Lundi 14 décembre 2009 1 14 /12 /2009 19:06

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Sortie: 02 décembre 2009

> L'histoire: Il est capable de faire un discours étonnant sur la soul américaine à des écoliers éberlués, de se mêler de la vie privée de ses concitoyens, ou encore de faire jurer à sa fille de 18 ans que jamais, au grand jamais, elle ne quittera la maison familiale. C'est Simon Wolberg, maire d'une petite ville de province, amoureux fou de sa femme, père envahissant et fils provocateur ! C'est l'obsession de la famille qui porte cet homme. Qui le pousse à mettre à l'épreuve ces liens, à en vérifier la force et la fragilité...

A jamais, La famille Wolberg restera d'abord dans les mémoires comme la dernière oeuvre de Jocelyn Quivrin, décédé brutalement quelques semaines avant sa sortie en salle. Cela serait, bien entendu, cantonner le film à ce qu'il n'est pas, celui-ci n'apparaissant que brièvement, jouant le rôle de "catalyseur" sur cette famille en apparence si soudée mais dont les petits secrets ont fini par ronger chacun d'entre eux. D'abord, il y a ce père, Simon, maire d'une petite ville tranquille mais dont toutes les énergies ne semblent converger dans l'unique but de maintenir sa famille au dessus de l'eau. Comme un radeau auquel il s'accrocherait encore et encore dans l'espoir de ne pas sombrer totalement. Sauf qu'à trop vouloir aimer, Simon a tout simplement fini par étouffer tout le monde, poussant sa femme et ses enfants à aller voir ailleurs. Dans les bras d'un amant comme vers un futur mode de vie radicalement différent de celui en place. La vie de bohème au lieu d'un train de vie ordinaire. Comme un rejet des valeurs inculquées dès l'enfance. Et s'il se rend progressivement compte de ses erreurs, Simon préférera dans un premier temps feindre ses inquiétudes, s'enfonçant encore un peu plus chaque jour. On dit souvent que la famille, si elle est constituée des êtres les plus chers que l'on peut avoir, se révèle toujours l'entité capable de nous faire le plus mal, il en est ainsi dans La famille Wolberg, premier film délicat de la réalisatrice Axelle Ropert, jusqu'alors connue en tant que critique de cinéma. De son film se dégage une drôle d'atmosphère, mélancolique et nostalgique, tout en cultivant une série de contradictions tout à fait inattendues.

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Car La famille Wolberg est avant tout une oeuvre toujours entre deux. Entre l'été et l'hiver. Théâtrale tout en cherchant le réalisme des situations. Donnant à voir une famille juive sans jamais faire de la judaïté un sujet en soit. Proposant à François Damiens et Valérie Benguigui leur premier rôle dramatique, eux qui étaient jusqu'alors enfermer dans le carcan de la comédie populaire. Résultat ? La famille Wolberg est une oeuvre inclassable, jamais vraiment gaie sans être pourtant totalement triste. On y vogue, comme suspendu au dessus de cette ligne que l'oncle et le neveu s'amusent à franchir. Passant de la réalité à la non-réalité. Charmant doucement par sa fragilité ambiante. Aux dialogues trop écrits se mêlent ainsi une justesse d'écriture quant il s'agit de décrire les liens familiaux, amenant progressivement une émotion prête à ne plus nous quitter. Plongé dans la campagne nordique française, La famille Wolberg nous trimballe pourtant dans une étrange ballade soul, au doux son de quelques standards américains. Et alors que l'anniversaire de l'aînée arrive, il se profile avec lui une série de tracas aux conséquences désastreuses, faut-il encore que l'un d'entre eux se décident à crever l'abcès. Attachant et plein de tendresse, La famille Wolberg se révèle ainsi une jolie surprise pour peu que l'on accepte de s'y laisser guider, où l'émotion, au départ pas forcément facile, se fait peu à peu de plus en plus sentir. Mine de rien, s'il pouvait paraître un peu léger, le film d'Axelle Ropert ne nous lâche finalement pas si facilement, marquant par le spleen et le côté folk qui s'en dégage, par la sensibilité de son interprétation, à commencer par la jeune Léopoldine Serre.

