Mercredi 15 avril 2009 3 15 /04 /2009 10:30





Sortie: 08 avril 2009

> L'histoire: Dans le Paris du début du XXème siècle, Léa de Lonval finit une carrière heureuse de courtisane aisée en s'autorisant une liaison avec le fils d'une ancienne consoeur et rivale, le jeune Fred Peloux, surnommé Chéri. Six ans passent au cours desquels Chéri a beaucoup appris de la belle Léa, aussi Madame Peloux décrète-t-elle qu'il est grand temps de songer à l'avenir de son fils et au sien propre... Il faut absolument marier Chéri à la jeune Edmée, fille unique de la riche Marie-Laure. Alors que le moment fatidique approche, Léa et Chéri tentent de se résoudre à cette séparation imminente tout en s'apercevant qu'ils sont beaucoup plus attachés l'un à l'autre qu'ils ne voulaient bien l'admettre.

On savait Stephen Frears passionné de littérature française. C'est aujourd'hui chose confirmée avec la sortie de son nouveau film, Chéri, adapté du roman de Colette. Nombreuses sont d'ailleurs les similitudes entre ce Chéri là et une autre de ses transpositions, à savoir Les liaisons dangereuses. Et pas seulement par la présence de Michelle Pfeiffer, qu'il retrouve onze ans après. Dans Chéri, le monde est lui aussi gouverné par les femmes de caractères - ici, les prostituées - et les faux-semblants, alors que l'amour y est considéré comme une faiblesse. Léa de Lonval, l'une des plus grandes maîtresses de ce Paris de la Belle époque, connaît pourtant les règles mieux qui quiconque mais tombera néanmoins amoureuse de Chéri, fils de sa plus grande concurrente, Madame Peloux. A partir de ce roman, Stephen Frears prend un malin plaisir à tirer le portrait d'une époque dorée, coincée entre deux guerres, où, non content d'avoir échappés au massacre, les gens se révèlaient terriblement insouciants et particulièrement imbus d'eux-mêmes. Avec ces grands décors et ces costumes magnifiques - chaque entrée de Michelle Pfeiffer est une apparition -, Frears met ainsi en place une sorte de bulle où tout le monde boit, mange et couche ensemble. Sauf que pour les femmes, celle-ci ressemble plus à une cage dorée, elles qui usent des apparences et de l'hypocrisie comme personne. Ainsi, Léa retrouve souvent ses amies d'antan dans le jardin de Madame Peloux, toutes sorties d'un film de Fellini - et la reprise de la fameuse scène des seins d'Amarcord -, acceptant difficilement les épreuves du temps sur son visage et son corps. Elle qui était prête à prendre sa retraite avant de rencontrer Chéri. Et c'est d'ailleurs là que Stephen Frears étale ses cartes, mettant en place un drôle de duo entre Michelle Pfeiffer et Kathy Bates - excellente -, misant sur la cruauté de ses femmes aigries et nostalgiques d'une époque révolue où elles contrôlaient encore la fraîcheur de leurs peaux. A ce jeu là, le choix de Michelle Pfeiffer se révèle d'ailleurs incroyable, à la fois pour son talent d'actrice et son visage fatigué par le temps, tiré à quatre épingles par quelques opérations que l'on devine facilement.

Une belle mise en bouche qui nous ferait presque oublier que l'action principale est en fait ailleurs. Car Chéri, c'est avant tout l'histoire d'une idylle improbable entre un jeune homme de 19 ans - Rupert Friend, mister Keira Knightley, un peu palot et fébrile pour le rôle - et une vieille courtisane. Sauf que Frears semble ne s'y intéresser que très moyennement, passant sous silence leurs six ans de vie commune pour mieux se recentrer sur leurs douleurs respectives, quand viendra l'heure des séparations. Dès lors, Chéri se décline comme une longue mise en parallèle entre la souffrance de Léa et de Chéri, l'une à Paris, l'autre auprès de la femme qu'on lui a imploré d'épouser. Sauf que là où Stephen Frears excellait dans la mise en place de la cruauté et des revers de sentiments à travers Les liaisons dangereuses, il est ici extrêmement assagit, livrant une oeuvre d'une rare fadeur. Comme si il avait réservé ce flot de sentiments pour les rencontres entre Léa et Madame Pelloux, oubliant au passage d'arroser un peu son intrigue première. Un déséquilibre certain, au point que Chéri ressemble, au final, à s'y méprendre à cette Belle époque que le réalisateur prend le temps de décrire. Éphémère et très surfait, qui s'évaporera en même temps que son héroïne, dès le noir et les premières notes du générique.


 


> Festival de la Berlinale de Berlin 2009: en compétition


Crédit photo: Pathé distribution

Par Limess - Publié dans : En salle en 2009
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