Dimanche 3 janvier 2010 7 03 /01 /2010 08:00

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Sortie: 30 décembre 2009

> L'histoire: Paris, 1913, Igor Stravinsky (Mads Mikkelsen) présente le Sacre du Printemps à Paris, représentation houleuse à laquelle assiste la couturière Coco Chanel (Anna Mouglalis). Plusieurs années plus tard, suite à la révolution russe, celle-ci lui propose de venir vivre chez elle avec sa famille, le temps de retrouver l'inspiration... Commence alors une liaison passionnée entre les deux créateurs...

De Frédéric Beigbeder à Coco Chanel, il n'y a qu'un pas pour Jan Kounen, cinéaste français éclectique en perpétuelle évolution. Passant des immeubles high tech et autres soirées branchées à la maison de campagne d'une jeune couturière, bientôt spectatrice d'une romance aussi destructrice que salvatrice. Coco Chanel et Igor Stravinsky. Deux artistes de leur temps. L'une dans la mode, l'autre dans la musique, révolutionnant un art chacun de leur côté. Créant une nouvelle composition musicale ou un parfum à l'essence bientôt légendaire. Sans s'attacher pointilleusement à la relation naissante entre ces deux personnages, Jan Kounen fait d'abord le choix judicieux de se placer de trois points de vue différents: Igor, Coco et Catherine, la femme de celui-ci, spectatrice impuissante d'une attirance beaucoup plus physique qu'émotionnelle. Car alors que les enfants jouent dans le jardin, celle-ci guettera le moindre silence assourdissant, envahissant la maison à l'orée des ébats des deux amants. Et comment lutter contre une femme comme Coco, indépendante, libre et lumineuse quant on est soi même malade et à la charge de celui qui se dit encore notre époux. Dès lors, le cinéaste choisit de donner à Coco Chanel le mauvais rôle, celui de la mante religieuse sans scrupule, prête à tout pour assouvir ses désirs les plus bas... Pour la création ? Car là réside tout l'enjeu de l'oeuvre de Jan Kounen: donner à voir la naissance de l'acte créateur à travers celle d'une relation tumultueuse, de la passion puis la frustration créées par Coco Chanel chez Igor Stravinsky. Et alors que celle-ci se nourrit de son influence afin de faire évoluer sa ligne de vêtement, elle poussera volontairement le compositeur dans des souffrances les plus extrêmes, dans le but ultime de servir encore et encore ses compositions à venir. Ainsi, si l'on peut voir dans Coco Chanel & Igor Stravinsky une peinture peu reluisante de la créatrice, le film propose aussi une tout autre lecture et un autre portrait possible, faisant de Coco Chanel un être entier, prêt à tout pour l'acte créateur, quitte à en faire souffrir plus d'un...

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Sur un rythme plutôt lent et au combien envoûtant - à l'image de ces multiples symboles psychédéliques reprenant les couleurs Chanel - et de façon tout à fait épurée, Jan Kounen évite avec intelligence le biopic pur au profit d'un portrait en filigrane, faisant d'Igor Stravinsky le miroir de la personnalité de Coco Chanel. Elle est une femme de prestance, imposante, sûre d'elle, à la manière dont elle capte instantanément son attention avant de lui proposer de manière très directe de s'installer chez elle. Indépendante et complètement libre, ne se souciant pas de ce que l'on peut penser d'elle, ni de ses actes. Elle est aussi une femme de caractère, ne faisant que ce qu'elle souhaite, provoquant sans complexe Stravinsky alors que son épouse l'attend à l'étage. Et, c'est quand celui-ci sombrera petit à petit dans les joies de l'alcool, s'enfermant progressivement dans sa musique - magnifiques séquences où l'on découvre un Stravinsky couché dans l'herbe, cherchant l'inspiration au milieu de la nature - que la figure de Coco Chanel explosera, elle qui apparaîtra alors comme une femme à la fois froide mais d'une grande détermination, soit une personnalité très complexe dont le succès professionnel et personnel n'est en fait que la suite logique. Dans ce rôle, Anna Mouglalis, elle-même égérie Chanel depuis plusieurs années, est à ce titre la perfection même, s'imposant à l'écran par son physique longiligne, sa voix grave et sa très grande prestance. Prenant l'ascendant sur son partenaire, le très attendrissant Mads Mikkelsen, attachant en petit homme pris dans les filets de l'araignée Chanel. Ainsi, si le film de Jan Kounen tisse les liens d'une attirance physique et intellectuelle, dénuée de sentiments, il en découle une oeuvre d'une grande froideur mais d'une élégance folle, à l'image de cette héroïne, de la marque qu'elle représente et des tenues si célèbres qu'elle crééra au long de sa carrière. Soit un long métrage particulièrement surprenant, d'autant plus venant de ce cinéaste ci - 99 F étant l'opposé même - bercé par une superbe composition musicale signée non pas Stravinsky mais Gabriel Yared...

