Mardi 19 janvier 2010 2 19 /01 /2010 08:00

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Sortie: 20 janvier 2010

> L'histoire: La vie de Gainsbourg, du jeune Lucien Ginsburg dans le Paris occupé des années 1940, jusqu'au poète, compositeur et chanteur célébré dans le monde entier.

Serge Gainsbourg. Figure indissociable de la culture française. Personnage hors du commun à part entière autour duquel tout le monde s'est façonné une image propre. Qu'il soit pour les uns ce provocateur en puissance, un parolier de génie, un chanteur borderline... Ou peut être tout en même temps. Venu de la bande dessinée, comme Riad Sattouf avant lui, Joann Sfar n'a pas forcément choisit un sujet particulièrement facile pour ses premiers pas derrière la caméra. Livrant avec Gainsbourg - (vie héroïque) sa version personnelle et imaginaire (?) de l'icône, comme une lecture libre et subjective de cette trajectoire de légende. Mettant en avant Gainsbourg et ces grandes contradictions qui rythmèrent sa vie. Basé dans un premier temps sur l'enfance de celui-ci, Joann Sfar s'attache en priorité aux éléments qui firent de Gainsbourg ce qu'il fut. De sa construction psychologique en tant qu'enfant juif, né d'une famille d'immigrés dans une France occupée et fermée à son envie furieuse de devenir peintre avant de tout brûler sur un coup de tête. Présentant Lucien Ginsbourg, de son vrai nom, comme un enfant, puis un ado provocateur, comme une ultime chance de s'en sortir face à une bienséance nauséabonde. Devenant par la suite cet homme à la tête de chou, au physique pas forcément très séduisant, mais qui conquit rapidement les coeurs des femmes et des autres midinettes par une aisance à toute épreuve... A travers de multiples rencontres artistiques et amoureuses, Joann Sfar dessine doucement le portrait d'un personnage entier et paradoxal, comme déchiré entre sa véritable personnalité et ses aspirations profondes. Vivant aux côtés d'un double inquiétant, ce futur Gainsbarre, sorte de Gemini Cricket en puissance, créé à l'écran sous les traits d'une immense marionnette. Dépeignant, aussi, les contours d'un Paris en pleine effervescence, passant des salons de Boris Vian à ceux de Juliette Gréco, France Galle ou Brigitte Bardot, puis Jane Birkin, avec une fluidité assumée. Donnant un film qui, s'il peut paraître trop en surface pour les uns, se révèle avant tout assez complet pour les autres. Comme une volonté de prendre Gainsbourg dans son entier, sans fioritures ni édulcorations face à cette vie aussi riche que chaotique...

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Tout en proposant un portrait nuancé de ce sacré personnage, Joann Sfar adapte également son récit à la personnalité de celui-ci, créant de la même occasion une oeuvre elle-même complètement paradoxale. Anti-biopic au départ, refusant les effets de mises en scène façon La môme, ne masquant pas Eric Elmosnino sous des couches de maquillage, ne l'affublant pas d'un affreux play-back - toutes les chansons sont réinterprétées par les comédiens -, Joann Sfar fait le choix de la composition plutôt que de l'imitation... avant de soudain repasser dans un mimétisme certain. Proposant une galerie de performance reposant sur la ressemblance, voir la caricature, à l'image d'une Laeticia Casta incroyablement confondante, incarnant physiquement Brigitte Bardot tout en tombant un peu dans la parodie au niveau de ses intonations. Reproduisant, aussi, une série de scènes ultra médiatiques. Dans le même ordre d'idées, alors qu'il proposait une version de Gainsbourg complètement fantasmée, le confrontant sans cesse à ce double, le cinéaste ne peut d'un autre côté pas s'empêcher de vouloir en raconter le plus possible, au point d'y sacrifier certains personnages, comme Bambou, uniquement présente dans le but de clôturer le chapitre d'une vie particulièrement dense et houleuse... difficile à résumer en un si petit morceau de pellicule. Là est la qualité et le défaut de ce Gainsbourg - (vie héroïque), Joann Sfar voulant trop bien faire en livrant un maximum d'informations sur la vie de ce "héros" des temps modernes au point, parfois, de passer totalement à côté de certaines choses. Oeuvre innovante et audacieuse, le film de Joann Sfar rompt dans tous les cas avec ses biopics version naphtaline, proposant une vision libertine et salvatrice de cette figure de la chanson française. Donnant le beau rôle à un Eric Elmosnino incroyablement surprenant. De Gainsbourg, le cinéaste introduira son générique par: "Ce ne sont pas les vérités de Gainsbourg qui m'intéressent mais ses mensonges", soit un beau résumé, révélateur de ce que peut être ce conte particulièrement original et assez gonflé...