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> Festival international de Cannes 2009: Quinzaine des réalisateurs

Crédit photo: Carole Bethuel

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Lundi 14 décembre 2009 1 14 /12 /2009 12:39

Personne n'est parfait... Une petite erreur de manip, et c'est un quart d'heure d'émission qui disparaît à jamais aussitôt diffusé. Mais, finalement, qu'importe : trois quarts d'Extérieur Nuit (tous les mercredis de 19h à 20h sur Radio Campus Paris, 93.9 FM), valent mieux que deux tu l'auras, et surtout que bien d'autres émissions de cinéma. En présence de Jonathan, et tandis que Thomas et moi-même interviewions Bong Joon-ho hors les murs et que L. continuait son tour des festivals, cette douzième émission s'est déroulée sans autre écueil, comme vous le prouvera le podcast disponible ici.

Au programme:

* La preuve qu'il est important d'écouter l'émission en direct : vous ne saurez jamais ce que Laure, Vincent et Jonathan ont pensé de Persécution, le dernier Patrice Chéreau.
* Idem pour Mensch de Steve Suissa, que Ben, François et Perrine ont traité en début d'émission.
* Yann, Eric et Ben ont vu Yuki & Nina, film à quatre mains et en deux parties qu'ils n'ont aimé qu'à moitié (pour les deux tiers d'entre eux, en tout cas)
* Lucie et Ben sont très mitigés par rapport au film chilien Huacho, que Xavier tente quant à lui de défendre.
* Xavier a d'ailleurs interviewé le réalisateur du film, Alejandro Fernandez Almendras.
* Dans sa chronique Ceux qui font le cinéma, Sonia effectue un retour sur le Festival des 3 Continents de Nantes.
* Yann chronique d'abord le coffret DVD Jeux de Lang regroupant 2 films du maître : La femme au portrait et La rue rouge.
* Il enchaîne ensuite sur le 3ème coffret Douglas Sirk, comprenant La fille des marais, Les piliers de la société, Paramatta, bagne de femmes et La habanera.
* Vincent se lâche tout seul sur Astro Boy, énième adaptation inutile du célèbre manga d'Osamu Tezuka.
* Perrine, Lucie et Vincent sont affligés par un nouveau remake sans intérêt, Le beau-père.

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Samedi 12 décembre 2009 6 12 /12 /2009 15:50

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Sortie: 16 décembre 2009

> L'histoire: Malgré sa paralysie, Jake Sully, un ancien marine immobilisé dans un fauteuil roulant, est resté un combattant au plus profond de son être. Il est recruté pour se rendre à des années-lumière de la Terre, sur Pandora. Parce que l'atmosphère y est toxique pour les humains, des industriels ont créé le Programme Avatar, qui permet à des " pilotes " humains de lier leur esprit à un avatar, un corps biologique commandé à distance, capable de survivre dans cette atmosphère létale. Ces avatars sont des hybrides créés génétiquement en croisant l'ADN humain avec celui des Na'vi, les autochtones de Pandora.

A moins d'avoir vécu dans un caisson isolé depuis plus d'un an, impossible de passer outre le phénomène Avatar, nouvelle création de James Cameron, disparu de nos écrans après le succès mondial de Titanic. Il y a de cela onze ans. Avatar. L'oeuvre dont Steven Soderbergh déclarait n'avoir jamais rien vu de tel. Le film censé révolutionner le cinéma de demain. Celui dont l'acteur, Sam Worthington, jusqu'alors quasi inconnu, fut préalablement présenté au public sous l'égide de James Cameron himself lors de la sortie de Terminator Renaissance. Dont quelques minutes furent dévoilées à un public d'impatients lors d'un "Avatar's day", savamment organisé dans plusieurs cinémas, à des tranches horaires très étudiées. En somme, un véritable monstre médiatique, le genre à vampiriser totalement l'attention, encore et encore, jusqu'à sa date officielle de sortie. Oui, mais après ? Tout ceci n'était-il qu'un grand bazar afin de rentabiliser au plus vite l'un des films les plus chers de l'histoire du cinéma ? Ou le niveau est-il si élevé que cela ? Un peu des deux, il faut bien le dire, bien qu'Avatar restera surtout, et vraisemblablement, dans les annales comme l'un des grands précurseurs d'un certain cinéma (de divertissement, exclusivement ?) à venir. Car, il faut le reconnaître, la prouesse visuelle et technique du film est une véritable merveille, un choc en terme de qualité d'images et d'animation, comme on en avait peu vu auparavant.