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> Festival international de Cannes 2009: Film de clôture

Crédit photo: Wild Bunch Distribution

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Samedi 2 janvier 2010 6 02 /01 /2010 23:49

Ah, les joies de la trêve hivernale, bercée par les fêtes de noël et du jour de l'an. Période idéale pour manquer à tous ses engagements envers son blog, au point de zapper totalement les sorties cinéma et les critiques de films. Mais afin de commencer cette nouvelle année sur de bonnes bases, quoi de mieux qu'un petit billet de retard autour de trois films vus et sortis pendant les fêtes, histoire d'effacer l'ardoise et de repartir à zéro. Une très belle année à vous tous et à très vite sur "Une dernière séance ?" !

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* Le Soliste / Soloist / Joe Wright


(Sortie: 23 décembre 2009)

Pour son expatriation aux États-Unis, Joe Wright, dont j'avais adoré les adaptations de Orgueil & Préjugés et Reviens-moi, s'attaque à celle des chroniques d'un journaliste, contant sa rencontre avec un jeune violoniste SDF. Soit une oeuvre particulièrement bancale mais non moins intéressante, ne sachant pas très bien sur quel pied danser, incapable de choisir entre le pur "produit" à oscar ou le film moins prétentieux. A l'instar de ses deux interprètes, Robert Downey Jr, impeccable dans une composition tout en subtilité et Jamie Foxx, incapable de faire dans le leger. Il en découle un film assez humble mais un poil moralisateur, nous plongeant dans les bas fond d'un Los Angeles peu cinématographique, entre fable humaniste et oeuvre cataloguée "histoire vraie".

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* Tetro / Francis Ford Coppola


(Sortie: 23 décembre 2009)

Quiconque ayant connaissance de mon top de l'année sait que Tetro est une oeuvre qui m'a particulièrement bousculé. Au point de se retrouver, tout simplement, n°1. Retour en fanfare, donc, pour Francis Ford Coppola qui, a près de 70 ans, nous livre une oeuvre virtuose, libre et surprenante, tel un film d'un jeune cinéaste fougeux tout juste sorti de son école. Prêt à tester toutes les possibilités de sa caméra. Il en résulte un long métrage absolument grandiose, proposant autant d'idées folles sur le plan visuel que scénaristique. Coppola livre ainsi une histoire digne d'un grand soap opéra autour du thème de la paternité et de la transmission, passant du noir et blanc argentique à un ballet en couleur, donnant le beau rôle au très sexy Alden Ehrenreich (le nouveau Dicaprio qu'on vous dit !) tout en imposant Vincent Gallo comme l'un des plus grands acteurs de son temps. Un chef d'oeuvre instantané pour Coppola, dans la lignée de son Rusty James, de quoi lui prédire une très belle seconde carrière à venir.

