Lars Von Trier

Vendredi 12 juin 2009 5 12 /06 /2009 11:30





C'est au début des années quatre-vingt que Lars Von Trier intègre l'Ecole de cinéma de Copenhague où il fit la connaissance de l'opérateur Tom Elling et du monteur Tomas Gislason avec qui il collabore sur la majorité de ses premiers films. De Nocturne à The element of crime. Durant ses années là, Lars Von Trier a toujours cherché la confrontation avec ses enseignants, refusant les règles préétablies qui "régiraient" le cinéma. Des scénarios formellement tout faits aux règles de vraisemblance de la réalisation, comme celle des 180°. Ses courts métrages d'études sont à l'image de cette sorte de rébellion artistique, privilégiant la forme au fond.

A travers Production I: la mort, Exercice de cadrage, Production II, Production III: le deuxième voyage de Marsja et Nocturne, Lars Von Trier teste les possibilités liées à la caméra, dans la création d'un univers ou d'une atmosphère singulière. Avec Production I: la mort, il donne à voir une sorte d'autopsie du corps d'une femme, par le biais d'une voix-off et d'un gros plan sur son visage. Jusqu'à ce qu'il dézoome progressivement, laissant apparaître une photo de vacances somme toute banale. Montrant ainsi à quel point les apparences peuvent être trompeuses, surtout au cinéma. L'Exercice de cadrage, d'une durée d'une minute, donne à voir une sorte de petit film d'horreur où Lars Von Trier s'essaye à la création de plans "clichés" liés au genre. Les gros plans sur les mains. L'utilisation des grillages... Dans Production II, Lars Von Trier met en scène un plan séquence qui suivrait le couloir d'un aéroport en travelling, d'abord de droite à gauche, puis de gauche à droite. Une femme attend désespérément un homme et, sous nos yeux, se déroule alors des sortes de minis saynètes, rejouant les moments clés du couple. Enfin, Production III: le deuxième voyage de Marsja s'apparente à un exercice de style, rendant hommage aux films noirs. Lars Von Trier y montre déjà un goût singulier pour la figure féminine, le court métrage donnant à voir une sorte de relation sadomasochiste où l'homme prendrait plaisir à humilier sa compagne. Lui rappelant sans cesse le traumatisme qu'elle vécue en avion. Avec ce court, le jeune cinéaste s'en donne à coeur joie côté réalisation, quitte à délaisser ses acteurs. Pendant qu'ils jouent en hors champ, Lars Von Trier filme le bureau, laissant l'emprunte de sa caméra dans les petits miroirs posés dessus. Mais le film le plus marquant de cette série de courts reste sans conteste Nocturne, suivant une jeune femme qui, émergeant d'un cauchemar, essaye en vain de se rendormir. Lars Von Trier cherche avant tout ici la création d'une atmosphère oppressante et quasi surréaliste, par l'utilisation d'une coloration des images, dans des teintes bleues ou vertes, et par une postsynchronisation du son, qui sépare le langage du corps.

Quelques films d'études, donc, qui permettent de découvrir le goût déjà prononcé de Lars Von Trier pour la transgression des règles imposées lorsque cela sert un projet artistique.

Par Limess - Publié dans : Lars Von Trier
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Mardi 9 juin 2009 2 09 /06 /2009 20:20



Lorsque Lars Von Trier apparaît à l'écran du centre George Pompidou aux côtés de Pascal Mérigeau, critique au Nouvel observateur, on a bien du mal à s'imaginer l'artiste fou qu'il est derrière ce visage accueillant et cette apparence de gentil nounours. On dit Lars Von Trier difficile à interviewer, lui qui déteste cette forme même de dialogue et souffrant d'agoraphobie. On le sent à l'écran assez mal à l'aise, préférant l'humour aux réponses claires, la brièveté à la précision...

C'est en grande pompe d'ailleurs que le cinéaste démarre son allocution, lui qui ne souhaite que mourir et avoue être plutôt embarrassé par la sortie des cartons de ses films d'enfance. Ne supportant pas l'idée que le public français ait pu les découvrir. Une sorte de private joke, en somme, Lars Von Trier ayant aidé le centre George Pompidou à préparer cette rétrospective, leur fournissant lui-même ses petits courts métrages. Quand Pascal Mérigeau lui parle de l'expérimentation de ses oeuvres, le cinéaste affirme qu'il se fiche totalement du spectateur, qu'il réalise ses films en étant sûr de ce qu'il fait. Pour lui, le cinéma est une thérapie où il affronte ce qui l'effraie. Le poids du regard du spectateur n'apparaît en fait qu'une fois l'oeuvre terminée, lorsqu'il doit survivre à Cannes, que ce soit lors du voyage vers le festival - il déteste sortir de son pays - ou durant la projection.