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Suivant un ancien marine paralysé, Jake Sully, Avatar nous plonge in media res dans un univers indéfini temporellement mais que l'on devine plutôt contemporain. Où les humains, dans l'espoir de sauver notre bonne vieille terre, détruite au fil des âges, décidèrent de dénicher ailleurs un minéral censé changer le cours des choses. Le tout étant encore de passer outre les Na'vi, population autochtone vivant sur celle-ci. A ce canevas assez simpliste, sur fond d'histoire coloniale, James Cameron y greffe une galerie de personnages conséquente dans le but de créer une multitude d'intrigues primaires et secondaires. Se regroupant progressivement. Et si la trame scénaristique principale ne se révèle pas très novatrice, se transformant de manière prévisible en une lutte à la David et Goliath, c'est que l'intérêt de James Cameron est ailleurs. Lui qui nous embarque dans un univers parallèle hallucinant et créer de toutes pièces, à la rencontre d'un peuple hors du commun. Il suffit pour cela de fermer les yeux et de se brancher à son avatar, ce qu'on se prendra inconsciemment à faire lors de la sortie de la salle. Créer afin de pouvoir vivre sur cette terre à l'atmosphère toxique, les avatars permettent à Jake Sully de retrouver virtuellement l'usage de ses jambes et de partir à la rencontre de ses fameux Na'vi. Découvrant toute une culture et des traditions, tel un anthropologue en puissance. Exécutant un grand saut dans un monde inconnu où le rêve prendra rapidement le pas sur la réalité, beaucoup moins attractive. De manière assez détaillée, le cinéaste nous donne ainsi à voir un univers magique où Na'vi et nature vivent en parfaite communion, Avatar se faisant instantanément un grand blockbuster écologique, idéal en cette période de réunion environnementale au sommet de Copenhague...

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Si l'histoire n'est en rien révolutionnaire, elle qui ne fait jamais dans la complexité inutile, c'est que James Cameron semble avant tout vouloir revenir aux fondements même du cinéma: celui de proposer un divertissement sur grand écran, dans le but de distraire un public donné. Car Avatar est un entertainment de haute volée, un film qui redonne ses lettres de noblesse à une "forme" souvent décriée par la critique. Cela, grâce à une fusion entre le fond et la forme, l'un n'étant là que dans l'unique but de soutenir l'autre. Rien n'est ici fait de manière gratuite, le cinéaste ne cherchant jamais à en rajouter, que ce soit en terme d'effets spéciaux ou d'éléments scénaristiques inutiles. Il n'en a pas besoin, ce qu'il propose étant déjà assez grandiose. Et il faut bien le dire, Avatar est d'une beauté extraordinaire, a vous en donner les larmes aux yeux. En suivant Jake Sully, James Cameron nous navigue ainsi à vue à travers des paysages éblouissants, des arbres phosphorescents aux îles volantes, à la découverte d'une faune sauvage inconnue et imaginaire. Passant de corps réels (ceux de Sigourney Weaver ou de Sam Worthington) à des avatars virtuels, d'une ressemblance confondante. Et si l'usage de la 3D ne cherche jamais à en faire des tonnes, n'ayant pas pour but de vous envoyer un caillou en pleine tête, elle donne avant tout de l'ampleur au décor, renforçant la qualité visuelle de l'oeuvre. A ce titre, Avatar est vraiment un film à découvrir dans les conditions les plus optimales, en IMAX ou, dans tous les cas, en 3D, celui-ci proposant un univers visuel à la hauteur de ce qu'était, en son temps, les Star Wars de George Lucas. L'oeuvre qui restera, avec la trilogie du Seigneur des anneaux, comme LA fresque fantastique de la décennie, est, dans tous les cas, une belle réussite, un film que l'on aurait aimé découvrir à l'âge de dix ans, un dimanche, avec son père. Elle qui nous aurait alors ouvert les portes, au choix, d'une cinéphile à venir ou d'une imagination déjà débordante. Un divertissement, donc, pour grands et petits enfants où les 2h40 ne semblent durer que cinq petites minutes qui, s'il ne marque pas forcément sur le fond, reste vraiment, sur la forme, une énorme claque visuelle.