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* La Merditude des choses / Felix Van Groeningen

(Sortie: 30 décembre 2009)

Ah, les joies de la Belgique et du festival de Cannes. Qui a foulé la croisette cette année n'a pu passer à côté de La Merditude des choses, suivant les aventures alcoolico-familiales d'une tripotée de frères, autour de la figure du fils de l'un d'entre eux. Un film plutôt attachant de part le capital sympathie automatique de l'oeuvre et sa galerie de personnages échappés du Groland. Ici, on fait la fête sans modération, passant d'un concours de bières, d'une course de vélo à poil à un tour de France de l'alcool d'où ils résultent en permanence des situations toujours plus dramatiques. Arrivant sans cesse sans crier gare. Soit un long métrage joyeusement pathétique, drôle, émouvant et attendrissant. La bonne surprise de la semaine !

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Jeudi 31 décembre 2009 4 31 /12 /2009 11:00
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Et aussi, mention spéciale à Fish Tank / Le Bal des actrices / Le temps qu'il reste / Hadewijch / Vincere / Inglourious Basterds / District 9 / Bienvenue à Zombieland / Midnight Meat Train... Bravo à tous les participants (plus de 250 vus cette année, record battu), merci pour eux et vivement l'année 2010 ! Bonne fiesta !

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Mercredi 30 décembre 2009 3 30 /12 /2009 13:14

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Sortie: 16 décembre 2009

> L'histoire: Dans l'arrière-pays australien, à la fin du XIXème siècle, deux hommes situés aux deux extrémités de la loi passent un marché secret et décisif. Le Capitaine Stanley propose un marché à Charlie Burns, l'un des quatre frères du gang Burns: retrouver son frère aîné en échange de son pardon, et de la vie sauve pour le jeune Mike. Charlie n'a alors que neuf jours pour s'exécuter...

Alors que John Hillcoat était encore il y a quelques semaines un obscur cinéaste australien, le mois de décembre aura été plutôt propice pour lui, les distributeurs ayant sortis coup sur coup deux de ses derniers films. La Route, tout d'abord, adaptation du livre de Cormac McCarthy. The Proposition, ensuite, tourné en 2005 et dont la qualité et la popularité ont permis à celui-ci de se retrouver aux États-Unis au commande du dit premier. Prenant le parti de faire des terres australiennes un nouvel ouest américain, John Hillcoat livre avec The Proposition un western crépusculaire où aux paysages désertiques se côtoient de vieilles civilisations aborigènes, déjà asservies par l'homme blanc. A peine le décor placé que l'intrigue est lancée, mettant aux prises le capitaine Stanley et deux des bandits les plus recherchés du pays, Charlie et son jeune cadet Mike. Jusqu'à ce que celui-ci lui propose un marché, la vie de son frère aîné, brute sanguinaire responsable du massacre sordide d'une famille tout ce qu'il y a de plus tranquille contre celle du jeune Mike, adolescent un peu simplet et parfaitement innocent. Dès lors, John Hillcoat fait le choix judicieux de suivre la trajectoire des deux hommes, le capitaine Stanley, d'un côté, se cachant de sa hiérarchie afin que son accord ne s'ébruite pas, Charlie, de l'autre, sur les traces de ce frère qu'il devra bientôt livrer en pâture. Opposant leurs deux destinées, pas si différentes l'une de l'autre. Passant des déboires familiaux et professionnels de ce capitaine au grand coeur aux déboires moraux du gangster australien...


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Comme dans La Route, le thème de la moralité est d'ailleurs au centre de ce western particulièrement envoûtant. Car, alors que le petit garçon demandait toujours à son père si il était bien encore les gentils de l'histoire, The Proposition se construit autour de ces deux personnages attachants mais aux choix particulièrement draconiens. Les opposant dans ce que l'on devine comme un duel sanglant à venir, dès la moindre bavure indépendante de leur volonté. Telle cette flagellation aussi injuste qu'insupportable du petit Mike, devenu malgré lui le bouc émissaire d'un village sur les nerfs. Porté par un casting absolument magistral, de Guy Pearce à Ray Winstore, Danny Huston ou Emily Watson et une B.O fiévreuse signée Nick Cave - auteur ici aussi du scénario -, The Proposition nous embarque ainsi rapidement de part les enjeux simples mais fédérateurs de son sujet que par ces paysages australiens immenses et magnifiques tout en étant terriblement oppressants. Un beau film particulièrement passionnant et entêtant, idéal à découvrir sur grand écran en cette période hivernale...