L'esprit d'Antichrist hantant cette rétrospective, Pascal Mérigeau l'amène à parler de son dernier film. Une oeuvre que Lars Von Trier confie avoir commencé à aimer au moment de la masturbation de Charlotte Gainsbourg. Le tournage d'Antichrist fut d'ailleurs d'une grande souffrance pour le réalisateur qui ne pu tenir la caméra, et ce, pour la première fois, faute à son état de santé. Cette expérience fut pour lui terriblement humiliante, aussi bien physiquement que psychologiquement, au point de le faire "se sentir vieux et bête". Avec ce film, il s'est laissé surprendre positivement par les acteurs et est devenu totalement enthousiaste au moment du montage, là où il pu se rendre compte que l'oeuvre correspondait le plus à ce qu'il voulait. Pour ce qui est des réactions cannoises, Lars Von Trier se dit surpris, aussi bien par celles positives que négatives.

Avec Antichrist, Lars Von Trier a une nouvelle fois été qualifié de provocateur. Le cinéaste raconte alors que lorsqu'il avait huit ans, il participait à des manifestations où il ne comprenait pas pourquoi les gens le méprisait. Il n'était qu'un petit provocateur. Pour lui, il est d'ailleurs toujours un petit garçon de huit ans. Toujours un petit provocateur. Avec ses films, le réalisateur cherche avant tout à se choquer lui-même, ce qu'il n'a toujours pas réussit. Il ne comprend pas cette peur chronique du choc chez le spectateur, la télévision et les documentaires étant beaucoup plus choquants que ses propres fictions. Alors que Pascal Mérigeau lui rappelle la phrase prononcée par Charlotte Gainsbourg à propos de son père, lors de la remise du prix d'interprétation, Lars Von Trier avoue ne pas connaître plus l'oeuvre de Gainsbourg, tout en étant persuadé que celui-ci ne serait pas choqué, du fait qu'il n'ait aucun style vestimentaire !

La parole est donnée au public. Les premières questions s'intéressant d'abord à la construction de ses oeuvres et à ses inspirations. Le réalisateur explique qu'il cherche à ne jamais se répéter autour des mêmes thèmes, il veut d'abord faire des oeuvres 100% honnêtes, y compris lorsqu'il faisait du 8 mm. Si on lui reproche d'être misogyne, Lars Von Trier indique qu'il se rapproche pour cela de Strindberg, un auteur qu'il adore. Pour lui, les femmes de ses films ne sont que le reflet de sa propre personnalité, lançant alors un incroyable "En fait, j'ai huit ans et je suis une petite fille". S'il entretient un rapport particulier avec Strindberg, il en est de même avec Nietzsche dont il s'arrête "à la quatrième de couverture" ! La construction de ses films date de sa découverte de Barry Lyndon tandis que l'aspect conte de fée, de son irritation face à ce lourd bagage danois qu'est les contes d'Andersen.

Les questions-réponses fusent et se recentrent pour la majorité sur Antichrist. L'oppression présente dans ses films ? Celle, sociale dont il a beaucoup souffert enfant. Les faux raccords de son film ? Antichrist est l'oeuvre qu'il a le moins contrôlé, puisqu'il était dépressif, mais il se fiche de ses aspects formels du cinéma. S'il a choisit Willem Dafoe et Charlotte Gainsbourg ? C'est qu'ils voulaient tout simplement bien tourner avec lui, à la différence des acteurs danois qui n'ont pas voulu se masturber devant la caméra. Des éléments comiques dans Antichrist ? Évidemment, l'humour et la tragédie étant intimement liés. Son rapport aux femmes ? "La femme est un être humain. Pour ce qui est de l'homme, j'en doute". Il avoue avoir d'ailleurs du mal avec le sexe féminin, s'estimant être sur le même pied d'égalité qu'elles qu'au moment où il est metteur en scène. Sa relation avec Björk ? "On m'a dit que Björk était une personne fantastique, elle ne l'a en tout cas pas montré avec moi !". Des projets à venir ? Le dernier épisode de sa saga de plateau, Wasington. Il doit d'ailleurs y retourner, il est temps de s'arrêter !

Un entretien court, donc, mais passionnant qui permis d'un peu mieux cerner la personnalité si complexe de ce réalisateur qu'est Lars Von Trier, à l'humour si particulier, très second degré. Rendez-vous mercredi pour une autre rencontre, j'ai hâte !

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Mardi 9 juin 2009 2 09 /06 /2009 18:30

 



La première soirée consacrée à Lars Von Trier commençant à 18h30, c'est tout naturellement que je me suis rendue au centre George Pompidou sur les coups de 19h, flânant dans les rues de Chatelet par peur d'arriver trop en avance ! Un petit problème de timing, donc, qui me fit louper ses deux premiers courts métrages: Le voyage à Squashland, petit film d'animation, image par image, d'une durée d'une minute et Bonne nuit, trésor, sorte d'obscure histoire de braquage dont Lars Von Trier avoue lui-même ne pas comprendre ses intentions... !