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1. Eric Elmosnino: Le Père de mes enfants
2. Lucy Gordon: Cineman
3. Laeticia Casta: Visage

4. Anna Mouglalis: J'ai toujours rêvé d'être un gangster / Coco Chanel & Igor Stravinsky

Crédit photo: Universal Pictures International France

Par Limess - Publié dans : En salle en 2010
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Lundi 18 janvier 2010 1 18 /01 /2010 08:00

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Sortie: 13 janvier 2010

> L'histoire: 1994. Tout juste élu à la fonction présidentielle, Nelson Mandela (Morgan Freeman) se retrouve confronté à une nation post-apartheid totalement désunifiée. Profitant de l'approche de la coupe du monde de rugby dans son pays, celui-ci mise alors sur le sport pour redonner une certaine cohésion à son pays...

Alors qu'il célébrait symboliquement l'arrêt de sa carrière en tant que comédien dans Gran Torino, Clint Eastwood n'en fait pas pour autant de même avec la réalisation. Tournant depuis ses dernières années à un rythme de croisière proche de celui de Woody Allen. Comme une envie soudaine de se livrer corps et âme, lui qui fêtera en mai prochain son quatre-vingtième anniversaire. Dernier grand du cinéma américain, Clint Eastwood n'aura jamais eu une carrière très reposante, lui qui fut rapidement au cours de sa vie associé à l'un de ses personnages les plus fameux, l'intrépide Dirty Harry. Au point de se retrouver, encore récemment, au coeur de polémique vaseuse lancée par le très remonté Spike Lee. L'accusant, lors de la sortie de son diptyque autour de la bataille d'Iwo Jima, Mémoires de nos pères et Lettres de Iwo Jima, de faire l'apologie du soldat blanc en ne mettant que très peu d'acteurs noirs américains en scène. Lui qui alors luttait pour sortir sa propre version de la seconde guerre mondiale, Miracle à Santa Anna, encore inédit à ce jour. Quelle meilleure réponse alors à cette série d'accusations douteuses qu'Invictus, vibrant portrait de Nelson Mandela dans une Afrique du Sud post-apartheid, retraçant un des morceaux de bravoure de ce véritable héros du XXe siècle... Démarrant brièvement sur sa sortie de prison en 1990, Invictus s'attarde en réalité sur un instant de sa présidence, en 1994, celui qui lui permit de recevoir le soutien de la nation toute entière, blanche comme noire. Le jour où il choisit stratégiquement le sport, et plus particulièrement le rugby, comme catalyseur afin de ressouder une nation totalement désunie, meurtrie par des années de racisme. Profitant de la coupe du monde pour redonner à son pays de sa grandeur...

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Construit presque exclusivement autour de la figure de Nelson Mandela - incroyable Morgan Freeman -, Clint Eastwood retrace de façon tout à fait linéaire le plan politique imaginé par celui-ci pour redonner espoir en une équipe de rugby, chérie uniquement par la population blanche mais bien mal en point qu'en à sa situation sportive, dans le but final de redonner ensuite espoir en une nation "arc-en-ciel". Ou comment, après vingt-sept années de prison, Mandela pris tout le monde de court en décidant d'aller de l'avant plutôt que de rentrer dans un cycle de vengeance sans fondement. Comme François Pienaar, capitaine de l'équipe de rugby sud africaine, Clint Eastwood base alors son récit sur l'exemple: montrant d'abord les exploits de Nelson Mandela au sein d'une sphère réduite, son équipe de garde du corps où il obligea blancs et noirs à cohabiter, puis à une communauté un peu plus grande, l'équipe de rugby, avant de l'appliquer à la nation toute entière. Se servant du sport, dernier grand bastion fédérateur, comme vecteur d'une réconciliation à venir. Dès lors, le cinéaste dresse par bride le portrait de plusieurs de ses collaborateurs, de ses gardes du corps, donc, à François Piennaar et sa famille, tous abasourdis par l'attitude de celui-ci. Ne comprenant pas comment un homme ayant passé près de trente ans de sa vie en prison ait pu tourner la page si rapidement. Allant jusqu'à visiter sa cellule dans le but de trouver des réponses impossibles à exprimer. Tissant à leur côté en filigrane et avec subtilité la personnalité hors du commun que peut être celle de Mandela, dernier grand humaniste vivant encore de nos jours...