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1. John Hillcoat: La Route
2. Guy Peare: La Route
3. Emily Watson: Breaking the waves / Synedoche, New York
4. David Wenham: Public Enemies
5. John Hurt: The Limits of Control


Credit photo: Bodega Films

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Dimanche 27 décembre 2009 7 27 /12 /2009 23:59

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Sortie: 02 décembre 2009

> L'histoire: Il y a maintenant plus de dix ans que le monde a explosé. Personne ne sait ce qui s'est passé. Ceux qui ont survécu se souviennent d'un gigantesque éclair aveuglant, et puis plus rien. Plus d'énergie, plus de végétation, plus de nourriture... Les derniers survivants rôdent dans un monde dévasté et couvert de cendre qui n'est plus que l'ombre de ce qu'il fut. C'est dans ce décor d'apocalypse qu'un père et son fils errent en poussant devant eux un caddie rempli d'objets hétéroclites - le peu qu'ils ont pu sauver et qu'ils doivent protéger. Ils sont sur leurs gardes, le danger guette, l'humanité est retournée à la barbarie...

Adapté de l'un des plus célèbres romans de Cormac McCarthy, prix Pulitzer 2007, La Route s'inscrit à merveille dans cette nouvelle mouvance cinématographique propre à la décennie, conséquence directe des traumatismes liés au 11 septembre 2001. A savoir ce qu'il se passe non plus pendant l'apocalypse mais tout juste après, que se soit à travers Les Fils de l'homme ou plus récemment, et de manière décomplexée, dans Bienvenue à Zombieland. Ici, impossible de savoir d'où est venue la menace. Est-ce une attaque terroriste ou un violence bouleversement climatique ? L'homme est-il dans l'histoire un bourreau ou une "simple" victime ? Suivant un père et son fils, revenus à l'état primitif, La Route se construit comme une sorte de road movie pédestre, traversant une Amérique ravagée et détruite, recouverte d'une cendre aussi omniprésente que pénétrante. Résultats d'un grand feu de joie ou résidu de peau humaine ? Hors de question de s'appesantir sur des questions de ce genre, l'apocalypse est ici un fait, le tout est maintenant d'y survivre. De manière moins prononcée que dans le livre, John Hillcoat donne ainsi à voir la "nouvelle" vie précaire de ce père et de son fils, répétant inlassablement les mêmes gestes chaque jour. Chercher à manger. Visiter quelques lieux abandonnés. Pousser encore et encore ce vieux caddie dans l'espoir, un jour, d'atteindre la mer. Trouver un lieu pour dormir. Rester le plus à l'écart possible des autres survivants, l'humanité n'étant plus tout à fait ce qu'elle était. Le cannibalisme ayant pris la place de tout autre comportement alimentaire, arrachant un peu plus encore les derniers êtres humains à leurs anciens modes de vie et codes moraux, disparus au même moment que la civilisation...
 

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Là réside tout l'intérêt de La Route, oeuvre plutôt contemplative et répétitive, reposant uniquement sur ces deux êtres de la même famille, symbolisant à eux seuls les restes d'une humanité étriquée. Car alors que la majorité a fait le choix de laisser de côté ses anciens idéaux, ce père cherchera tant bien que mal à inculquer encore quelques valeurs à son fils, quitte à se retrouver parfois dans des situations complètement paradoxales. "On est les gentils, hein Papa ?" répète le petit en boucle. "Oui" lui répond t-il avant d'arracher les vêtements d'un homme totalement désemparé, comme une ultime tentative de survie. Continuant à lui lire des histoires, à éveiller son imaginaire avant de lui planter un flingue sur la tempe à la moindre menace, préférant le voir mourir de ses mains plutôt qu'avaler par quelques inconnus. A ce titre, qui de mieux que Viggo Mortensen pour incarner un rôle aussi complexe et ambigu, lui qui apparaît comme l'un des acteurs les plus sidérants de sa génération, impressionnant par sa large palette de jeu et d'émotions. Et s'il n'est pas un film totalement réussit, La Route reste néanmoins un exercice de style et une histoire aussi intrigante qu'envoûtante, nous plongeant dans ces paysages dévastés paradoxalement d'une pure beauté. Difficile de mettre en images un livre comme celui de McCarthy, John Hillcoat aura dans tous les cas eu le courage de s'y atteler même si sa Route manque souvent de souffle et de romanesque pour totalement nous fédérer.