Installée à l'aveuglette dans un fauteuil, j'assiste alors avec joie aux deux derniers courts présentés ce soir là, Pourquoi fuir ce dont tu ne peux t'échapper ? et Une fleur. Deux oeuvres que j'attendais avec impatience suite à la lecture de la biographie consacrée au cinéaste et signée Jean-Claude Lamy *. Jugez plutôt de la description qu'il en faisait: "Le premier d'entre eux, réalisé en 1970, portait le titre un peu longuet De Hvorfor Flygte Fra Det Ved Du Ikke Kan Flygte Fra ?" soit littéralement "Pourquoi essaies-tu de fuir ce que tu sais qu'on ne peut pas fuir ?. Ce film de sept minutes commence par un accident sanglant: un jeune garçon est écrasé par un camion. Un de ses camarades s'enfuit, terrifié, à travers bois et rivières pendant que l'accidenté gît sur le trottoir entouré de chandelles, un prêtre en prière à ses côtés. Soudain, l'enfant que l'on croyait mort se relève et le miraculé se lance aussitôt à la poursuite du poltron qui l'a abandonné. Le court métrage réalisé l'année suivante fut de la même longueur mais le titre est heureusement plus court: En Blomst (Une fleur). C'est l'histoire d'un garçon qui trouve un bulbe de fleur abandonné dans la tranchée d'un chantier de construction où il va disparaître sous le béton. Il le replante en pleine nature et une jolie fleur finit par éclore. Mais voici qu'apparaît un avion de chasse qui vient s'écraser juste à côté et le film se termine sur l'image de la fleur brisée et du jeune garçon baignant dans son sang. Pas de miracle cette fois-ci, si ce n'est l'incongru Alléluia qui éclate tout à coup comme si une nouvelle vie allait bientôt commencer pour le garçon et la fleur.".

Réalisés alors qu'il avait une dizaine d'années, ces deux courts métrages se révèlent incroyablement prophétiques vis à vis de la carrière future de Lars Von Trier, explorant déjà des thèmes qui traverseront toute son oeuvre. D'abord, il y a ce rapport à la nature, omniprésente, que ce soit dans la course poursuite à travers la forêt ou ce sauvetage naïf du bulbe d'une fleur. Un élément d'ailleurs autobiographique que Lars Von Trier raconta à Stig Björkman *, dans un livre d'entretiens, en parlant de son enfance trop laxiste. "Puisque je portais la responsabilité du monde entier, je l'assumais avec des attitudes obsessionnelles et des rituels magiques d'enfance ! Par exemple, je me souviens d'une fleur au bord de la route. Elle était abîmée et ne tenait pas droite. J'ai réussi à la relever et à lui fabriquer un support. Chaque fois que je passais devant la plante, il me fallait vérifier qu'elle tenait toujours: sinon le monde se serait écroulé.". Ensuite, il y a dans ces courts métrages une sorte d'ironie tragique propre à son cinéma, autour de cette thématique très présente dans ses derniers films, de cet innocent qui ne désire que le bien et à qui il arrive du mal. Le petit garçon qui sauvera la fleur mourra avec elle sous les tirs d'un avion de chasse ! Enfin, il y a dans ses oeuvres un goût prononcé pour la création d'une ambiance qui primerait sur le récit. Elle est ici macabre et emprunte d'éléments religieux, doublée d'un humour noir incroyable pour ce si jeune âge. Ainsi, lorsque le petit garçon plantera sa fleur résonnera un Alleluia sorti de nulle part, rappelant à l'esprit l'humour des films de Buñuel. Deux petits courts, déjà riches en propositions cinématographiques - le travelling fait sur un vélo, la mise en parallèle du geste créateur de l'enfant et de la civilisation désenchantée des chantiers, les effets de transparence des images -, et sacrément impressionnants pour ce petit bonhomme qu'était alors Lars Von Trier...

* Jean-Claude Lamy, Lars Von Trier, le provocateur, Edition Grasset
* Stig Björkman, Lars Von Trier, entretiens avec Stig Björkman, Edition Les Cahiers du Cinéma

Par Limess - Publié dans : Lars Von Trier
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Mardi 9 juin 2009 2 09 /06 /2009 11:50



S'il y a bien un lieu où il faut être ses prochains jours, c'est bien le centre George Pompidou, à Paris, qui organise du 8 au 22 juin une retrospective complète de l'oeuvre de Lars Von Trier. Surfant sur la sortie récente de son dernier opus Antichrist, polémique et controversé, cette reprise permettra de se replonger dans l'oeuvre intégrale de ce cinéaste si singulier, de ses courts métrages tournés à l'âge de 10 ans à ses longs métrages les plus récents, tels que Dogville ou Le Direktor, comme des publicités qu'il a réalisé ou la série télévisée qu'il a créé, L'hopital et ses fantômes. A cette occasion sera d'ailleurs organisé deux visioconférences où le public pourra "discuter" avec le cinéaste, qui souffrant d'agoraphobie, se trouvera en direct de Copenhague.

Tout le programme: ici

Durant deux semaines, Une dernière séance ? se met donc aux couleurs "Lars Von Trierienne", critiques et résumés des événements à la clé. Pour ceux que ça intéresse, un coffret de sa trilogie "E" vient d'ailleurs de ressortir, pour un prix très peu excessif de 9,99 euros ! Enfin, je tiens à remercier Vincent pour cette superbe bannière, lui qui tend à devenir très prochainement la nouvelle Valérie Damidot des blogs ^^

Par Limess - Publié dans : Lars Von Trier
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