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"Humaniste". Là pourrait d'ailleurs être le meilleur mot pour qualifier ce dernier Clint Eastwood, le cinéaste s'attachant à dépeindre la grandeur de Nelson Mandela avec une dignité certaine. Refusant de le prendre par le haut, évitant de le mystifier, le filmant au contraire à hauteur d'homme, au sein de son foyer, au sein de sa famille disloquée. Et si l'on peut reprocher tout ce que l'on veut au film, que ce soit une mise en scène parfois un peu brouillonne - les scènes de sport -, une photographie pas toujours très belle, un recourt un peu systématique à la symbolique - une main blanche et noire qui se serrent, une route séparant les blancs des noirs sur laquelle passe Mandela... -, des digressions un peu lourdes - l'avion - ou même tout simplement une tendance trop prononcée chez le monsieur de gommer ses propres opinions politiques au profit de longs métrages très manichéens, Clint Eastwood propose un sujet tellement fort et fédérateur qu'il ballait tout sur son passage. Certes, pas question ici de livrer un compte rendu des réels effets de cette "victoire" sur la politique future du pays, le cinéaste s'attachant exclusivement à recréer cet événement - éphémère - qui amena un peu de cohésion cette Afrique du Sud bien chaotique. Filmant quelques moments de grâce et d'éclats d'une rare beauté avec un minimalisme hallucinant, à l'image de ce match amical entre des enfants noirs et l'équipe de rugby, très majoritairement blanche. Là est la force d'Eastwood, créée l'émotion par l'image, sans artifice ni superflus, proposant par la même occasion une oeuvre, certes un peu mineure, mais non moins émouvante et attachante. Un film qui, mine de rien, redonne naïvement un peu espoir en l'homme en ses temps sombres de questionnement sur l'identité nationale, un temps, complètement apaisé...

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1. Clint Eastwood: Gran Torino
2. Matt Damon: The informant !

Crédit photo: Warner Bros. France

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Dimanche 17 janvier 2010 7 17 /01 /2010 18:26

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Sortie: 13 janvier 2010

> L'histoire: Dans un petit village de campagne, Aurélien (Malik Zidi) et sa soeur Argine (Florence Loiret Caille), orphelins et vivant sous le même toit depuis des années, mènent leur train-train quotidien à un rythme bien organisé. Petit boulot le jour, soirées alcoolisées la nuit au bar pour l'une, écoulement de métal volé pour l'autre. Jusqu'à ce que ce dernier commette accidentellement l'irréparable...

