
Sortie: 20 janvier 2010
> L'histoire: La vie de Gainsbourg, du jeune Lucien Ginsburg dans le Paris occupé des années 1940, jusqu'au poète, compositeur et chanteur célébré dans le monde entier.
Serge Gainsbourg. Figure indissociable de la culture française. Personnage hors du commun à part entière autour duquel tout le monde s'est façonné une image propre. Qu'il soit pour les uns ce
provocateur en puissance, un parolier de génie, un chanteur borderline... Ou peut être tout en même temps. Venu de la bande dessinée, comme Riad Sattouf
avant lui, Joann Sfar n'a pas forcément choisit un sujet particulièrement facile pour ses premiers pas derrière la caméra. Livrant avec Gainsbourg - (vie héroïque) sa version personnelle et imaginaire (?) de l'icône, comme une lecture libre et subjective de cette trajectoire de légende. Mettant en avant
Gainsbourg et ces grandes contradictions qui rythmèrent sa vie. Basé dans un premier temps sur l'enfance de celui-ci, Joann Sfar s'attache en priorité aux éléments qui firent de Gainsbourg ce
qu'il fut. De sa construction psychologique en tant qu'enfant juif, né d'une famille d'immigrés dans une France occupée et fermée à son envie furieuse de devenir peintre avant de tout brûler sur
un coup de tête. Présentant Lucien Ginsbourg, de son vrai nom, comme un enfant, puis un ado provocateur, comme une ultime chance de s'en sortir face à une bienséance nauséabonde. Devenant par la
suite cet homme à la tête de chou, au physique pas forcément très séduisant, mais qui conquit rapidement les coeurs des femmes et des autres midinettes par une aisance à toute épreuve... A
travers de multiples rencontres artistiques et amoureuses, Joann Sfar dessine doucement le portrait d'un personnage entier et paradoxal, comme déchiré entre sa véritable personnalité et ses
aspirations profondes. Vivant aux côtés d'un double inquiétant, ce futur Gainsbarre, sorte de Gemini Cricket en puissance, créé à l'écran sous les traits d'une immense marionnette.
Dépeignant, aussi, les contours d'un Paris en pleine effervescence, passant des salons de Boris Vian à ceux de Juliette Gréco, France Galle ou Brigitte Bardot, puis Jane Birkin, avec une
fluidité assumée. Donnant un film qui, s'il peut paraître trop en surface pour les uns, se révèle avant tout assez complet pour les autres. Comme une volonté de prendre Gainsbourg dans son
entier, sans fioritures ni édulcorations face à cette vie aussi riche que chaotique...

Tout en proposant un portrait nuancé de ce sacré personnage, Joann Sfar adapte également son récit à la personnalité de celui-ci, créant de la même occasion une oeuvre elle-même complètement
paradoxale. Anti-biopic au départ, refusant les effets de mises en scène façon La môme, ne masquant pas Eric Elmosnino
sous des couches de maquillage, ne l'affublant pas d'un affreux play-back - toutes les chansons sont réinterprétées par les comédiens -, Joann Sfar fait le choix de la composition plutôt que de
l'imitation... avant de soudain repasser dans un mimétisme certain. Proposant une galerie de performance reposant sur la ressemblance, voir la caricature, à l'image d'une Laeticia Casta incroyablement confondante, incarnant physiquement Brigitte Bardot tout en tombant un peu dans la parodie au
niveau de ses intonations. Reproduisant, aussi, une série de scènes ultra médiatiques. Dans le même ordre d'idées, alors qu'il proposait une version de Gainsbourg complètement fantasmée, le
confrontant sans cesse à ce double, le cinéaste ne peut d'un autre côté pas s'empêcher de vouloir en raconter le plus possible, au point d'y sacrifier certains personnages, comme Bambou,
uniquement présente dans le but de clôturer le chapitre d'une vie particulièrement dense et houleuse... difficile à résumer en un si petit morceau de pellicule. Là est la qualité et le
défaut de ce Gainsbourg - (vie héroïque), Joann Sfar voulant trop bien faire en livrant un maximum d'informations sur la vie de ce "héros" des temps modernes au point, parfois, de passer
totalement à côté de certaines choses. Oeuvre innovante et audacieuse, le film de Joann Sfar rompt dans tous les cas avec ses biopics version naphtaline, proposant une vision libertine et
salvatrice de cette figure de la chanson française. Donnant le beau rôle à un Eric Elmosnino incroyablement surprenant. De Gainsbourg, le cinéaste introduira son générique par: "Ce ne sont
pas les vérités de Gainsbourg qui m'intéressent mais ses mensonges", soit un beau résumé, révélateur de ce que peut être ce conte particulièrement original et assez gonflé...





1. Eric Elmosnino: Le Père de mes enfants
2. Lucy Gordon: Cineman
3. Laeticia Casta: Visage
4. Anna Mouglalis: J'ai toujours rêvé d'être un gangster / Coco Chanel & Igor Stravinsky
Crédit photo: Universal Pictures International France
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager

