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1. Charlize Theron: Loin de la terre brûlée
2. Garret Dillahunt: No Country for Old Men / La Dernière maison sur la gauche
3. Robert Duvall: La Nuit nous appartient

> Mostra de Venise 2009: en compétition

Crédit photo: Metropolitan FilmExport

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Samedi 26 décembre 2009 6 26 /12 /2009 19:40

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Sortie: 16 décembre 2009

> L'histoire:
J'aime pas qu'on me plaigne. Je préfère rigoler. Devant les mines compatissantes, je réponds depuis trente ans : "Je n'ai pas de père, mais je m'en fiche, c'est comme ça. J'ai une photo." J'ai aussi deux soeurs, et une mère italienne... mais attention... interdit de parler de "lui" devant "elle"... Ça déclencherait une éruption volcanique. Car le volcan, il paraît, n'est pas encore éteint. Je crois que c'est un peu à cause de ma figure. La même que lui. Quand ils me voient rigoler, dans la famille, ils disent : "C'est son portrait craché." Et ma mère est à la fois triste et fière. Elle est fière parce que je suis blonde comme lui, alors qu'ils sont tous bruns. Mais moi je préférerais être comme eux. C'est pour ça, que je fais des conneries comme les mecs, pour leur ressembler, pour être plus italienne qu'eux. Des conneries d'artiste, comme dit mon parrain. Je suis sa préférée. Et lui aussi, c'est mon préféré.

"Lasciatemi cantare, con la chitarra in mano, lasciatemi cantare, sono un italiano". Adapté du roman autobiographique de Sylvie Testud, le Gamines d'Eleonore Faucher souffre cette semaine d'une comparaison sans faille. Sortant sur les écrans au même moment que Le Père de mes enfants de Mia Hansen-Love dont le sujet et les thèmes sont on ne peut plus similaires. On y parle ainsi de perte et d'absence de la figure paternelle, à la différence prêt qu'elles sont ici à la base même de l'histoire. On y suit ainsi la construction psychologique de trois soeurs dans une France des années 70, vivant seules avec une mère quelque peu dépassée par les événements. Parmi elles, Sybille, portrait craché de celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, grandissant d'autant plus avec le sentiment de ne pas être tout à fait comme les autres. Elle qui ne semble en rien appartenir à cette grande famille italienne, aussi importante qu'étouffante. Sur le mode de la tragi-comédie familiale, Eleonore Faucher construit ainsi son oeuvre comme un immense flash-back revenant sur l'enfance de Sybille, aujourd'hui devenue une comédienne particulièrement reconnue. Des après-midi avec ses soeurs aux longues vacances familiales, sous le soleil italien. Retraçant aussi les difficultés d'une mère confrontée aux préjugés conservateurs d'une société alors peu encline à laisser une femme seule s'occuper de trois enfants. Telle une grande thérapie et, plus encore, analyse psychologique, le film tend alors à démontrer pourquoi  et comment Sybille est devenue ce qu'elle est, de son besoin de s'épanouir dans une branche professionnelle hors des sentiers battus à son petit côté garçon manqué, elle qui se considérait alors uniquement comme la simple fille de son père, prête à prendre une place vacance initialement prévue pour l'autre sexe...