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1. Sam Worthington: Terminator Renaissance
2. Sigourney Weaver: Soyez sympas, rembobinez
3. Giovanni Ribisi: Public Enemies


Crédit photo: 20th century fox

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Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /2009 17:13

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COUP DE COEUR

Sortie: 16 décembre 2009

> L'histoire: Grégoire Canvel a tout pour lui. Une femme qu'il aime, trois enfants délicieuses, un métier qui le passionne. Il est producteur de films. Révéler les cinéastes, accompagner les films qui correspondent à son idée du cinéma, libre et proche de la vie, voilà justement sa raison de vivre, sa vocation. Grégoire y trouve sa plénitude, il y consacre presque tout son temps et son énergie. Hyperactif, il ne s'arrête jamais, sauf les week-end qu'il passe à la campagne en famille : douces parenthèses, aussi précieuses que fragiles. Avec sa prestance et son charisme exceptionnel, Grégoire force l'admiration. Il semble invincible. Pourtant sa prestigieuse société de production, Moon Films, est chancelante. Trop de films produits, trop de risques pris, trop de passifs; les menaces se précisent. Mais Grégoire veut continuer d'avancer, coûte que coûte. Jusqu'où cette fuite en avant le conduira-t-il ? Un jour, il est obligé de voir la réalité en face. Alors surgit un mot : l'échec. Et une grande lassitude, qui va bientôt, secrètement, prendre la forme du désespoir.

Repérée il y a près de deux ans avec Tout est pardonné, Mia Hansen-Love fait partie de cette jeune génération de réalisatrices françaises renouvelant un paysage cinématographique jusqu'alors très masculin. Elle qui se place aux côtés de Lola Doillon ou autres Céline Sciamma dont on a pu découvrir les premiers longs métrages a une période similaire et dont on attend la suite avec une impatience non dissimulée. Une chose faite, donc, pour Mia Hansen-Love dont Le Père de mes enfants marque la deuxième réalisation. Elle y suit le personnage de Grégoire Canvel, un producteur de films comme on aimerait en avoir plus, accompagnant la création d'oeuvres aux budgets limités, aux réalisateurs obscurs et sujets divers, mais néanmoins indispensables à la diversité du septième art. Un "héros" ordinaire, en somme, nous plongeant dans les coulisses d'un autre versant de l'industrie cinématographique où l'amour se mêle à l'art et l'art à l'argent... Car, face à la réalité économique et les changements profonds de la distribution, de l'exploitation ou du rapport qu'entretient le public avec le cinéma, Grégoire est un de ces derniers résistants face à la mutation de ce système, croyant encore à la possibilité de proposer autres choses. Mais pour combien de temps ? S'inspirant du fait divers autour du suicide d'Humbert Balsan, producteur, entre autres, de Claire Denis ou d'Elia Suleiman, Mia Hansen-Love dresse ainsi le portrait d'un homme à part, des bureaux parisiens aux plateaux de tournage perdus en pleine nature. Filmant sa passion et son acharnement à toute épreuve, quitte à sacrifier sa vie de famille. Car alors que le film aurait pu exclusivement se centrer sur cette trame scénaristique, la cinéaste dévie lentement de son objet principal, passant de la sphère publique à celle privée, de l'homme de terrain au père de famille. Mettant alors l'attention sur les siens.