Quatrième film du scénariste et réalisateur Jerôme Bonnell, découvert à travers sa chronique familiale Le Chignon d'Olga ou avec son film choral J'attends quelqu'un, La Dame de trèfle marque un nouveau pas dans la jeune carrière de ce cinéaste, lui qui s'essait pour la première fois au genre ultra codifié qu'est le polar. Plaçant son intrigue dans un petit village de campagne, le long d'une départementale désertique. En s'appuyant sur un noyau minime de personnages, Jerôme Bonnell construit d'abord son intrigue sur la relation singulière entre Aurélien et Argine, un frère et une soeur que les aléas du destin n'ont pas cessé de rapprocher, partageant un amour sans pareil où les frontières entre filiation et inceste ne sont que plus fines. Deux âmes en peine se portant tant bien que mal l'un l'autre, aussi bien financièrement qu'émotionnellement. Car tandis qu'Aurélien organise ses journées autour de son boulot de fleuriste et ses soirées où il tente d'écouler son stock de métaux volés, Argine, glandeuse professionnelle, apprend elle l'anglais sans grande chance d'avenir avant de finir sa soirée au bar du coin, là où elle est considérée comme la princesse des lieux. Draguant comme à l'accoutumée les habitués. Permettant, aussi, à Jerôme Bonnell de se jouer des codes du polar, en réutilisant à merveille cette figure symbolique qu'est le bar. Pourtant, dans La Dame de trèfle, nullement question d'enquête policière ou de petit gangster du dimanche, le cinéaste s'attachant à la trajectoire malheureuse d'Aurélien, harcelé par un collègue - Jean-Pierre Darroussin - qu'il tuera bientôt malencontreusement. En en venant aux mains. Mort de peur à l'idée de se faire choper, vivant dès lors dans la culpabilité, le film prend alors des allures de drame psychologique, suivant toujours au plus près Aurélien et sa tentative hasardeuse de reprendre une vie des plus normales, avec la plus grande discrétion possible...

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Car la force de La Dame de trèfle, c'est l'intelligence avec laquelle le cinéaste évite de tomber dans le thriller pur en privilégiant la création d'une ambiance singulière, venant rompre une quotidienneté parfaitement rodée. Ce petit village devenant alors le lieu idéal où y dissimuler la moindre preuve, Jerôme Bonnell s'appliquant en permanence à filmer le vide de cette campagne, des grands champs déserts à cette route linéaire... Créant de temps à autre de petites montées de suspense lorsqu'arrive le moindre soupçon. Très attaché à la peinture de la relation entre Aurélien et Argine, le cinéaste gonfle son film d'une série d'émotions contenues, portées par la prestation de deux acteurs d'exceptions. Malik Zidi et Florence Loiret Caille. Tous deux formidables quant il s'agit d'interpréter la fin d'une innocence perdue, comme le passage à l'âge adulte de deux adulescents que la vie n'aura pas toujours gâté. Alors, quand arrive la fin du film et cette poussée dramatique, on ne peut que regretter que Jerôme Bonnell ne laisse pas plus aux spectateurs l'opportunité de se raconter leur propre histoire, accablant son récit d'un résumé pré-générique quant à savoir ce qu'il arrivera à ces deux personnages. Un petit détail qui n'enlève néanmoins rien au charme de cette Dame de trèfle, polar minimaliste sombre et captivant, porté par deux acteurs au diapason.

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1. Jean-Pierre Darroussin: L'Armée du crime
2. Marc Barbé: Qu'un seul tienne et les autres suivront / Gamines


Crédit photo: Le Pacte

Par Limess - Publié dans : En salle en 2010
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Samedi 16 janvier 2010 6 16 /01 /2010 12:54

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Sortie: 13 janvier 2010

> L'histoire: Nemo Nobody (Jared Leto), vieil homme à la mémoire défaillante, toujours persuadé d'avoir la trentaine, conte sur son lit de mort sa vie à un journaliste. A commencer par le jour où il dû choisir entre sa mère et son père...

Mainte fois repoussé, sélectionné au festival de Venise alors que tout le monde l'attendait à Cannes, cumulant un budget assez faramineux pour une production européenne, Mr. Nobody est de ses films sortant dans nos salles précédé par une histoire personnelle au moins aussi passionnante que le résultat final. Il faut dire que treize ans après Le Huitième jour, Jacob van Dormael met le paquet, réunissant un casting éclectique et international - Jared Leto, Sarah Polley, Diane Kruger, Juno Temple... - pour une histoire digne des plus grands délires de Charlie Kauffman. Suivant les récits de Nemo Nobody, vieil homme à la mémoire emmêlée, racontant à un journaliste plusieurs versions de son existence... Le film se construisant comme une réflexion, pas forcément nouvelle mais non moins intéressante, sur la question épineuse du destin. Fonctionnant sur le mode de "Et si j'avais fait ceci à la place... il se serait passé cela ?". Comment aurait-été la vie de Nemo si il était resté avec son père ? Si il avait avoué son amour à sa charmante voisine ? Ou si, au contraire, il était monté dans le train avec sa mère ? Jacob van Dormael basant son récit sur le point culminant de l'enfance de Nemo, le jour où, suite à la séparation de ses parents, il dû choisir entre partir et rester... Créant un véritable déchirement de son identité, mis ici savamment en images. Et dans cette histoire, impossible de dissocier le vrai du faux, de démêler la réalité de l'imaginaire... à moins que tout ceci ne soit en fait guère encore arrivé... A ce titre, Mr. Nobody est un film particulièrement dense, déclinant une multiplicité d'intrigues, passant de la romance autour de trois petites filles - reconnaissables par des codes couleurs -, au thriller voir même à la science fiction pure et dure. Le cinéaste mettant absolument tout en images, des récits de Nemo âgé à ceux écris lors de son adolescence, nous embarquant dès lors dans un voyage intergalactique, à destination de la planète Mars...