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Aussi louables qu'aient pu être les attentions de la cinéaste, Gamines n'est pourtant pas ce que l'on pourrait appeler un film plaisant. D'abord, parce qu'il est impossible de se séparer de la figure de Sylvie Testud, incarnant ici son propre rôle de manière paradoxalement plutôt mauvaise. Ensuite, parce qu'Elenore Faucher ressentait le besoin de reconstituer coûte que coûte les années 70, quitte à se retrouver dans des décors de "cartons pâtes" où il sent bon la naphtaline. Soit un univers totalement fade et aseptisé où la moindre pub Moulinex ne vient en aucun cas renforcer le naturel. Alors, quant à cela s'ajoute une réflexion plutôt banale sur une famille italienne tout ce qu'il y a de plus clichée, Gamines devient rapidement une oeuvre fatiguante, agaçant par une inlassable répétition d'un leitmotiv musical, savamment accompagné en boucle du tube "L'Italianno" de Tutto Cutugno, aussi ringard que lourdingue. On en ressort les oreilles en sang, avec l'envie soudaine de se rediriger vers Le Père de mes enfants, chronique contemporaine beaucoup plus subtile et juste quant il s'agit d'histoire de famille. Reste Amira Casar et Jean-Pierre Martins, tous deux excellents, de quoi relever un peu le niveau de ce qui aurait pu être un ratage quasi complet... Dommage.

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Crédit photo: TFM Distribution

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Mardi 22 décembre 2009 2 22 /12 /2009 15:40

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Sortie: 16 décembre 2009

> L'histoire: Max, un garçon sensible et exubérant qui se sent incompris chez lui, s'évade là où se trouvent les maximonstres. Il atterrit sur une île où il rencontre de mystérieuses et étranges créatures, aux émotions sauvages et aux actions imprévisibles. Les maximonstres attendent désespérément un leader pour les guider, et Max rêve d'un royaume sur lequel régner. Lorsque Max est couronné roi, il promet de créer un monde où chacun trouvera le bonheur. Max découvre vite toutefois que régner sur un royaume n'est pas chose aisée et que ses relations avec les autres sont plus compliquées qu'il ne l'imaginait au départ...

Peut-on vraiment s'en sortir après une collaboration - forcément déjantée - avec Charlie Kauffman, scénariste de génie et désormais cinéaste fou, ayant depuis quelques années secoué le monde magique de l'industrie hollywoodienne (sic) ? Mission accomplie pour Michel Gondry qui réalisa sous la plume de celui-ci Human Nature et l'incroyable Eternal Sunshine of the Spotless Mind où il imposait déjà sa propre patte en tant que réalisateur. Créant lui-même un univers singulier sur les bases mises en place par le dit Kauffman qu'il poussera plus loin encore, seul, lors de La Science des rêves et Soyez-sympas, rembobinez. Là réside donc tout le problème d'un cinéaste comme Spike Jonze qui, lors de ses deux longs métrages précédents, semblait tout simplement s'être fait vampiriser par Charlie Kauffman. Dans la peau de John Malkovitch et, plus encore, Adaptation - mettant en scène Nicolas Cage dans le rôle de Kauffman lui-même - semblant être avant tout des oeuvres de son scénariste. D'où l'excitation face à ce Max et les maximonstres, première oeuvre en solo du réalisateur, adaptant pour l'occasion le livre pour enfants de Maurice Sendak, best-seller international. Soit une oeuvre d'une dizaine de pages, aux illustrations développées mais à l'intrigue concise, qui mine de rien pouvait ne pas donner grand chose sur grand écran. Sauf que Spike Jonze a, avec lui, un studio généreux et une idée derrière la tête bien précise, développer l'intrigue familiale autour du personnage de Max avant de l'emmener dans le doux (?) pays des maximonstres. Embauchant pour l'occasion deux comédiens de la famille Kauffman/Jonze/Gondry (tiens donc !), sa muse Catherine Keener et le comédien Mark Ruffalo, l'un des rôles seconds rôles indispensables au charme d'Eternal Sunshine...

