse machine de propagande qu'est encore aujourd'hui
Hollywood.
Mais pire encore qu'une simple propagande en faveur de l'Amérique, Walkyrie, par son vide scénaristique, prend souvent des airs d'apologie de l'acteur déchu
Tom Cruise. Ce film, qu'il produit par sa nouvelle société de production, United Artist - fondée par Charlie Chaplin et
D.W Griffith, entre autres, qui doivent se retourner dans leurs tombes -, représente pour Tom Cruise une sorte de
dernière chance. Lui qui fut viré de la Paramount, mis à mal par les médias pour ses rapports avec la scientologie et dont le dernier film, Lions et agneaux,
avait fait un vrai flop. Tout dans Walkyrie respire le Cruise afin de le remettre sur le devant de la scène, du
choix du personnage à la manière de le filmer ou d'apparaître sur l'affiche. Avec ce film, l'acteur campe ainsi un personnage qui le remet à valeur d'homme, loin du super agent de
Mission: impossible, qu'il interprète avec beaucoup d'humilité. Il est d'abord beau et plein d'entrain avant de se faire défigurer par une attaque, lui
crevant un oeil et lui arrachant un bras. Bryan Singer prend alors le temps de présenter son nouvel héros, en insistant assez lourdement sur son handicape -
il a du mal à mettre sa chemise - faisant ainsi retarder le moment où il montrera l'oeil crevé ! Un processus répétitif durant toute l'oeuvre, trouvant son apothéose dans "le salut nazi à
trois doigts". A bien des titres, Walkyrie apparaît donc comme un film assez malsain, à la fois dans l'idéologie et dans cette sorte de propagande en
faveur de Tom Cruise - dont il sera bien difficile pour lui de revenir totalement sur le devant de la scène. Une oeuvre qui ne bénéficie même pas du suspense
et de l'action attendu, à l'exception d'une ou deux scènes de passage de valise qui laissait le champ libre à Singer de faire preuve de beaucoup de talent.
Walkyrie est donc un échec, que l'on ne peut recommander qu'aux fans de l'acteur... Mais sont-ils encore vraiment nombreux ?
1. Kenneth Branagh: Le limier
Crédit photo: TFM distribution
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