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Habilement scindé en deux parties, autour d'un avant et d'un après, Mia Hansen-Love s'applique dans un premier temps à restituer la complexité de cette famille en apparence disloquée mais, en réalité, on ne peut plus soudée. Des week-end à la campagne ou autres vacances en Italie. Peu présent au quotidien, Grégoire semble néanmoins faire office de pilier central de l'édifice, lui que l'on attend même aux heures les plus tardives pour réaliser un petit spectacle. Avec émotion et subtilité, la cinéaste donne alors à voir la chute progressive de cette figure paternelle, tombant peu à peu de son pied d'estale. Celui que l'on croyait invincible devenant bientôt celui que l'on doit porter et soutenir, jusqu'à sa disparition la plus totale. Brutalement. Sans prévenir. Dès lors, Le Père de mes enfants se mute en une déclaration d'amour intense et sensible, autour de ce travail du deuil et le pouvoir qu'est la transmission. A travers le transfert d'une passion ou d'un amour du métier, passant désormais d'une génération à une autre. De secrets, plus ou moins enfouis, aussi. Porté par Louis-Do de Lencquesaing et la révélation Alice de Lencquesaing, Le Père de mes enfants est ainsi une oeuvre délicate et forte, particulièrement réaliste quant il s'agit de traiter de cette entité universelle qu'est la famille. Et si l'on peut regretter quelques dialogues trop écrits, parfois, il n'en reste pas moins une des plus belles surprises de cette fin d'année, douce, fragile et poignante.

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> Festival international de Cannes 2009: Un certain regard - Prix spécial du jury
> Festival Cinessonne 2009: en compétition

Crédit photo: Les Films du losange

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Dimanche 6 décembre 2009 7 06 /12 /2009 12:08




Sortie: 02 décembre 2009

> L'histoire: L'histoire d'un mystérieux homme solitaire, dont les activités restent en dehors de la légalité. Il est sur le point d'achever une mission, dont l'objet n'est pas dévoilé. A la fois concentré et rêveur, notre homme accomplit un voyage à travers l'Espagne, mais aussi à l'intérieur de sa conscience...

Autant être honnête tout de suite, je ne connais malheureusement que très peu le cinéma de Jim Jarmusch. Ce qui ne saurait tarder au vu de la rétrospective organisée en ce moment au Champo à Paris ou aux multiples dvd qui gisent sur les étagères de mes amis cinéphiles. C'est avec curiosité, donc, que j'ai découvert ses fameuses Limits of Control, un drôle de film contemplatif et particulièrement déconcertant. Le cinéaste y suit les errances d'un homme mystérieux (Isaach de Bankolé) à travers l'Espagne, à la mission inconnue et au control freak hallucinant. Répétant inlassablement les mêmes gestes, commandant deux expressos dans deux tasses séparées, allant au musée découvrir un et un seul tableau à la fois... Entre temps, il rencontrera sur son chemin un nombre impressionnant de personnages, aussi énigmatiques que lui, lui apportant à chaque fois une même boite d'allumettes (verte ou rouge) cessée le guider vers son objectif final. Comme si il dépendait d'une organisation plus grande dont il ne serait que le simple jouet. Ballotté de villes en villes, il nous emmènera alors avec lui dans sa balade mélancolique et fascinante, à la rencontre de paysages espagnols peu explorés cinématographiquement. Qui plus est par un cinéaste américain. D'ailleurs, The Limits of Control est avant tout une oeuvre qui réfléchit à ces fameuses limites du cinéma, à l'instar de cette mise en abyme orchestrée par Tilda Swinton. Perruque blanche et bottes léopards, celle-ci lui explique qu'elle n'aime rien de plus au cinéma que les films qui rendent compte d'une certaine époque, où les personnages ne parlent quasiment pas, avant qu'ils s'arrêtent tous les deux brusquement de parler créant un comique de situation particulièrement piquant. A l'image de cet humour froid qui viendra rythmer tout le film.


