
Sortie: 16 décembre 2009
> L'histoire: J'aime pas qu'on me plaigne. Je préfère rigoler. Devant les mines compatissantes, je réponds depuis trente ans : "Je n'ai pas de père, mais je m'en fiche, c'est
comme ça. J'ai une photo." J'ai aussi deux soeurs, et une mère italienne... mais attention... interdit de parler de "lui" devant "elle"... Ça déclencherait une éruption volcanique. Car le volcan,
il paraît, n'est pas encore éteint. Je crois que c'est un peu à cause de ma figure. La même que lui. Quand ils me voient rigoler, dans la famille, ils disent : "C'est son portrait craché."
Et ma mère est à la fois triste et fière. Elle est fière parce que je suis blonde comme lui, alors qu'ils sont tous bruns. Mais moi je préférerais être comme eux. C'est pour ça, que je fais des
conneries comme les mecs, pour leur ressembler, pour être plus italienne qu'eux. Des conneries d'artiste, comme dit mon parrain. Je suis sa préférée. Et lui aussi, c'est mon préféré.
"Lasciatemi cantare, con la chitarra in mano, lasciatemi cantare, sono un italiano". Adapté du roman autobiographique de Sylvie Testud, le Gamines d'Eleonore Faucher souffre cette semaine d'une comparaison sans faille. Sortant sur les écrans au même moment que
Le Père de mes enfants de Mia Hansen-Love dont le sujet et les thèmes sont on ne peut plus similaires. On y parle ainsi
de perte et d'absence de la figure paternelle, à la différence prêt qu'elles sont ici à la base même de l'histoire. On y suit ainsi la construction psychologique de trois soeurs dans une France
des années 70, vivant seules avec une mère quelque peu dépassée par les événements. Parmi elles, Sybille, portrait craché de celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, grandissant d'autant plus
avec le sentiment de ne pas être tout à fait comme les autres. Elle qui ne semble en rien appartenir à cette grande famille italienne, aussi importante qu'étouffante. Sur le mode de la
tragi-comédie familiale, Eleonore Faucher construit ainsi son oeuvre comme un immense flash-back revenant sur l'enfance de Sybille, aujourd'hui devenue une comédienne
particulièrement reconnue. Des après-midi avec ses soeurs aux longues vacances familiales, sous le soleil italien. Retraçant aussi les difficultés d'une mère confrontée aux préjugés
conservateurs d'une société alors peu encline à laisser une femme seule s'occuper de trois enfants. Telle une grande thérapie et, plus encore, analyse psychologique, le film tend alors à
démontrer pourquoi et comment Sybille est devenue ce qu'elle est, de son besoin de s'épanouir dans une branche professionnelle hors des sentiers battus à son petit côté garçon manqué,
elle qui se considérait alors uniquement comme la simple fille de son père, prête à prendre une place vacance initialement prévue pour l'autre sexe...

Aussi louables qu'aient pu être les attentions de la cinéaste, Gamines n'est pourtant pas ce que l'on pourrait
appeler un film plaisant. D'abord, parce qu'il est impossible de se séparer de la figure de Sylvie Testud, incarnant ici son propre rôle de manière paradoxalement plutôt mauvaise. Ensuite, parce
qu'Elenore Faucher ressentait le besoin de reconstituer coûte que coûte les années 70, quitte à se retrouver dans des décors de "cartons pâtes" où il sent bon la naphtaline. Soit un univers
totalement fade et aseptisé où la moindre pub Moulinex ne vient en aucun cas renforcer le naturel. Alors, quant à cela s'ajoute une réflexion plutôt banale sur une famille italienne tout ce qu'il
y a de plus clichée, Gamines devient rapidement une oeuvre fatiguante, agaçant par une inlassable répétition d'un leitmotiv musical, savamment accompagné en boucle du tube "L'Italianno" de Tutto
Cutugno, aussi ringard que lourdingue. On en ressort les oreilles en sang, avec l'envie soudaine de se rediriger vers Le Père de mes enfants, chronique contemporaine beaucoup plus subtile et
juste quant il s'agit d'histoire de famille. Reste Amira Casar et Jean-Pierre Martins, tous deux excellents, de quoi
relever un peu le niveau de ce qui aurait pu être un ratage quasi complet... Dommage.




Crédit photo: TFM Distribution
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