Sortie: 23 janvier 2008
> L'histoire: A la frontière qui sépare le Texas du Mexique, les trafiquants de
drogue ont depuis longtemps remplacé les voleurs de bétail. Lorsque Llewelyn Moss tombe sur une camionnette abandonnée, cernée de cadavres ensanglantés, il ne sait rien de ce qui a conduit à ce
drame. Et quand il prend les deux millions de dollars qu'il découvre à l'intérieur du véhicule, il n'a pas la moindre idée de ce que cela va provoquer... Moss a déclenché une réaction en chaîne
d'une violence inouïe que le shérif Bell, un homme vieillissant et sans illusions, ne parviendra pas à contenir...
Après quelques comédies mineures mais néanmoins sympathiques (Intolérable cruauté, Ladykillers), les frères Coen reviennent sur le devant de la scène avec No country for old men. L'occasion pour eux de retrouver un thème cher à leurs
coeurs: comment des loosers se retrouvent pris dans une intrigue qui les dépassent. Et à bien des titres, ce film n'est pas sans rappeler des oeuvres plus anciennes des deux frangins,
Blood simple ou Fargo par exemple, sur le fond comme sur la forme. Depuis leurs premiers films, les frères Coen n'ont pas cessé de rendre hommage au cinéma
des années 40-50, que ce soit au niveau technique qu'au niveau esthétique. No country for old men n'échappe à la règle. Avec ce film, les réalisateurs
trouvent une nouvelle fois l'occasion de faire du grand cinéma: long travelling, caméra subjective, plans cherchés... Peu de réalisateurs aujourd'hui encore étudient aussi minutieusement chaque
parcelle de plans. Mais ce n'est pas seulement ça. Si la technique est absolument sublime, c'est qu'elle participe à un ensemble, n'est pas seulement là pour elle-même ni pour impressionner
les autres. Elle joue sur l'immersion dans l'histoire. Ouverture du film: un désert, une atmosphère sèche et lourde, un soupçon de vent. Simple et efficace. Car leurs films, se sont d'abord des lieux, des endroits qui vont imprégner toute une
intrigue. Ici, ils retrouvent le Texas et ses paysages désertiques (divine photographie), endroit parfait pour une chasse à l'homme. C'est une voix-off qui nous accueille, comme il est coutume
chez les Coen, celle lancinante et grave de Tommy Lee Jones. "Il est impossible de se comparer aux anciens et de se
demander ce qu'ils feraient aujourd'hui". Le ton est donné. En prenant le temps d'installer l'action et le décor, les frères Coen gagnent en intensité. No country
for old men fonctionne par cette tension qui monte en crescendo, jamais trop rapide mais toujours plus angoissante. Llewelyn est un cow-boy (Josh
Brolin, impeccable), tout ce qu'il y a de plus classique. S'est en chassant dans le désert qu'il tombe sur la mallette pleine de frics et saisit la chance de sa vie. Peut être aurait-il dû
se méfier car sur ses traces, les trafiquants de drogues vont lancer Chigurgh (impressionnant Javier Bardem), sa coupe improbable et sa bonbonne à pression.
La mise en scène des frères Coen tient en haleine le spectateur de bout en bout. On suit donc la traque de Llewelyn, pas toujours conscient
de la barbarie qui se prépare. Et si l'on est tant accaparé par cette histoire, c'est que les réalisateurs donnent aux spectateurs une place de choix. Celle au premier rang à
l'aide d'une caméra subjective. Si Llewelyn attend Chigurgh dans sa chambre, c'est nous qui regardons cette porte et découvrons les ombres... Pas besoin de musique pour créer de la
tension (ici, inexistante), juste de l'expérience et de la créativité. Et pour cela, les frangins sont réellement des rois.
No country for old men s'inscrit à merveille dans la filmographie des frères Coen. Par le thème, la manière de mettre en scène et le regard qu'ils portent sur la
société (le même que dans Blood simple). Car si le film se situe dans les années 80, c'est bien la société contemporaine qui est montrée du doigt. Leur constat: non, ce pays n'est pas pour le
vieil homme. Lui, c'est le shérif Bell, une profession qu'on exerce dans la famille de génération en génération. C'est dérouté qu'il découvre les nouvelles règles d'aujourd'hui. Le bon, la
brute et le truand n'existent plus depuis longtemps. Dur quand on vit hors du temps. Il y a donc Chigurgh et Llewelyn d'un côté, laissant derrière eux un nombre incalculable de cadavres pour
autant de litres de sang déversés. De l'autre, ce shérif qu'incarne à la perfection Tommy Lee Jones (abonné à ce rôle). Comme toujours chez les Coen, c'est avec beaucoup d'humour noir que l'on
regarde les choses qui nous entourent. Ces scènes de pause où l'on retrouve le shérif en train de boire un café ou lire le journal, permettent non seulement de faire durer l'action principale,
mais de s'arrêter un instant sur ce qu'on vient de voir. Comme le shérif, on reste interloqué par tant de violence, ne cherchant finalement même plus à comprendre. Beaucoup trouveront la fin
assez surprenante. Elle est pourtant totalement adaptée à la situation. Car au final, si l'histoire principale nous accapare presque tout notre temps, c'est bien le shérif qui est le personnage
principal de l'intrigue, et non pas Llewelyn. C'est lui qui ressemble le plus au spectateur. Lui qui est là comme témoin du drame et de la boucherie qui se déroule sous ses yeux. Cette fin
semble même parfaitement logique et s'inscrit au final dans un film qui restera longtemps dans le coeur du public. Car No country for old men est un très grand film, pas le meilleur des frères
Coen (petite préférence pour Fargo) mais presque. A en friser le chef d'oeuvre !
> Présentation au festival international de Cannes 2007: sélection officielle - en compétition
> Golden globes 2008: meilleur second rôle masculin, meilleur scénario / Nominations meilleur film dramatique, meilleur
réalisateur
> BAFTA 2008:
meilleur réalisateur, meilleur second rôle masculin, meilleure photographie / Nominations meilleur
film, meilleur scénario adapté, meilleur second rôle masculin, meilleur second rôle féminin, meilleur montage, meilleur son
> Oscars 2008: meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur second rôle masculin, meilleur scénario adapté / Nominations meilleure photographie, meilleur montage, meilleur son, meilleur montage sonore
Crédit photo: Paramount Pictures France
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