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Difficile d'être entièrement fan du film en lui-même, Mr. Nobody multipliant les propositions scénaristiques et de mises en scène, passant d'un univers très publicitaire porté par une bande son identifiable - "Mister Sandman" - à une ville futuriste dans les années 2050 et des poussières au visuel too much. Partant dans des digressions en pagaille, alourdissant un récit déjà plutôt complexe. Mais ce qui gène le plus dans ce Mr. Nobody, c'est que, tout en proposant une histoire ingénieuse, Jacob van Dormael fait le choix d'une construction ultra conventionnelle et agaçante, symptomatique des films post Forrest Gump à l'image de L'Etrange histoire de Benjamin Button. A savoir l'intrigue vue par un vieux personnage sur lequel on revient en permanence, dans le but de le laisser respirer entre deux longs monologues. Comme une chape de plomb sur une intrigue qui n'en avait pas forcément besoin. Pourtant, même si Mr. Nobody ne fera sans conteste pas l'unanimité, pouvant énerver de part une philosophie un peu facile ou un style visuel parfois outrancier, il reste néanmoins une expérience cinématographique assez stimulante où toute la complexité du récit se fait au fur et à mesure de plus en plus limpide. De part cette volonté du cinéaste de tout symbolisé - les rames de train - de manière, certes un peu systématique et avec peu de subtilité. Un film qui questionne et divise, Mr. Nobody l'est sans conteste, nous embarquant ainsi dans un délire visuel à ciel ouvert où il faut accepter de se laisser aller, passant du romanesque à l'humour, de l'émotion à une certaine froideur, du drame familial à la tragédie pure pour un conte philosophie assez exaltant et passionnant en son genre.

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1. Diane Kruger: Inglourious Basterds
2. Juno Temple: Reviens-moi / L'An 1: des débuts difficiles

> Mostra de Venise 2009: Prix Osella de la contribution technique

Crédit photo: Pathé Distribution

Par Limess - Publié dans : En salle en 2010
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Mardi 12 janvier 2010 2 12 /01 /2010 11:23

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Sortie: 06 janvier 2010

> L'histoire: Brian Weathersby (Paul Dano) est un jeune homme tout ce qu'il y a de plus ordinaire: célibataire, employé dans un magasin de literie... A l'exception prêt qu'il poursuit le doux rêve depuis son enfance d'adopter un bébé venu de Chine. Jusqu'à ce qu'il fasse la rencontre de Al Lolly (John Goodman) et de sa fille Harriet (Zooey Deschanel), surnommée "Happy".

