Sortie: 4 mars 2009
> L'histoire: Aventure à la fois complexe et mystérieuse sur plusieurs niveaux, "Watchmen - Les Gardiens" - se passe dans une Amérique alternative de 1985 où les super-héros
font partie du quotidien et où l'Horloge de l'Apocalypse -symbole de la tension entre les Etats-Unis et l'Union Soviétique- indique en permanence minuit moins cinq. Lorsque l'un de ses anciens
collègues est assassiné, Rorschach, un justicier masqué un peu à plat mais non moins déterminé, va découvrir un complot qui menace de tuer et de discréditer tous les super-héros du passé et du
présent. Alors qu'il reprend contact avec son ancienne légion de justiciers -un groupe hétéroclite de super-héros retraités, seul l'un d'entre-eux possède de véritables pouvoirs- Rorschach
entrevoit un complot inquiétant et de grande envergure lié à leur passé commun et qui aura des conséquences catastrophiques pour le futur. Leur mission est de protéger l'humanité... Mais qui
veille sur ces gardiens ?
Commencer par dire que je n'ai pas
lu le roman graphique d'Alan Moore et de Dave Gibbons s'avère primordial tant Watchmen se révèle d'une complexité différente selon la connaissance de l'oeuvre ou non. Publié entre septembre 1986 et octobre 1987, il est considéré par le
Times comme l'un des "100 meilleurs romans en langue anglaise depuis 1923" et a donc, bien entendu, déjà faillit être adapté un bon nombre de fois à l'écran. Mais alors que
Terry Gilliam, Paul Greengrass ou Darren Aronofsky s'y sont cassés les dents, c'est
à Zack Snyder qu'est revenu ce privilège, le réalisateur de l'insupportable 300. Et en tant que fan de
l'oeuvre originale, il a voulu rester le plus fidèle possible, gardant pour cela sa construction touffue. Un choix qui fait de Watchmen un
film extrêmement dense et riche, au point de perdre parfois quelques spectateurs en route. L'oeuvre de Zack Snyder repose ainsi sur une sorte de
melting-pot de formes, mélangeant présent, flash-back et utilisation d'une voix-off, afin de présenter, chacun à leur tour, les différents personnages, leurs particularités et leurs passés.
Une sorte de puzzle, assez complexe, mais qui se met progressivement en ordre tout en laissant néanmoins de côté quelques éléments de l'intrigue, pas toujours très clairs - Dr Manhattan et
la planète Mars, par exemple.
Mais une fois passé ce petit temps
d'adaptation, Watchmen se révèle être une excellente surprise, bien loin des films de super héros habituels dont nous gave depuis quelques années
Hollywood - The dark knight, mise à part. Il ressort ainsi de l'oeuvre un mélange efficace entre un côté très ludique et une réflexion sur le super
héros et l'homme en général. A la manière de ce qu'il faisait dans 300, tout en se rapprochant plus du Sin
City de Robert Rodriguez, Zack Snyder s'amuse à styliser la violence, usant assez modérément des ralentis, se
rattrapant sur quelques scènes kitsch, tel qu'une partie de jambe en l'air sur le Allelujah de Leonard
Cohen. Ludique aussi dans ce que propose l'histoire, bien entendu déjà présent dans le roman graphique original. Ainsi, Les watchmen sont insérés dans leur époque -
l'intrigue étant située dans les années 80, en pleine guerre froide - de manière tout a fait prodigieuse. A travers un générique absolument renversant, sur le Times they are-a changin' de Dylan, Watchmen propose une réécriture totale de
l'histoire américaine et mondiale, aussi bien d'un point de vue politique que culturel. S'ils avaient réellement existé, l'Amérique aurait gagné la guerre du Vietnam en quelques jours, Nixon
aurait été réélu, Kennedy aurait été assassiné par l'un d'entre eux et Warhol les aurait immortalisés sur ses toiles. Le film proposant d'insérer ses superhéros dans une réalité parrallèle afin
de mieux critiquer encore la société américaine. Car Watchmen, c'est surtout une oeuvre politique, parfois radicalement d'ailleurs et moralement
douteuse, donnant son propre point de vue sur l'American way of life. Ses justiciers sont des héros déchus dans un pays qui interdit de porter des masques, au point d'être tentés d'imposer
leurs propres règles, à coup de quelques bastons et morts par ci par là. C'est aussi une autre façon de voir les super héros, dans leurs quotidiennetés, entre leurs problèmes sexuels et moraux...
Difficile en réalité de résumer en quelques phrases cette oeuvre incroyable et tout ce que l'on peut ressentir. Sachez juste qu'elle jouit d'un casting renversant, entre Patrick Wilson - Little children -, Billy Crudup - Big fish -, Malin Akerman - Les femmes de ses rêves -, Matthew Goode - Match Point -, Jeffrey Dean Morgan - Grey's anatomy - et
surtout Jackie Earle Haley qui après son rôle de pédophile dans Little Children trouve une nouvelle fois un
personnage troublant à la hauteur de son talent, avec Rorschach. Un film riche et puissant, donc, visuellement très beau, qui en décontenancera certainement plus d'un tout comme il en ravira
d'autres. Un véritable OVNI dans le monde des super héros, à la B.O d'enfer et qui malgré quelques longueurs - 2h43 tout de même - tient réellement bien la route de bout en bout.
Crédit photo: Paramount pictures france
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