C'est au début des années quatre-vingt que Lars Von
Trier intègre l'Ecole de cinéma de Copenhague où il fit la connaissance de l'opérateur Tom Elling et du monteur
Tomas Gislason avec qui il collabore sur la majorité de ses premiers films. De Nocturne à The element of crime. Durant ses années là, Lars Von
Trier a toujours cherché la confrontation avec ses enseignants, refusant les règles préétablies qui "régiraient" le cinéma. Des scénarios formellement tout faits aux
règles de vraisemblance de la réalisation, comme celle des 180°. Ses courts métrages d'études sont à l'image de cette sorte de rébellion artistique, privilégiant la forme au fond.
A travers Production I: la mort, Exercice de cadrage, Production II, Production III: le deuxième voyage de Marsja et Nocturne, Lars Von Trier teste les possibilités liées à la caméra, dans la création d'un univers ou d'une
atmosphère singulière. Avec Production I: la mort, il donne à voir une sorte d'autopsie du corps d'une femme, par le biais d'une voix-off et
d'un gros plan sur son visage. Jusqu'à ce qu'il dézoome progressivement, laissant apparaître une photo de vacances somme toute banale. Montrant ainsi à quel point les apparences peuvent être
trompeuses, surtout au cinéma. L'Exercice de cadrage, d'une durée d'une minute, donne à voir une sorte de petit film d'horreur où
Lars Von Trier s'essaye à la création de plans "clichés" liés au genre. Les gros plans sur les mains. L'utilisation des grillages...
Dans Production II, Lars Von Trier met en scène un plan séquence qui suivrait le
couloir d'un aéroport en travelling, d'abord de droite à gauche, puis de gauche à droite. Une femme attend désespérément un homme et, sous nos yeux, se déroule alors des sortes de minis saynètes,
rejouant les moments clés du couple. Enfin, Production III: le deuxième voyage de Marsja s'apparente à un exercice de style, rendant hommage
aux films noirs. Lars Von Trier y montre déjà un goût singulier pour la figure féminine, le court métrage donnant à voir une sorte de
relation sadomasochiste où l'homme prendrait plaisir à humilier sa compagne. Lui rappelant sans cesse le traumatisme qu'elle vécue en avion. Avec ce court, le jeune cinéaste s'en donne
à coeur joie côté réalisation, quitte à délaisser ses acteurs. Pendant qu'ils jouent en hors champ, Lars Von Trier filme le bureau,
laissant l'emprunte de sa caméra dans les petits miroirs posés dessus. Mais le film le plus marquant de cette série de courts reste sans conteste Nocturne, suivant une jeune femme qui, émergeant d'un cauchemar, essaye en vain de se rendormir. Lars Von
Trier cherche avant tout ici la création d'une atmosphère oppressante et quasi surréaliste, par l'utilisation d'une coloration des images, dans des teintes bleues ou
vertes, et par une postsynchronisation du son, qui sépare le langage du corps.
Quelques films d'études, donc, qui permettent de découvrir le goût déjà prononcé de Lars Von Trier pour la transgression des règles imposées
lorsque cela sert un projet artistique.
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