"Quoi de mieux qu'une petite comédie indépendante américaine pour commencer l'année en beauté ?". Voilà le genre d'affirmation que l'on peut se dire à soi même en prenant sa place pour Gigantic, premier film du jeune cinéaste Matt Aselton. Gigantic ou le prototype même du film indépendant, reposant à la fois sur le lieu de l'intrigue, le milieu social et des interprètes savamment choisis. Soit une semi comédie new yorkaise - pour ne pas dire tragi - mettant en scène deux jeunes à la dérive - lui, milieu populaire, elle plutôt bobo (?) -, incarnés par Paul Dano et Zooey Deschanel. Le premier ayant été découvert avec Little Miss Sunshine, la seconde ayant cartonné avec (500) jours ensemble. De là à faire un bon film, il n'y avait qu'un pas... sauf qu'un mauvais scénario a peu tendance à donner des résultats très concluants. Ainsi, alors que Gigantic avait tout pour soulever les coeurs, le film apparaît au contraire comme une oeuvre très artificielle, longue et extrêmement fragile où à l'ennui poli se mêle rapidement un agacement irritant. La faute à deux scénaristes hyperactifs, Adam Nagata et Matt Aselton himself, à la copie plus que brouillonne. Proposant non pas une intrigue consistante mais une série de petites saynètes ayant pour unique but de mettre en avant l'originalité d'un personnage. De l'évacuation miraculeuse d'une tumeur à une partie de chasse sous hallucinogènes. Entre elles, aucune cohérence, Matt Aselton ne prenant pas même le temps de construire une galerie de personnages solides, chacun étant caractérisés par un et un unique toc - le grand père qui ne sait pas se servir des nouvelles technologies, le frère mafieux, le copain qui étudie des rats, la copine lunaire... A l'exception de son anti héros mélancolique obsédé par les bébés chinois... Quoi que !

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Là aurait pu s'arrêter le massacre et Gigantic aurait été une comédie indé éphémère de plus si le cinéaste n'avait pas eu l'envie soudaine de matraquer son récit d'éléments fantaisistes, arrivant au milieu de son intrigue comme des cheveux sur la soupe. A l'instar de ces attaques répétées d'un SDF sur Brian, lui sautant dessus dès que celui-ci marche dans la rue. A ce titre, Matt Aselton est le roi des portes ouvertes, lançant la première pierre d'une série d'histoires - telles les nausées de Harriet - sans jamais aller plus loin. Donnant au film un petit air d'oeuvre décalée mais pas dans le bon sens du terme, Gigantic retombant toujours à côté. Pas vraiment une comédie romantique, ni un drame, ni une étude psychologique, ni même une oeuvre surréaliste, le premier film de Matt Aselton ne raconte finalement pas suffisamment de choses - qui plus est intéressantes - pour être correctement identifié. Le cinéaste se reposant sur ses lauriers, persuadé que quelques répliques et situations piquantes et les beaux yeux de Zooey Deschanel feront l'affaire, fallait-il encore proposer une histoire potable afin que le tout fasse relativement effet. Un film oublié dès la sortie de la salle où il vous suffit, en fait, de regarder l'affiche pour en voir résumer et même carrément spoiler les principales intrigues... Chapeau bas.

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1. Paul Dano: There Will Be Blood / Hôtel Woodstock
2. Zooey Deschanel: (500) jours ensemble
3. John Goodman: Dans la brume électrique
4. Zach Galifianakis: Very Bad Trip

Credit photo: La fabrique de Films

Par Limess - Publié dans : En salle en 2010
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Mardi 12 janvier 2010 2 12 /01 /2010 11:20

Et c'est reparti pour un tour sur Radio Campus Paris (93.9 FM)... En 2010, Extérieur Nuit fêtera ses dix ans tout en célébrant chaque mercredi (19h-20h) l'actualité cinéma sous toutes ses formes. En l'absence de L. et Jonathan, Thomas et moi avons participé avec plaisir à cette seizième émission de la saison, disponible ici.

Au programme:

- Yann reçoit Catherine Ruelle, directrice artistique du festival
Songes d'une nuit DV, qui fêtera sa dixième édition du 12 au 22 janvier.
- Bright star, le dernier Jane Campion, indiffère Melissa et Ben mais bouleverse Thomas.
- Vincent et Perrine ont beaucoup apprécié Agora, le film d'Alejandro Amenábar.
- Perrine, Melissa et Vincent ont goûté le charme du premier film de Drew Barrymore, Bliss.
- Cécile, Lucie et Yann ont diversement apprécié Padre nuestro, polar et drame social de Christopher Zalla.
- Dans le cadre de sa chronique Ceux qui font le cinéma, Sonia a rencontré le réalisateur Nicolas Philibert.
- Yann et François célèbrent la ressortie de Conversation secrète, chef d'oeuvre de Francis Ford Coppola.
- À cette occasion, François livre une chronique sur le complot au cinéma.
- François, Laure et Ben ont vu L'éclipse, film d'Antonioni qui ressort également en salles.
- Laure est restée en dehors de Gigantic, qui a au contraire charmé Lucie.
- Le film coréen Une vie toute neuve n'a guère transcendé Thomas et Ben.