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Tout commence par une course poursuite entre Max, petit garçon méché, habillé d'un costume de chat, et son pauvre petit chien, victime de la cruauté de l'enfant. Le ton est donné, le film respectera la trame du livre, donnant à voir ce fameux Max, enfant capricieux et excessif, doué d'une imagination débordante. Max est un solitaire malgré lui, réclamant un peu d'attention de la part de sa soeur et de ses amis, se prenant pour un grand avant d'en voir les revers - scène de l'igloo. Trouvant du réconfort dans les bras de sa mère qui l'écoute raconter ses histoires avec une joie non dissimulée. Quelques plans, quelques scènes et l'ambiance est donnée, Spike Jonze reconstituant brillamment les prémices d'une histoire familiale que l'on imagine pas forcément facile, dans laquelle le petit Max a évolué. Alors, quant un étranger débarque, rompant ce fragile équilibre, Max piquera une crise de nerfs, le poussant à quitter la maison et à se réfugier dans son imaginaire, s'inventant un monde dans lequel il pourrait être le roi, jonché de maximonstres. Dès lors, Spike Jonze construit son film comme un drôle de voyage initiatique, proposant non pas une oeuvre pour les enfants mais sur les enfants. Dans la tête de Max, tout ne tourne pas forcément rond, donnant au monde des maximonstres un côté à la fois rassurant et inquiétant, gentil et cruel. Par une suite de saynètes, on passe d'une fête dans la forêt à une bataille de boue qui, alors qu'elles commençaient bien, se terminent toujours dans la colère et les larmes. A ce titre, l'analyse de Spike Jonze qui découle petit à petit du film est intéressante, mettant en image la cruauté si connue - pour avoir travailler en centre aéré - des enfants. N'ayant pas encore conscience du bien et du mal. Le monde des maximonstres est à cette image, mettant en scène d'horribles monstres aux grands coeurs tout en étant extrêmement susceptibles et rancuniers. D'où le caractère dérangeant du long métrage dont l'on est bientôt incapable de dire à quel public il est adressé tant il arrive à mettre mal à l'aise même les plus grands d'entre nous.

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Car Max et les maximonstres est un film qui, malgré son ambiance mélancolique et son côté très indé, déçoit rapidement avant de mettre carrément à côté. On est d'abord agacé par ce petit garçon, prototype même de l'enfant roi (mis en parallèle, ensuite, par le fait qu'il se déclare roi des maximonstres), peu aidé par les braillements incessants du jeune acteur Max Records, à la voix tout bonnement insupportable. Alors, quant à cela s'ajoute des maximonstres, au départ, très attachants puis vite très antipathiques, il est dur de se prendre de sympathie pour ce drôle de film qui à aucun moment arrive à nous replonger en enfance. Mais, plus encore, Max et les maximonstres souffre de ce qu'on pourrait appeler le "syndrome Darjeeling limited", découvert avec l'oeuvre de Wes Anderson. A savoir, se retrouver face à un film assez beau, que l'on aimerait aimer à tout pris mais, qui par sa froideur et son côté "huître - renfermer sur soi-même - empêche à tout moment de rentrer dedans. D'autant plus dommageable alors que la scène finale se révèle un bijou d'émotion dont on aurait aimer jouir depuis le début de l'oeuvre. A ce titre, Max et les maximonstres est un assemblage de bonnes attentions - un univers solide, une B.O magique signée Karen O and The Kids... - mais qui se révèle une lourde déception, de part son impossibilité à transmettre des émotions et son aspect boboïsant rapidement lassant. Ne vous fiez donc pas à son aspect "conte de noël", Max et les maximonstres n'est vraiment pas une oeuvre pour les enfants... Faudrait-il savoir encore à qui il s'adresse vraiment ?

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1. Catherine Keener: Into the wild / Synecdoche, New York / Un été italien

Crédit photo: Warner Bros. Pictures

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Mardi 22 décembre 2009 2 22 /12 /2009 12:50

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Sortie: 09 décembre 2009

> L'histoire: Stéphane se voit proposer un marché qui pourrait changer sa vie, Zohra cherche à comprendre la mort de son fils et Laure vit son premier amour pour un jeune révolté incarcéré. Réunis par hasard entre les murs d'un parloir de prison, ils auront chacun à prendre en main leurs destins. Qu'un seul tienne debout, et les autres suivront...

