Sortie: 7 janvier 2009
> L'histoire: 26 novembre 1956 : Fidel Castro embarque pour Cuba avec 80 rebelles. L’offensive se solde par un massacre : seuls douze hommes en
réchappent, dont le Che (médecin du groupe) et Castro. Réfugiés dans la Sierra Maestra, les «barbudos» déclarent la «guerre totale» au régime de Batista. Guevara prouve ses qualités de combattant
et se rend indispensable à ses compagnons. La résistance s’intensifie, gagne toute l’île.
Comment ne pas être pris au dépourvu en découvrant que le Che de Soderbergh n'est pas le blockbuster que certains
voulaient déjà nous vendre ? Une bonne surprise, donc, pour un personnage qui, s'il est devenu une icône commerciale, son effigie se retrouvant sur toutes les poitrines des midinettes, reste
l'une des figures majeurs de l'histoire politique mondiale. Et qui mieux que Soderbergh aurait pu prendre à ce point le contre pied de ce que l'on
attendait, lui qui fait figure d'ovni dans l'industrie cinématographique hollywoodienne, touchant aussi bien à des projets expérimentaux (Bubble) que purement commerciaux (la trilogie Ocean's). Et ce n'est pas fini... D'une, le Che n'est pas à proprement parler un biopic, la première partie ne s'attachant qu'à l'engagement de Guevera au côté de Fidel Castro, dans les campagnes cubaines, entrecoupé de
ci de là par des brides de son voyage à New York en 1964. Autre pied de nez aux studios, qui devaient déjà se frotter les mains, le film a été tourné entièrement en espagnol, malgré la présence
de têtes d'affiches toutes bilingues. Enfin, le Che, c'est avant tout une oeuvre d'une grande puissance artistique, Soderbergh revenant à une mise en scène plus naturaliste, privilégiant une
réalisation au plus près des acteurs et une photographie naturelle qui en est éblouissante.
Pourtant, et de manière surprenante, c'est bien lorsque le réalisateur se frotte à la peinture de son personnage principal que les choses se gâtent. Car bien que Soderbergh jure de ne pas avoir voulu mettre le Che sur un pied d'estale, les choses sont nettement moins évidente lors du visionnage de l'oeuvre. Certes, L'argentin cherche à remettre cette figure iconoclaste qu'est devenu Guevara à hauteur d'homme, en le plongeant en plein milieu de la jungle cubaine. Là bas, le Che est
comme tout le monde. Il sue et souffre d'asthme. A ce jeu, Benicio del Toro est plus qu'impressionnant, lui qui donne à ce personnage à la fois un corps
et une âme. Drôle alors que les scénaristes n'aillent pas sauter sur l'occasion pour traiter des zones d'ombres de sa personnalité, présentant un Che un peu trop lisse et trop bon pour être
vrai. Docteur, il soigne les paysans gratuitement. Homme de lettres, il apprend à ses soldats à lire et à écrire, leur imposant des devoirs entre deux batailles. Comme dépassé par la grandeur de
ce personnage, le scénario s'embourbe dans sa narration, rendant invisible le moindre second rôle qui voudrait se mettre au premier plan. Autour du Che, ils ne sont que des ombres, peut
importe que les acteurs s'appellent Rodrigo Santoros (Love actually, Lost) ou
Santiago Cabrera (Heroes) et que les cinéphiles désirent les voir un peu plus... Eux comme leurs personnages.
Difficile alors de se remettre de la déception, le Che s'avérant être un film trop sage où la figure du révolutionnaire ne se réveille que lorsqu'elle est sur la
scène des Nations Unies. Déception aussi pour un film qui ne se révèle, en fait, que peu passionnant. Le Che situe ainsi son action environ à 80% du temps dans la jungle cubaine, réservant
quelques moments de redondance saupoudré par un ennui poli. Alors, quand l'action arrive réellement, l'esprit, lui, est trop anesthésié pour se remettre totalement au travail. Les émotions
restant alors hors de la carapace... Car le Che est un film long et lent, qui n'arrive jamais à atteindre la fougue qu'aurait pu inspirer un personnage aussi charismatique...
Préparez-vous donc à l'avance, le deuxième opus ne faisant, lui, guère mieux que celui-ci.
Crédit photo: Warner bros pictures
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