Présentée par Xavier, l'émission est disponible
ici.

Par Limess - Publié dans : Extérieur Nuit
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Dimanche 10 janvier 2010 7 10 /01 /2010 17:49

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Sortie: 06 janvier 2010

> L'histoire: Séoul, 1975. Jinhee (Kim Saeron) n'a pas encore 10 ans quand son père la place dans un orphelinat. Commence alors pour une elle un tout nouveau départ, entre amitiés naissantes et séparations diverses, abandon et espoir d'une vie complètement différente...

Présenté hors compétition lors du dernier festival de Cannes, Une vie toute neuve, premier film de la réalisatrice Ounie Lecomte, s'apparente à une sorte de thérapie, la cinéaste y contant son histoire personnelle pour une plongée au coeur d'un orphelinat coréen. Présentant d'abord quelques brefs instants de la vie de Jinhee, Ounie Lecomte démarre très rapidement l'intrigue de son film, donnant à voir les préparatifs puis l'abandon de cette fameuse petite fille par un père visiblement à court de moyens. Occultant complètement la figure paternelle, à l'exception d'un dernier regard avant de disparaitre définitivement derrière les grilles, faisant alors du passé de Jinhee une figure fantomatique. Comme si l'on effaçait une ardoise avant de tout reprendre au début. Là est d'ailleurs le sujet central d'Une vie toute neuve ou comment faire de l'orphelinat un lieu entre deux mondes, entre l'abandon et l'adoption. Refusant complètement sa nouvelle condition, persuadée qu'il y a erreur sur la personne, Jinhee ne sera en ce sens pas une "pensionnaire" comme les autres, écartant totalement l'idée même de se retrouver dans une nouvelle famille. A la différence de ses camarades, prêtes à tout pour quitter cet endroit. Faisant de l'orphelinat un lieu d'errance, dans l'attente de quelque chose qui ne viendra peut être jamais... Dès lors, le film se construit autour de la figure de l'attente dans laquelle l'enfant se construit, des après-midi avec ses nouvelles amies, le vol de nourriture ou les soirées "voyance", les orphelins tirant chacun leur tour les cartes dans l'espoir d'entrevoir un bout de leur futur...

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Là où on pouvait attendre d'Une vie toute neuve une oeuvre plutôt racoleuse et très noire de part la difficulté de son sujet, Ouine Lecomte évite au contraire tout effet dramatique inutile, livrant un film extrêmement sobre et empli de vie, reposant non plus sur les enjeux dramatiques mais sur la performance de sa très jeune actrice, Kim Saeron. S'attachant uniquement aux effets d'humeurs de la petite Jinhee... Une qualité comme un défaut, Une vie toute neuve se révélant un film dans lequel le spectateur se retrouve lui-même dans l'attente de quelque chose, guettant les moindres indices scénaristiques laissant entrapercevoir la suite de l'oeuvre - une des chansons. Et c'est lorsque la cinéaste sort complètement des sentiers battus, laissant de côté ses réserves personnelles, que le film prend de son ampleur, à l'instar de cette scène incroyable où, consciente du peu d'opportunité que peut lui offrir la vie, la petite Jinhee préfère faire l'expérience de la mort en s'enterrant vivante, laissant sa jeune actrice aux prises d'une séquence à la noirceur implacable. Avant de retomber peu à peu dans la modération. A ce titre, si Une vie toute neuve est une oeuvre qui, malgré la puissance de son sujet, n'arrive jamais vraiment à décoller, il reste néanmoins un film véritablement attachant, à l'image de cette charmante mais triste comptine entonnée à chaque départ de l'un des orphelins...