Prix Michel d'Ornano au dernier festival de Deauville, Qu'un seul tienne et les autres suivront est un film qui impressionne. D'abord parce qu'il est un brillant premier essai, ensuite parce que derrière son sujet noir se cache avant tout une jeune femme âgée seulement de 28 ans, Léa Fehner. Avec ambition, son long métrage se construit comme une oeuvre chorale, sorte de forme assez traditionnelle au cinéma français. Sauf qu'ici, il n'est pas question de ballet des sentiments et de réflexions amoureuses, Qu'un seul tienne et les autres suivront suivant la débâcle de plusieurs protagonistes, confrontés à différents revers de la société actuelle. Des problèmes économiques aux questions d'immigrations. On y suit, Stéphane, enchaînant petit boulot sur petit boulot au point d'accepter le premier marché malhonnête qui vient et Zohra, mère de famille algérienne, revenue en France afin de comprendre les circonstances de l'assassinat de son fils. A leurs côtés, Laure et Alexandre, un couple d'adolescents pour qui tout allait bien jusqu'à ce que ce dernier se retrouve en prison. Car Qu'un seul tienne et les autres suivront, c'est un peu l'antithèse du Prophète de Jacques Audiard. Léa Fehner n'y filme nullement l'intérieur des cellules, se limitant au seul parloir, faisant le choix de suivre uniquement ceux qui restent à l'extérieur de ses murs. Comment garde t-on la tête haute malgré les emmerdes afin de soutenir moralement ceux privés de liberté ? Comment tente t-on tant bien que mal de continuer sa vie tout en se raccrochant à ses petites minutes de parloir ? Ici, ce ne sont pas seulement ceux en prison qui souffrent de l'enfermement, c'est avec eux des familles entières, vivant au crochet des heures de visite qu'on leurs accordent une à deux fois par semaine.

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Si le scénario de Léa Fehner peut parfois sembler un peu cousu de fil blanc, ces différentes trajectoires laissant présager une "rencontre" future, c'est que la cinéaste fait le choix, à travers trois portraits, de s'attarder sur le besoin de solidarité autour de la figure du parloir. A l'instar de son titre, "Qu'un seul tienne et les autres suivront". Qui sont ses autres ? Les prisonniers ou les personnes en dehors ? Et qui aide qui dans l'histoire ? Car alors que Laure apporte son soutient à Alexandre en lui rendant visite, celle-ci trouvera du réconfort affectif avec un médecin du coin, l'accompagnant à chacun de ses déplacements. De même pour Zohra et cette inconnue qu'elle aide par nécessité ou Stéphane et sa petite amie dans le besoin. Mais, surtout, ce qui impressionne le plus dans Qu'un seul tienne et les autres suivront, c'est cette direction d'acteurs, implacable. Donnant la part belle à de jeunes comédiens, de Vincent Rottiers (A l'Origine), Pauline Etienne (Le Bel âge) ou Reda Kated (Un Prophète), tous incroyablement excellents. Au point d'attendre la phrase qui sera dite un ton en dessous, elle qui ne viendra finalement pas. A ce titre, le film de Léa Fehner est une première oeuvre forte, impressionnant par la maturité de son sujet et de sa mise en scène, elle qui joue de ces plans serrés afin d'imposer une sensation de huis clos même hors les murs de la prison. Poignant et percutant, Qu'un seul tienne et les autres suivront est ainsi une belle surprise, un premier essai avec lequel Léa Fehner ne peut même pas faire office de valeur à suivre, tant en s'impose comme une grande dès le premier coup.

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1. Vincent Rottier: A l'Origine
2. Reda Kated: Un prophète

> Festival du film américain de Deauville 2009: Prix Michel d'Ornano
> Prix Louis Delluc 2009: Meilleur premier film

Crédit photo: Rezo Films

Par Limess - Publié dans : En salle en 2009 - Communauté : Vos articles nous intéresse !
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