Là se situe l'intérêt principal de ce qui ressemble avant tout à un grand exercice de style, Jim Jarmusch embarquant dans son aventure ses amis comédiens, apparaissant chacun une dizaine de minutes, tout au plus. De Gael Garcia Bernal à Hiam Abbass. Car The Limits of Control s'inscrit avant tout dans un courant cinématographique particulier, démarré, majoritairement en Europe, à la fin des années 50. Ce qu'un grand philosophe, que l'on surnommera mister D., définira comme "l'image-temps". Dans ce corpus de films, les personnages ne sont plus dans l'action mais dans la contemplation d'un monde que l'on ne perçoit alors plus de la même manière après les massacres de la seconde guerre mondiale. En regardant The Limits of Control, on pense à La Notte, de Michelangelo Antonioni, où Jeanne Moreau, tel Isaach de Bankolé, errait dans les rues italiennes, sans destination particulière ou but précis. De ce postulat découle alors tout une imagerie cinématographique que prend le temps de récréer Jim Jarmusch, citant explicitement Le mépris de Jean-Luc Godard, proposant sa propre version de la femme fatale (Paz de la huerta, intégralement nue à chacune de ses apparitions), définissant chacun de ses personnages non pas par un nom mais par des petites habitudes (les lunettes, le cigare, les cafés, l'amour du cinéma...). Dès lors,  le cinéaste livre une oeuvre extrêmement minutieuse, reposant sur une mise en scène totalement contrôlée, aussi bien dans le choix des cadres que le moindre mouvement de caméra. Bercée par la musique magnétique de Sunn O))) et Boris. Un film exigeant, donc et, il faut bien le dire, passablement ennuyeux d'où émerge pourtant une réelle fascination, comme un voyage hors du temps dans les rues solaires d'une Espagne moderne. Etrange et envoûtant, monotone et apaisant.




1. Alex Descas: Rapt
2. Tilda Swinton: L'étrange histoire de Benjamin Button
3. Hiam Abbass: Espion(s)

Crédit photo: Le Pacte

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Dimanche 6 décembre 2009 7 06 /12 /2009 11:56


Rattrapage en vitesse, l'émission de la semaine dernière est disponible ici. Mais place au premier mercredi de Décembre. Petit évènement dans les locaux de
Radio Campus Paris (93.9 FM), puisque ce mercredi l'équipe d'Extérieur Nuit recevait notamment Christophe Salengro, Président à vie du Groland ! De 19h à 20h, délire, débauche et débats constituèrent le progamme de cette émission d'une diversité inouïe. En compagnie de Thomas et Jonathan, et en attendant que L. revienne du festival Cinéma-sciences de Bordeaux, nous avons savouré ce onzième numéro de la saison, dont le podcast se trouve ici.

Au programme:

* Les invités n'attendent pas : un Gautier en soutien-gorge et un Yann décontenancé reçoivent Pascale Faure, responsable des programmes Courts et Créations de Canal +, ainsi que Christophe Salengro, venus tous deux présenter l'émission spéciale Salengromadaire, diffusée les vendredis 4 et 11 décembre à minuit.
* Cécile, Yann et Thomas débattent du cas Jarmusch, dont le dernier film passionne et ennuie à la fois. Grand film ou film de trop ? Telle est la question.
* Thomas tente de défendre le film grec Canine, que Melissa et Ben n'ont absolument pas apprécié.
* Jonathan dit tout le bien qu'il pense de La famille Wolberg, mais Perrine et Ben ne sont pas franchement d'accord.
* Thomas, Cécile et Vincent opposent leurs points de vue de lecteurs / non-lecteurs du roman La route, oeuvre de Cormac McCarthy adaptée par John Hillcoat.
* Gautier taille un costard à Paranormal activity, tandis que Perrine et Vincent tentent d'arrondir les angles.
* Yann et Ben ont adoré Lettre à la prison, film réalisé il y a 40 ans et enfin sorti en salles.
* Ben a d'ailleurs rencontré le cinéaste Marc Scialom, qui lui a notamment raconté l'étrange parcours du film.
* Pour sa chronique Ceux qui font le cinéma, Sonia a rencontré le réalisateur Jean-François Davy, dont quelques films sortent en coffret DVD.
* Jonathan revient sur le festival Chéries, chéris, plus connu sous le nom de Festival du film gay et lesbien.

Présentée par Gautier, l'émission est disponible
ici.