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> Festival international de Cannes 2009: Hors compétition

Crédit photo: Diaphana Films

Par Limess - Publié dans : En salle en 2010
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Vendredi 8 janvier 2010 5 08 /01 /2010 12:28

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Sortie: 06 janvier 2010

> L'histoire: Juan (Armando Hernandez) et Pedro (Jorge Adrian Espindola), deux jeunes Mexicains, cherchent à émigrer clandestinement à New York. Pedro pense y retrouver son père, Diego (Jesus Ochoa), qu'il croît propriétaire d'un grand restaurant et dont il garde précieusement sur lui une lettre de sa mère, avec l'adresse de celui-ci. Mais pendant le voyage, Juan lui vole la lettre et décide d'usurper son identité. Se faisant passer pour son fils, il se présente à Diego, et découvre une toute autre réalité... De son côté, Pedro, perdu dans NY, rencontrera Magda (Paola Mendoza), une jeune femme paumée à qui il demandera de l'aider à retrouver son père...

Grand prix du jury au festival de Sundance 2007, Padre Nuestro s'inscrit dans cette vague de films sur l'émigration mexicaine sortis récemment, prenant inconsciemment le pas sur le Sin Nombre de Cary Joji Fukunaga. Car alors que ce dernier nous laissait dans l'incertitude quant au destin de son héroïne sur le territoire américain, Padre Nuestro fait de cette indétermination son point de départ. Pour son premier film, Christopher Zalla suit ainsi la destinée de deux jeunes mexicains que tout oppose, si ce n'est de se retrouver au même moment dans ce camion en partance pour New York. L'un avec l'espoir de retrouver son père, l'autre complètement à l'arrache. Et alors que le premier, Pedro, jeune garçon naïf et fragile se confiera à Juan, ce dernier profitera de l'occasion pour lui voler la lettre contenant toutes les informations afin de retrouver ce père, lui volant dès lors son identité. Construit, au premier abord, comme un thriller urbain sur fond d'émigration, Padre Nuestro met en parallèle les expériences de Juan et Pedro. Présentant, d'un côté, la relation naissante entre Juan et Diego, le père de Pedro donc, plongeur dans un restaurant de la ville, peu enclin à accepter son nouveau statu paternel. De l'autre, Pedro, complètement perdu dans l'immensité de cette ville, en prise à la misère et au désespoir, rencontrant sur son chemin Magda, une jeune toxico. Donnant à voir une vision sombre des bas fonds new yorkais où la communauté mexicaine aurait pris le pas sur les italiens, loin des grattes ciels et de l'Upper East Side.

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Là réside toute la force première de Padre Nuestro, Christopher Zalla démontant de manière frontale les illusions d'une jeunesse mexicaine, à la recherche d'un "american way of life" trop idéalisé. En fuyant l'Amérique du Sud, ceux-ci pensaient trouver une terre d'accueil propice à un avenir doré, de quoi déchanter assez rapidement. Et alors que le cinéaste aurait pu uniquement s'attacher à la question de l'émigration et des sans-papiers, celui-ci fait le choix audacieux de s'en détacher, ne s'accrochant dès lors plus qu'à la destinée humaine de tous ses personnages. Confrontant Juan et Pedro à l'ancienne génération d'émigrés, eux-mêmes victimes de leurs illusions perdues. Ainsi, alors que Pedro pensait trouver un père riche, directeur d'un grand restaurant, il ne trouvera que Diego, plongeur à ses heures, conservant le mieux qu'il peut son argent afin de rentrer sur le territoire mexicain le plus rapidement possible. Montrant à quel point les rêves des générations précédentes ont fini par perdurer en Amérique du Sud, malgré la réalité. Chronique sociale et politique, Padre Nuestro est ainsi une oeuvre particulièrement sombre et réaliste, où éclate, par moment, quelques instants plus légers, brisant le mythe du rêve américain. Et si l'on peut regretter le caractère très antipathique du personnage de Juan, véritable tête à claque, le film de Christopher Zalla s'avère un premier essai assez réussit, montrant une facette de New York, certes pas novatrice - il suffit de reprendre les oeuvres de Martin Scorsese -, mais peu représentée dans le cinéma actuel.

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> Festival du film de Sundance 2007: Grand prix du jury

Crédit photo: Tamasa Distribution

Par Limess - Publié dans : En salle en 2010
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