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Samedi 5 décembre 2009 6 05 /12 /2009 16:00




COUP DE COEUR

Sortie: 11 novembre 2009

> L'histoire: Philippe Miller est un escroc solitaire qui vit sur les routes. Un jour, il découvre par hasard un chantier d'autoroute abandonné, arrêté depuis des années par des écologistes qui voulaient sauver une colonie de scarabées. L'arrêt des travaux avait été une catastrophe économique pour les habitants de cette région. Philippe y voit la chance de réaliser sa plus belle escroquerie. Mais son mensonge va lui échapper.

Dans Quand j'étais chanteur, Xavier Giannoli se prenait de passion pour un chanteur des villages, anti-héros contemporain mais toujours plongé dans un passé bien révolu. Bercé par des anciens tubes quasi has-been, cherchant maladroitement à rester éternellement jeune (Ah, les mèches de Gérard Depardieu). Dans A l'Origine, Depardieu est toujours là, campant un malfrat bientôt roulé par un petit escroc dans une France de 2009, touchée par la crise et le chômage. A la recherche d'une prochaine arnaque à monter, celui-ci se retrouvera dans un village isolé où git à ciel ouvert les restes d'un chantier inaboutit d'un tronçon d'autoroute. Conscient du magot que pourrait lui ramener une telle entreprise, celui que l'on prénomme désormais Philippe Miller se lancera sans tarder, sans penser, néanmoins, aux conséquences de son acte. Là réside toute la puissance du scénario de Xavier Giannoli, construisant son film sur un personnage entre deux, mi-héros, mi-voyou. Car en ré-ouvrant les travaux, Philippe redonnera de l'espoir à toute une population, dans l'attente, depuis bien trop longtemps, que quelqu'un vienne un jour les tirer de leur torpeur. Et alors que cela ne devait être qu'une escroquerie de plus, Phillippe, éternel solitaire, se prendra bientôt d'affection pour tous ces habitants, de Monika, jeune mère pauvre, alternant plusieurs jobs histoire de s'en sortir, à Nicolas, son petit ami ou Stéphane, la maire du village avec qui il nouera progressivement une relation. Jusqu'à ce que des rumeurs viennent circuler sur l'aspect légal des travaux, qu'un certain nombre d'incohérences soient peu à peu révélées, mettant Philippe au pied du mur, face aux nombreux mensonges qu'il a pu inventer dans son acte de bravoure.


Porté par un François Cluzet tout simplement hallucinant, apportant une douceur et une mélancolie magnifique à ce personnage décontenançant, A l'Origine fonctionne avant tout par la sympathie qui se noue petit à petit à celui-ci. Nous transportant avec vitalité dans un univers peu cinématographique, celui des chantiers d'autoroutes, des laves de goudrons et des tractopelles. En imposant une tension implacable et de plus en plus prenante, Xavier Giannoli nous entraîne alors littéralement avec ce personnage, A l'Origine se faisant de plus en plus émouvant. La moindre scène, de par son actualité brûlante, donnant lieu à une série d'émotions. A l'instar de ce réveil en fanfare des enfants de la ville, applaudissant chaudement à l'arrivée des machines, sonnant le début des travaux et une probable sortie de crise pour quelques uns d'entre eux. On dit souvent que le cinéma français agace dans sa capacité à toujours s'appuyer sur des histoires quotidiennes, n'explorant que trop peu les univers fantastiques. Quant il est grandiose, cela en devient une expérience intense et passionnante, comme peut l'être A l'Origine. En donnant la part belle à de jeunes comédiens, Vincent Rottiers et Stéphanie Sokolinski, plus connue comme chanteuse et sous le pseudonyme de Soko, mettant en scène une Emmanuelle Devos épatante, Xavier Giannoli livre un très grand film, une belle fresque humaniste alliant à merveille un magnifique casting et une histoire aussi solide que puissante. L'outsider français de Cannes aura en tout cas prouvé ici qu'il a tout d'un grand, s'imposant comme un des cinéastes les plus exaltants de sa génération.




1. François Cluzet: Les liens du sang / Paris / Le dernier pour la route
2. Emmanuelle Devos: Plus tard tu comprendras / Les Beaux gosses / Les herbes folles

> Festival internationnal de Cannes 2009: en compétition

Crédit photo: EuropaCorp

Par Limess - Publié dans : En salle en 2009 - Communauté : Vos articles nous intéresse !
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Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /2009 18:45




Sortie: 02 décembre 2009

> L'histoire: Le père, la mère et leurs trois enfants vivent dans les faubourgs d'une ville. Leur maison est bordée d'une haute clôture. Les enfants n'ont jamais franchi la clôture. Leur éducation, leurs loisirs, leurs amusements, leur ennui, leur entraînement physique se conforment au modèle imposé par les parents, en l'absence de toute empreinte du monde extérieur. Les enfants pensent que les avions qui volent au-dessus de la maison sont des jouets et les zombies, des petites fleurs jaunes. Une seule personne a le droit de s'introduire chez eux : Christina, qui travaille comme agent de sécurité dans l'usine du père. C'est pour satisfaire les pulsions sexuelles du fils que le père fait venir Christina. Dans la famille, tout le monde l'adore, l'aînée des filles surtout. Un jour, Christina lui offre un serre-tête qui scintille, s'attendant à recevoir quelque chose en retour.

Prix "Un certain regard" au dernier festival de Cannes, Canine, du réalisateur grec Yorgos Lanthimos fut, lors de cet événement, considéré comme l'un des chocs des sélections alternatives de la croisette. Concurrençant les Antichrist ou autres Enter the void de la compétition officielle. Troublant au passage les quelques festivaliers alors présents par son sujet et ses scènes, soit disant, "percutants". D'où l'aura certain qui émanait alors de cette oeuvre et la déception qui s'en suivit. Car Canine n'a, au fond, rien de profondément heurtant, la faute à un réalisateur bien trop influencé. Tout commence par l'écoute d'une étrange cassette audio, donnant aux enfants d'une famille modeste les nouveaux termes a utilisé pour nommer quelques objets communs. Le mot "zombie" nommant désormais les petites pâquerettes du jardin. Enfermés depuis leur plus tendre enfance dans la maison familiale qui pris, au fil des ans, l'allure d'une prison dorée, ces trois là ont ainsi subit un lavage de cerveau en règle, persuadés qu'une menace inconnue, dont la présence de chats seraient le premier signe avant coureur, roderait à l'extérieur de ces barrières. D'où une séries de scènes aussi malsaines les unes que les autres, découlant de ce dispositif originel, allant de la découverte de la sexualité entre frères et soeurs au massacre du chat en question, sécateur en main.


Sur le fond, rien de profondément original, Yorgos Lanthimos surlignant sans subtilité son propos, expliquant clairement que les hommes sont comme des animaux que l'on pourrait dresser à sa guise. Sur la forme, c'est une autre histoire, le scénario donnant à voir tout un tas de stratagèmes mis en place par les parents pour encadrer leurs chères progénitures, créant tout une mythologie autour de cette dite famille. A commencer par les disques de Frank Sinatra, devenu pour l'occasion des chansons du grand-père que l'on écoute en fin de soirée. Le problème, c'est que Canine est avant tout un film qui se veut beaucoup de choses sans les atteindre réellement. Persuadé de tenir un sujet en or, Yorgos Lanthimos livre une oeuvre qu'il souhaite profondément dérangeante, avec laquelle il veut mettre ses spectateurs mal à l'aise, mais dont les ficelles de mise en scène se révèle bien trop visibles pour que l'entreprise soit tout à fait honnête. Pompant sans gêne le style Haneke par une réalisation volontairement calme et lancinante dans laquelle le choc surviendrait sans prévenir. Ici, le procédé se fait au contraire super facile, faisant de Canine une oeuvre racoleuse et peu marquante pour un sous. Pari loupé, donc, pour ce cinéaste qui, s'il fit son petit effet sur quelques festivaliers abreuvés d'images à longueur de journée, ne peut malheureusement plus en dire autant lors de la sortie en salle...




> Festival international de Cannes 2009: Prix "Un certain regard"
> Festival Cinessonne 2009: en compétition


Crédit photo: MK2 diffusion

Par Limess - Publié dans : Festival Cinessonne 2009 - Communauté : Vos articles nous intéresse !
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